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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301442

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301442

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantAARPI DS AVOCATS - PARIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 février et 5 juillet 2023, M. et Mme C et A B, représentés par Me Le Fouler, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le maire d'Orgeval a accordé à la société civile de construction vente (SCCV) Foch 78 un permis de construire en vue de la construction d'un immeuble collectif d'habitation comprenant 44 logements ainsi que des places de stationnement sur un terrain composé des parcelles cadastrées AH n° 139 et 141 ;

2°) de mettre à la charge de la SCCV " Foch 78 " une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable et qu'ils justifient notamment d'un intérêt à agir ;

- la notice ne répond pas aux exigences de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ;

- les documents graphiques ne répondent pas aux exigences de l'article R. 431-10 du même code ;

- le dossier ne comporte pas la notice complémentaire prévue à l'article R. 431-14 de ce code ;

- le projet méconnait l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les articles 3.2.1, 3.3.1 et 4.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) applicables dans la zone UAc et les articles 4.2.4.3, 5.1.2.1, 5.2.2 et 5.2.3.2 des dispositions communes du règlement du PLUi.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 mai 2023 et 17 juillet 2023, la SCCV " Foch 78 ", représentée par Me Leparoux, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que soit prononcée une annulation partielle ou un sursis à statuer en application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et, en toute hypothèse, à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2023, la commune d'Orgeval, représentée par Me Guillot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir des requérants et, à titre subsidiaire, que les moyens ne sont pas fondés.

L'instruction a été close, en dernier lieu, au 22 août 2023.

Par courrier du 16 novembre 2023, les parties ont été invitées à présenter leurs observations dans l'hypothèse où le tribunal, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, retiendrait comme fondé le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4.2.2 du règlement du PLUi (s'agissant des prescriptions applicables au sein des ensembles cohérents patrimoniaux) et déciderait en conséquence de surseoir à statuer, pendant un délai de cinq mois, dans l'attente de la régularisation du permis de construire attaqué.

Des observations en réponse à ce courrier ont été présentées par la commune d'Orgeval, la SCCV Foch 78 et les requérants, les 23, 24 et 28 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milon,

- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique,

- les observations de Me Le Fouler, représentant M. et Mme B, celles de Me Pupponi, pour la commune d'Orgeval, et celles de Me Delahaye, pour la SCCV Foch 78.

M. et Mme B ont présenté une note en délibéré, le 4 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La SCCV Foch a déposé, le 23 septembre 2022, auprès de la commune d'Orgeval, une demande de permis de construire un ensemble immobilier comprenant 44 logements, répartis sur trois bâtiments, ainsi que des places de stationnement sur un terrain composé des parcelles cadastrées AH n° 139 et 141. Par un arrêté du 22 décembre 2022, le maire d'Orgeval a accordé le permis sollicité. Par la requête visée ci-dessus, M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les moyens relatifs au caractère incomplet du dossier :

2. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer () ".

4. En l'espèce, d'une part, la notice décrivant le projet architectural précise que le terrain d'assiette du projet est occupé par quatre constructions, dont 2 maisons individuelles (en R+1 + C) ainsi que par un garage et un abri de jardin en rez-de-chaussée. Elle comporte ainsi une description des constructions existantes, dont le projet prévoit la démolition. Elle mentionne, par ailleurs, que les constructions implantées le long des deux rues entre lesquelles se situe le terrain d'assiette du projet sont principalement en R+1+C, plus ponctuellement en R+2+C et qu'en limites séparatives de la parcelle se trouvent deux terrains comprenant des maisons individuelles, l'une en RDC+C et l'autre en R+1+C. La notice comporte ainsi une description des constructions situées aux abords du terrain d'assiette du projet. Elle indique également que la parcelle se situe dans le centre bourg d'Orgeval, à 93 mètres de l'église Saint-Pierre Saint-Paul, classée au titre des monuments historiques. Si, ainsi que le soutiennent les requérants, la notice ne fait pas mention de la maison, située à quelques mètres du projet, identifiée par le PLUi parmi les " édifices, patrimoine urbain et rural ", l'une des photographies d'insertion du projet en fait état. Enfin, si, en se bornant à indiquer qu'en dehors de l'emprise des constructions à démolir, le terrain est " végétalisé ", la notice ne peut être regardée comme comportant une description suffisante de la végétation et des éléments paysagers existants, les documents photographiques figurant au dossier, notamment ceux intitulés PC 7 et PC 8, rendent compte de ces éléments. Dans ces conditions, l'insuffisance entachant la notice descriptive du projet concernant l'état de la végétation et les éléments paysagers existants n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

