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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301670

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301670

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL LANDOT ET ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles annule l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel le maire des Mureaux a refusé de délivrer un permis de construire une maison individuelle à M. B. Le tribunal juge que le motif de refus tiré de l'insertion du projet dans son environnement n'est pas fondé, le projet s'inscrivant en harmonie avec le bâti environnant au sens des articles 4.1.1 et 4.2 du règlement du PLUi. La solution retenue est l'annulation de l'arrêté, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 février 2023 et 19 janvier 2024, M. B, représenté par Me Chevillard-Buisson, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel le maire des Mureaux a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison individuelle ;

2°) d'enjoindre au maire des Mureaux de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de condamner la commune des Mureaux à lui verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- La motivation de l'arrêté est imprécise et erronée en méconnaissance des articles L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration, et L. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- L'arrêté méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : la commune n'a pas apprécié la qualité du site ;

- L'arrêté méconnaît l'article 4.2 du règlement de la zone Uda du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) : par son aspect et par ses proportions, le projet ne porte aucune atteinte au caractère des lieux avoisinants ;

- Ni la méconnaissance des dispositions de l'article R.111-27 du code de l'urbanisme ni celle des dispositions de l'article 6.2.1 des dispositions générales du PLUi ne sont davantage de nature à justifier la décision en litige.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 30 octobre 2023 et 1er mars 2024, la commune des Mureaux, représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés et qu'une substitution de motif peut être opérée dès lors que la décision en litige peut également être fondée sur d'autres motifs : la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et celle de l'article 6.2 du règlement de la zone Uda et de l'article 6.2.1 des dispositions générales du PLUi.

La clôture de l'instruction a été fixée au 22 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rollet-Perraud, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique,

- les observations de Me Chevillard représentant M. 0Ezzikouri et les observations de Me Lenain représentant la commune des Mureaux.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 novembre 2022, M. B a déposé une demande de permis de construire une maison individuelle sur la parcelle cadastrée AN 190 aux Mureaux. Par un arrêté du 3 janvier 2023, dont M. B demande l'annulation, le maire des Mureaux a refusé de délivrer ce permis de construire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article 4.1.1 des définitions et dispositions communes du PLUi de GPSEO : " Inscription du projet dans son contexte : L'objectif est de concevoir le projet afin qu'il s'inscrive dans la morphologie urbaine et les composantes du paysage, proche ou lointain, qui constituent son environnement. A ce titre, il s'agit de prendre en compte l'insertion du projet à une échelle plus large que celle du seul terrain d'assiette de la construction, et plus particulièrement :/ () - inscrire la construction en harmonie avec la composition urbaine et l'échelle du bâti qui l'environnent. ". Aux termes des dispositions de l'article 4 du règlement de la zone Uda du PLUi : " 4.1 L'insertion du projet dans son environnement : Les principes généraux de l'insertion du projet dans son environnement figurent au chapitre 4 de la partie 1 du règlement. / 4.2 - L'aspect extérieur et qualité architecturale de la construction / 4.2.1 - La conception des projets : Les constructions sont conçues dans la recherche d'une qualité architecturale tout en présentant une simplicité dans leur volume et le traitement de leurs façades. A ce titre, le linéaire des façades des constructions est proportionné à la morphologie du tissu urbain environnant. / Leur architecture est adaptée au contexte urbain, sans faire obstacle à une architecture innovante. Le choix des matériaux utilisé en façade des constructions est guidé, quant à leur aspect et leur texture, au regard de leur pérennité et leur perméabilité à la lumière, tout en évitant une trop grande diversité de matières et de couleurs sur une même façade. / Les annexes sont traitées avec le même soin et avec la même recherche de qualité que la construction principale. "

3. Il ressort des pièces du dossier que l'environnement proche du terrain d'assiette du projet est composé de maisons d'habitation individuelles et de quelques maisons mitoyennes et que la taille des parcelles, l'implantation des constructions au sein des parcelles et la densité des constructions présentent une certaine harmonie. Si le projet, compte tenu de son implantation à quelques mètres de la construction existante sur le terrain d'assiette et de la construction présente sur la parcelle située au sud de ce terrain, vient renforcer la densité des constructions, il s'inscrit toutefois, compte tenu de sa faible importance, en harmonie avec la composition urbaine et l'échelle du bâti qui l'environnent et ne porte pas atteinte à l'équilibre urbain et paysager du secteur. Par suite, le maire des Mureaux ne pouvait légalement se fonder sur ce motif pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité par M. B.

4. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués ne sont pas susceptibles de fonder l'annulation de la décision en litige.

Sur la demande de substitution de motifs :

5. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas l'intéressé d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Pour établir que l'arrêté en litige est légal, la commune des Mureaux soutient que le projet méconnaît en outre l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et les dispositions de l'article 6.2 du règlement de la zone UDa et de l'article 6.2.1 des dispositions générales du PLUi relatives à la collecte des déchets.

7. D'une part, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

8. Ainsi qu'il a été dit plus haut, l'environnement proche du terrain d'assiette du projet est composé de maisons d'habitation individuelles et de quelques maisons mitoyennes, la taille des parcelles, l'implantation des constructions au sein des parcelles et la densité des constructions présentant une certaine harmonie. Par ailleurs, les pavillons existants sont dans leur très grande majorité d'architecture traditionnelle avec toiture à deux ou quatre pans et une hauteur de R+2. Le projet présente les mêmes caractéristiques. Dans ces conditions et ainsi qu'il a été dit plus haut, le projet s'inscrit, compte tenu de sa faible importance, en harmonie avec la composition urbaine et l'échelle du bâti qui l'environnent. Par suite, la commune des Mureaux n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué pourrait être légalement fondé sur la méconnaissance des dispositions citées au point précédent.

9. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 6.2 du règlement de la zone Uda du PLUi de GPSEO : " - Collecte des déchets / Les dispositions réglementaires relatives à la collecte des déchets se situent au chapitre 6 de la partie 1 du règlement, auquel il convient de se référer. " Aux termes de l'article 6.2 des définitions et dispositions communes du PLUi : " Collecte des déchets / 6.2.1 - Règles générales/ Pour les constructions nouvelles : Toute construction nouvelle à destination d'habitation ou d'hébergement hôtelier et touristique comporte un ou plusieurs locaux permettant le remisage, hors de la voie publique, des conteneurs de déchets ménagers et assimilés./ Les constructions d'habitation comportant au moins 4 logements disposent (à l'exception des secteurs de collecte rattachés à des colonnes enterrées ou semi-enterrées) :/ - d'un ou plusieurs locaux spécifiques à la gestion des déchets (ordures ménagères, emballages ménagers, encombrants) et en cas de groupement de constructions d'aires externes en attente de la collecte facilement accessibles depuis la voie de desserte ; /- des locaux pour les déchets à créer dans chaque construction (locaux internes) () " Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique ".

10. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier de demande de permis de construire que le projet en litige prévoirait au moins un local permettant le remisage, hors de la voie publique, des conteneurs de déchets ménagers et assimilés. Par suite, le projet n'est pas conforme aux dispositions précitées du PLUi, sans qu'ait d'incidence la circonstance que le code de l'urbanisme ne comporte aucune disposition exigeant que le dossier de demande de permis de construire contienne des précisions sur ce point. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le maire des Mureaux aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur ce motif de refus, ce point pouvant faire l'objet d'une prescription.

11. Il résulte de ce qui précède que la demande de substitution de motif doit être écartée et que l'arrêté en litige est illégal et doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

13. En l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait et dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la règlementation ferait obstacle à la délivrance du permis de construire, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le maire des Mureaux délivre à M. B un permis de construire conformément à sa demande déposée le 8 novembre 2022, en l'assortissant des prescriptions nécessaires pour garantir sa conformité aux dispositions de l'article 6.2.1 des définitions et dispositions communes du PLUi, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que demande la commune des Mureaux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune des Mureaux la somme de 1 800 euros à verser à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel le maire des Mureaux a refusé de délivrer un permis de construire une maison individuelle à M. B est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire des Mureaux de délivrer à M. B le permis de construire sollicité, dans les conditions définies au point 14 du présent jugement, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement.

Article 3 : La commune des Mureaux versera à M. B la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune des Mureaux sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune des Mureaux.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rollet-Perraud, présidente,

Mme Milon, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. Rollet-Perraud

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. Milon

La greffière,

Signé

S.Traoré

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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