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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301565

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301565

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBOGLIARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 23 février 2023 et le 11 avril 2023 , M. A E, représenté par Me Bogliari, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

* elles ont été prises par une autorité administrative incompétente ;

* la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* l'avis de la commission du titre de séjour n'a pas été requis ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

* elle est illégale en raison d'un détournement de procédure ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

* elle méconnaît les stipulations l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

la décision lui interdisant le retour sur le territoire français en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle est illégale en raison d'un détournement de procédure ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a versé des pièces le 11 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 avril 2023 :

- le rapport de M. D ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant sri lankais né le 10 avril 1989, est entré sur le territoire français en juin 2012 selon ses déclarations. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa première demande d'asile par une décision du 28 septembre 2012, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 4 juin 2013 et une demande de réexamen le 17 mars 2016 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 22 juillet 2016. Par un arrêté du 22 février 2023, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant de son signalement à fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

1. En premier lieu, par un arrêté n°2023-PREF-DCPPAT-BCA6025 en date du 7 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme C B, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

2. En deuxième lieu l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E sur lesquelles le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 22 février 2023 et du procès-verbal d'audition du même jour, que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger M. E à quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en retenant de tels motifs.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

6. Le préfet, en prenant la décision en cause, n'a pas été préalablement saisi d'une demande d'admission au séjour. Ainsi, en tout état de cause il n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour.

7. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire et sans charge de famille, et sans fortes attaches familiales en France. Enfin s'il a déclaré aux services de police exercer une activité professionnelle depuis juin 2021, il verse au dossier des bulletins de salaire de mars 2017 à janvier 2019 puis à compter de juin 2021. Cependant sa situation professionnelle et la durée de sa présence en France ne constituent pas des circonstances suffisantes à elles seules pour regarder la décision attaquée comme portant une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite elle n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

9. M. E n'a pas établi l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite l'exception d'illégalité de celle-ci à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ne peut être qu'écartée.

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;

(.) 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (..) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (..) qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (.) ".

11. M. E ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français en juin 2012 et n'est pas titulaire d'un titre de séjour. Il a été contrôlé par les services de police dans le cadre d'une opération de police contre le travail dissimulé en position de travail sans être autorisé, en méconnaissance de l'article L 5221-5 du code de travail. En outre, il a explicitement déclaré, ainsi qu'il ressort du procès-verbal d'audition du 22 février 2023, son refus de quitter le territoire français. Enfin il n'a pas déféré aux mesures d'éloignement datées du 8 juin 2016 et du 29 janvier 2019 prises à son encontre. Dès lors, en l'absence de circonstances particulières de nature à y faire obstacle, il y a lieu de d'estimer que le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public et de regarder comme établi le risque que M. E se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne pouvait, pour ces motifs, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 et du 1°), 4° et 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation ou d'un détournement de procédure ne peut qu'être écarté.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de trois ans :

12. En se bornant à affirmer que la préfecture de l'Essonne assortit ses décisions automatiquement d'une interdiction de retour de trois ans, le requérant n'établit pas la réalité d'un détournement de procédure et que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu des motifs exposés aux points 8 et 11.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

14. M. E, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 septembre 2012 et par la Cour nationale du droit d'asile le 4 juin 2013 et dont la demande de réexamen a été rejetée par l'OFPRA le 17 mars 2016 et par la Cour nationale du droit d'asile le 22 juillet 2016, n'apporte aucun élément nouveau permettant d'établir qu'il serait exposé, en cas de retour au Sri Lanka, à un risque personnel et avéré de traitements inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 février 2023 présentées par M. E doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et à celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le magistrat désigné,

signé

M. D La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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