5. D'autre part, la notice mentionne notamment, au titre des partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement, les retraits et alternances de matériaux prévus sur la façade située rue du Maréchal Foch, ainsi que la césure prévue entre les bâtiments A et B du côté de la rue de Montamets, afin de " créer une respiration et de rendre visible la poche végétale du cœur d'ilot depuis la rue ". Elle mentionne également le traitement en gradin de la façade de la pointe du projet, au sud, à partir du R+2, afin de rompre la linéarité de la façade et l'attique prévu en partie haute, afin de réduire sa visibilité depuis la rue et d'atténuer la volumétrie du projet. Dès lors, contrairement à ce que soutiennent les requérants, la notice comporte une description suffisante de l'implantation, de l'organisation, de la composition et du volume des constructions nouvelles, par rapport aux constructions avoisinantes.

6. Enfin, les requérants ne peuvent utilement reprocher à la notice de ne pas préciser les espèces végétales qui seront plantées, les dispositions précitées n'exigeant pas de ce document qu'il comporte de telles précisions. Ils ne peuvent davantage utilement reprocher à la notice de ne contenir aucune information sur le traitement et l'aménagement des toitures végétalisées. Cette branche du moyen, inopérante, doit être écartée.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que le moyen tiré du non-respect de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain () ".

9. Le dossier de demande de permis de construire comporte deux documents graphiques permettant d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes, l'un depuis la rue du Maréchal Foch et l'autre depuis l'angle des deux rues. Par ailleurs, si ces documents graphiques d'insertion ne rendent pas suffisamment compte de l'accès au parking souterrain prévu sur la rue du Maréchal Foch, le plan des façades situées sur cette rue rend compte de cet accès au parking. S'il est exact que le dossier ne comporte pas de document graphique représentant l'insertion du projet depuis la rue des Montamets, le document graphique représentant le projet au niveau de l'intersection des deux rues permet d'apprécier son insertion, y compris au regard des constructions situées dans la rue des Montamets, en particulier vis-à-vis de celle bénéficiant d'une protection particulière. Enfin, les plans des façades et le plan figurant dans la notice d'accessibilité permettent de rendre compte des accès piétons, en particulier pour les personnes à mobilité réduite. Dès lors, l'insuffisance entachant les documents graphiques n'a pas empêché le service d'instructeur d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet porte sur des travaux nécessaires à la réalisation d'une opération de restauration immobilière au sens de l'article L. 313-4 ou sur un immeuble inscrit au titre des monuments historiques, sur un immeuble situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, la notice mentionnée à l'article R. 431-8 indique en outre les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est situé dans les abords de l'église Saint-Paul Saint-Pierre d'Orgeval, qui est classée au titre des monuments historiques. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le dossier de demande de permis de construire comporte une notice complémentaire décrivant les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux, ainsi que l'exigent les dispositions précitées de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme. Le moyen tiré du non-respect de ces dispositions doit donc être écarté.

En ce qui concerne les moyens tirés de la méconnaissance du PLUi :

12. En premier lieu, aux termes de l'article 3.2.1 du règlement du PLUi approuvé par la communauté urbaine GPSEO applicable dans la zone UAc : " Le coefficient de pleine terre / 3.2.1.1 Règle générale / Le coefficient de pleine terre* minimal est de 20% de la superficie du terrain*. / La mise en œuvre des coefficients de compensation*, prévus au paragraphe 3.1.4 du chapitre 3 de la partie 1 du règlement, est applicable () ". Il ressort, par ailleurs, des dispositions de l'article 3.1.4 des définitions et dispositions communes au PLUi que, pour être comptabilisées, au titre de la compensation, dans la superficie totale des espaces de pleine terre prévus par le projet, les toitures végétalisées doivent présenter une épaisseur de terre au moins égale à 30 cm, et les espaces végétalisés sur dalle, une épaisseur de terre au moins égale à 70 cm.

