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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301538

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301538

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantMORIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2023, M. B A, représenté par Me Morin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, il pourrait être reconduit d'office à la frontière à destination du pays dont il a la nationalité, ou de tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois, ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. A soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

-elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de justice administrative ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet des Yvelines, à qui a été communiquée la requête, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Rivet,

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 10 mars 1981, qui déclare être entré en France le 18 mars 2017, a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 janvier 2023, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2023-01-30-00001 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2023-024 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. C E, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. " En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

4. M. A produit des preuves de sa présence en France depuis 2017 sans toutefois établir le caractère continu de celle-ci depuis cette date. Il fait également valoir quatre années d'activité professionnelle sur le territoire français et produit notamment une attestation de concordance établie par la société STENET le 8 février 2021 pour justifier d'une activité salariée sous l'identité de M. D F, ainsi que de bulletins de paie de janvier 2019 à mai 2021, et de bulletins de paie sous sa propre identité à compter de juin 2021. Toutefois, ni l'ancienneté de ce séjour ni la faible ancienneté de son insertion professionnelle ne constituent des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 précité. Par ailleurs, M. A n'établit aucune insertion sociale significative en France où il se trouve célibataire et sans enfant. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Sénégal, où résident ses frères ou sœurs et où il a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans. Ainsi, si le préfet s'est fondé à tort sur la circonstance que M. A ne produisait pas l'autorisation de travail prévue par l'article L. 5221-2 du code du travail, condition qui n'est pas exigible dans le cadre de l'admission exceptionnelle au séjour, il ressort des pièces du dossier qu'il aurait pris la même décision de refus d'admission exceptionnelle au séjour s'il ne s'était fondé que sur les motifs ci-avant exposés. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de fait ou de droit en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 ci-dessus, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait de nature à porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 30 janvier 2023 de refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le refus de séjour critiqué n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée en date du 30 janvier 2023 faisant obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit serait dépourvue de base légale, ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, comme il a été dit au point 4, M. A n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts personnels et moraux en France. Il n'établit pas davantage ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses frères et sœurs. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée l'obligeant à quitter le territoire. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire doit être rejetée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 janvier 2023 par lequel le préfet des Yvelines a refusé d'admettre M. A au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, il pourrait être reconduit d'office à la frontière à destination du pays dont il a la nationalité, ou de tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience publique du 19 juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 03 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

S. Rivet

La présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet de Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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