13. En l'espèce, il ressort des indications figurant dans la notice que, pour le calcul du coefficient de pleine terre, la superficie totale des espaces de pleine terre du projet inclut les surfaces des toitures végétalisées, ainsi que celles des espaces végétalisés sur dalles, auxquelles ont été appliqués les coefficients de compensation fixés par l'article 3.1.4 du règlement du PLUi. Pour contester la conformité du projet aux exigences du PLUi portant sur les espaces de pleine terre, les requérants ne peuvent se borner à reprocher à la société pétitionnaire de ne pas avoir précisé, dans les pièces du dossier, l'épaisseur de terre prévue pour les toitures végétalisées et les espaces végétalisés sur dalles, aucune disposition du code de l'urbanisme n'exigeant du pétitionnaire qu'il détaille ainsi son projet. Par ailleurs, en incluant les toitures et espaces sur dalles végétalisés parmi les espaces à prendre en compte au titre des surfaces de pleine terre, à titre de compensation, la société pétitionnaire s'est engagée à respecter, sur ces espaces, l'épaisseur minimale de terre exigée par le PLUi. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les toitures végétalisées et les espaces sur dalles sont notamment représentés sur le plan de repérage des différentes surfaces figurant dans la note relative à la gestion des eaux pluviales, leur permettant ainsi, le cas échéant, de critiquer l'évaluation des espaces de pleine terre pris en compte au titre de la compensation, ce qu'ils ne font pas. Dès lors, le moyen tiré du non-respect des dispositions précitées de l'article 3.2.1 du règlement du PLUi applicable dans la zone UAc doit être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3.3.1 du règlement de la zone UAc du PLUi : " Les plantations, qu'il s'agisse d'arbres ou de composition de haies, sont effectuées avec des essences locales. Un arbre au moins est maintenu ou planté par tranche complète de 100m² d'espace de pleine terre ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3.1.2 des définitions et dispositions communes du règlement du PLUi : " Les espaces de pleine terre correspondent aux surfaces des espaces libres ne comportant aucune construction, installation, ni aucun ouvrage, en surélévation comme en sous-sol, permettant la libre et entière infiltration des eaux pluviales. / Ces espaces sont majoritairement d'un seul tenant, non compris les espaces résultant de l'application des coefficients de compensation des espaces de pleine terre () ".

15. D'une part, si les requérants font valoir que le dossier de demande de permis de construire ne précise ni les espèces présentes sur la commune d'Orgeval, ni les essences qui seront plantées dans les espaces végétalisés, il ressort de la notice que la société pétitionnaire s'est engagée à planter des essences locales, ainsi que le prévoit l'article 3.3.1 précité du règlement de la zone UAc du PLUi.

16. D'autre part, les requérants reprochent au dossier de prévoir la plantation d'un seul arbre de haute tige, alors que, d'après eux, en tenant compte des espaces végétalisés sur dalles et toitures, la superficie totale de pleine de terre s'élèverait à 438,5 mètres carrés, ce qui rendrait nécessaire la plantation de quatre arbres. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article 3.1.2 des définitions et dispositions communes du règlement du PLUi que les espaces de pleine terre ne comprennent pas les espaces résultant de l'application des coefficients de compensation. Dès lors, pour déterminer le nombre d'arbres à planter, seuls doivent être pris en compte les espaces de pleine terre et non ceux pris en compte, au titre de la compensation, tels que les espaces sur dalle et les toitures végétalisées. Il est constant que la surface de pleine terre prévue par le projet s'élève à 176 mètres carrés. Dès lors, en prévoyant la plantation d'un arbre, la société pétitionnaire n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article 3.3.1 du règlement de la zone UAc du PLUi. Le moyen doit donc être écarté en ses deux branches.

17. En troisième lieu, d'une part, il résulte de l'article 4.2.1.1 des dispositions communes du règlement du PLUi que chacun des éléments ou ensembles identifiés au plan de zonage pour leurs qualités d'ordre culturel, historique, architectural ou paysager fait l'objet d'une fiche précisant les " caractéristiques essentielles qui fondent l'intérêt patrimonial du ou des élément(s) considéré(s) " et pouvant " comporter des prescriptions qui visent à guider tout projet portant directement ou indirectement sur ces éléments de patrimoine ". L'article 4.2.2 des dispositions communes impose, pour les édifices identifiés au titre de l'intérêt patrimonial, urbain et rural, " de préserver et d'entretenir les constructions identifiées ainsi que leurs abords susceptibles de contribuer à leur mise en valeur " tout en précisant que cette protection " ne fait pas obstacle à une évolution, un changement d'usage ou de destination des constructions, dans le respect de l'identité patrimoniale de l'édifice telle qu'elle est décrite dans sa fiche d'identification ".

18. Il ressort des pièces du dossier que le projet est situé aux abords immédiats d'une maison identifiée par le PLUi parmi les " édifices, patrimoine urbain et rural ". Il ressort de la fiche d'identification de cette maison que celle-ci présente comme caractéristiques des façades en pierre meulière et une toiture à deux pans en tuiles plates. Si les requérants font valoir que le projet ne reprend pas les caractéristiques architecturales et morphologiques de l'édifice, il ressort, au contraire, des pièces composant le dossier que le projet prévoit notamment l'emploi de la pierre meulière. Ainsi, eu égard à ses caractéristiques, et alors que la protection instaurée ne fait pas obstacle à l'usage de matériaux différents pour les constructions situées aux abords, le projet ne peut être regardé comme nuisant à la mise en valeur de cet édifice identifié au PLUi. La première branche du moyen doit donc être écartée.

19. D'autre part, concernant les " ensembles cohérents patrimoniaux " (" ECP "), l'article 4.2.2 des dispositions communes précise que l'objectif consiste, pour l'essentiel, à " préserver la composition urbaine de ces ensembles de constructions " et prévoit que : " [le] maintien du gabarit, de l'implantation, du volume et de l'aspect général des constructions, garantit de conserver la cohérence de l'organisation urbaine de ces ensembles. / Cette préservation ne fait pas obstacle à l'évolution du bâti, voire même à une démolition/reconstruction, dans le respect des prescriptions figurant dans la fiche d'identification de chacun de ces ensembles ". Aux termes de l'article 4.2.3.2 des dispositions communes : " () les dispositions du paragraphe 4.2.4 ci-après ainsi que, pour les ECP (), les prescriptions figurant dans les fiches viennent compléter ou se substituer aux dispositions fixées dans le règlement de la zone concernée, y compris les règles qualitatives prévues pour les éléments patrimoniaux identifiés. Elles sont substitutives lorsque les dispositions du règlement de zone et les prescriptions prévues au paragraphe 4.2.4 ou dans la fiche ne sont pas applicables concomitamment ". Aux termes de l'article 4.2.4.1 de ces dispositions : " Les constructions nouvelles et les extensions s'intègrent harmonieusement à l'ensemble, tout en pouvant se distinguer en faisant preuve de créativité architecturale. / Elles respectent toutes les parties intéressantes de la construction, son cadre traditionnel, l'équilibre de sa composition et ses relations avec le milieu environnant (Charte de Venise, chapitre Restauration, Article 13). / () Pour la catégorie des ensembles cohérents patrimoniaux et continuités bâties, l'implantation des constructions nouvelles s'inscrit dans le respect des caractéristiques de la séquence urbaine dans laquelle elles se situent. ".

20. Le projet s'inscrit dans le périmètre d'un ensemble cohérent patrimonial qui, d'après la fiche correspondante, se caractérise par des " maisons de bourg avec boutiques en rez-de-chaussée situées à l'alignement de la voie, en continu, sur un parcellaire étroit et formant un front bâti qui structure l'espace public ", une implantation des constructions alignée et continue, un gabarit R+C à R+2, l'utilisation de pierre meulière et d'enduit, ainsi que des toitures à deux pans ou complexes, couvertes de tuiles. Il ressort également de cette fiche que l'objectif de l'ensemble est de " préserver le caractère villageois du centre () ". La fiche prévoit par ailleurs qu'une attention particulière doit être portée au gabarit des constructions. La circonstance que le gabarit de la construction projetée, de type R+2+C, excède celui des constructions existantes aux alentours, ainsi que le gabarit prescrit par la fiche descriptive de l'ensemble patrimonial dit " cohérent " ne suffit pas à caractériser une méconnaissance des exigences fixées par le PLUi dès lors que la visibilité depuis l'espace public de l'étage supplémentaire est réduite par l'attique, et que les matériaux choisis assurent une insertion harmonieuse de la construction au sein de l'ensemble, les dispositions précitées de l'article 4.2.4.1 des dispositions communes du règlement du PLUi autorisant, en tout état de cause, aux constructions nouvelles de se distinguer, en faisant preuve de créativité architecturale. Le moyen tiré du non-respect des dispositions des articles 4.2.2 et 4.2.4.1 des dispositions communes du règlement du PLUi doit donc être écarté.

21. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4.2.2 du règlement applicable à la zone UAc : " Le long des voies, la composition des façades est conçue pour conserver une homogénéité avec celles des constructions voisines, sans pour autant rechercher un mimétisme systématique. () A ce titre () - les entrées dans les constructions, destinées aux véhicules, sont conçues pour limiter leur impact sur la façade et le front urbain. Leur nombre et leurs dimensions sont limités aux besoins réels et leur mode de fermeture est conçu en harmonie avec la façade () ".

22. Si les documents d'insertion figurant au dossier de demande de permis ne rendent pas suffisamment compte de l'accès au parking souterrain, prévu sur la rue du Maréchal Foch, le plan de façade PC5 correspondant au bâtiment donnant sur cette rue, représente, de façon précise, cet accès. Il en ressort que la porte du garage est traitée en matériau métallique de ton gris, rappelant la porte du hall d'entrée piéton et les garde-corps métalliques à barreaudage vertical, du même ton, présents sur la façade. La porte du garage ouvrant l'accès au parking a, dès lors, été conçue pour limiter son impact sur la façade et le front urbain. Par suite, le moyen tiré du non-respect des dispositions précitées de l'article 4.2.2 du règlement applicable à la zone UAc doit être écarté, sans que les requérants puissent utilement critiquer, à cet égard, la conception des portails d'accès piéton, lesquels, en tout état de cause, s'insèrent harmonieusement.

23. En cinquième lieu, aux termes de l'article 4.2.3 du règlement du PLUi applicable dans la zone UAc : " La conception des toitures* est guidée par une simplicité des formes. / Différents types de toiture* tels que terrasse, à pans ou formes contemporaines sont admis dès lors qu'ils respectent une harmonie d'ensemble et des proportions cohérentes avec ceux des constructions avoisinantes. / La réalisation des toitures* végétalisées privilégie une qualité de mise en œuvre, un choix pertinent de dispositifs limitant leur entretien, afin d'assurer et de garantir une pérennité des végétaux. () ". Aux termes de l'article 4.2.4.3 des dispositions communes du règlement du PLUi : " () Dispositions particulières pour certaines catégories ou typologies : () Dans la catégorie ensemble cohérent patrimonial : Les toitures sont en harmonie avec celles des constructions de l'ensemble cohérent, s'agissant notamment des pans et du sens du faîtage. () ".

24. Il ressort de la notice décrivant le projet architectural que les toitures visibles depuis l'espace public seront traitées en tuile plate en terre cuite, un " terrasson " technique végétalisé prenant place au centre de ces toitures afin d'accueillir notamment les dispositifs de ventilation. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'installation d'espaces végétalisés, notamment au centre des toitures, est rendue possible par le PLUi. Il n'est pas contesté que les toitures respectent l'exigence du PLUi tenant à la simplicité des formes. Par ailleurs, si les toitures avoisinantes sont toutes composées de deux pans, il ressort des pièces du dossier que certaines sont constituées de tôle ou de tuiles de couleur sombre, de sorte que l'environnement ne présente pas une parfaite homogénéité. Par suite, et alors que les parties visibles depuis l'espace public sont, comme celles de la plupart des constructions voisines, recouvertes de tuiles plates en terre cuite, les toitures du projet s'insèrent, de façon harmonieuse, dans l'environnement, y compris au sein de l'ensemble cohérent patrimonial. Le moyen tiré du non-respect des dispositions précitées de l'article 4.2.3 du règlement du PLUi applicable dans la zone UAc et de l'article 4.2.4.3 des dispositions communes doit être écarté.

25. En sixième lieu, aux termes de l'article 5.1.2.1 des dispositions communes du règlement du PLUi : " Conditions de desserte des terrains par les voies / Règles applicables à l'ensemble des voies de desserte / Les voies de desserte des terrains : - présentent des caractéristiques répondant à la nature et à l'importance du projet situé sur le terrain à desservir, et notamment à la nature et à l'intensité du trafic qu'il est susceptible d'engendrer ; / - permettent la circulation et l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / - respectent les dispositions des règlements de voirie lorsqu'ils existent. () ".

26. Ainsi qu'il a été dit plus haut, le projet comporte un parking souterrain comptant une centaine de places de stationnement, dont l'accès unique est prévu depuis la rue du Maréchal Foch. Il ressort des pièces du dossier que, sur la portion située au droit du terrain d'assiette du projet, la rue du Maréchal Foch, qui présente une largeur, hors trottoir, d'un peu plus de cinq mètres, est à double sens de circulation, et qu'après rétrocession, au bénéfice de la commune, mentionnée dans le dossier de demande de permis de construire, de la bande de terrain située le long de la voie, la largeur de celle-ci sera portée à plus de six mètres. Dès lors, il n'est pas établi que la rue du Maréchal Foch ne présente pas les caractéristiques répondant à la nature et à l'importance du projet, notamment en ce qu'elle ne permettrait pas de répondre à la nature et à l'intensité du trafic engendré par ce projet. Le moyen tiré du non-respect des dispositions précitées de l'article 5.1.2.1 des définitions et dispositions communes du règlement du PLUi doit donc être écarté.

27. En septième lieu, aux termes de l'article 5.2.3.2 des dispositions communes du règlement du PLUi : " Le nombre de places de stationnement à réaliser pour les véhicules motorisés peut être réduit de 30 % au maximum en contrepartie de la mise à disposition de véhicules électriques munis d'un dispositif de recharge adapté ou de véhicules propres en autopartage. ".

28. La notice descriptive du projet architectural précise que le projet propose deux véhicules en autopartage. Il ne ressort d'aucune disposition légale ou règlementaire, ni d'aucune disposition du PLUi que le porteur de projet devrait justifier, dans le dossier de permis de construire, de la pérennité d'un tel dispositif de mise à disposition de véhicules en autopartage. Si elle invite les porteurs de projet à préciser les modalités de la mise à disposition de véhicules en autopartage et préconise d'en garantir la pérennité, la réponse ministérielle à laquelle se réfèrent les requérants est dépourvue de valeur règlementaire. Par ailleurs, ceux-ci ne contestent pas qu'en tenant compte de la mise à disposition de véhicules en autopartage, le nombre de places de stationnement déclaré au dossier de demande de permis de construire est conforme aux exigences règlementaires. Par suite, le moyen tiré du non-respect des dispositions précitées de l'article 5.2.3.2 des dispositions communes du règlement du PLUi doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :

29. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

30. Pour rechercher l'existence d'une atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'autorité compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

31. Il ressort des pièces du dossier que le secteur dans lequel s'insère le projet se caractérise par une architecture hétérogène composée, certes, de maisons individuelles, mais également de commerces et de quelques immeubles collectifs, dont l'un, situé en face du terrain d'assiette du projet, est de type R+2, et, un autre, situé quelques mètres, est de type R+3. Il en ressort également que la parcelle située face au terrain d'assiette, dans la rue du Maréchal Foch, accueille un vaste entrepôt. Il ressort enfin des indications portées dans la notice architecturale qu'afin de respecter les caractéristiques propres au centre historique d'Orgeval, les façades des trois bâtiments projetés, de type R+3, doivent être revêtues de matériaux similaires aux matériaux employés sur les constructions avoisinantes, et qu'est notamment prévu un parement en pierre meulière, laquelle recouvre plusieurs maisons individuelles situées à proximité, les autres matériaux ou coloris prévus par le projet étant destinés à rappeler d'autres constructions situées dans le même secteur. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet porterait manifestement atteinte au caractère des lieux environnants. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant l'arrêté au regard des dispositions précitées de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit donc être écarté.

32. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

33. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme B, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 600 euros à répartir, à parts égales, entre la commune d'Orgeval et la SCCV Foch 78. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que l'une et l'autre de ces parties, non perdantes, soient condamnées à verser aux requérants la somme que ceux-ci demandent au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : M. et Mme B verseront à la commune d'Orgeval et la SCCV Foch 78 une somme de 1 600 euros, à répartir, à parts égales, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et A B, à la commune d'Orgeval et à la SCCV Foch 78.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- M. Deharo, premier conseiller,

- Mme Milon, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

A. Milon

La présidente,

signé

C. Rollet-Perraud La greffière,

signé

K. Dupré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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