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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301691

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301691

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2300332 du 27 février 2023, enregistrée le 28 février 2023 au greffe de ce tribunal, le magistrat délégué par la présidente du tribunal administratif de Melun a, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Versailles la requête, enregistrée le 13 janvier 2023, présentée pour Mme C B.

Par cette requête, et un mémoire enregistré le 13 avril 2023, Mme D B, représentée par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui restituer sa carte d'identité portugaise ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident portant la mention " résident UE ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas procédé à l'examen complet de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard du 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle a été privée d'une garantie ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation, au regard des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a commis des erreurs de droit et d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 311-1, L. 251-2, L. 234-1 et L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a commis une erreur d'appréciation au regard des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen complet de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a commis une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, qui n'a pas été communiqué, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré, en application des dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'irrecevabilité de la requête en raison de sa tardiveté.

Mme C B a présenté des observations, enregistrées le 15 mai 2023, en réponse à la communication du moyen susceptible d'être relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoit, première conseillère,

- et les observations de Me Milly, représentant Mme C B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 janvier 2023, dont Mme A C B demande l'annulation, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ". Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

3. Pour prendre la décision faisant obligation à Mme C B de quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'est borné à estimer que, dès lors qu'elle avait été interpellée pour des faits de violences volontaires ayant entraîné une interruption totale de travail inférieure ou égale à 8 jours avec arme par destination, le comportement de Mme C B constituait un trouble à l'ordre public. Ce faisant, alors qu'il résulte de ce qui est dit au point précédent, que le préfet aurait dû rechercher si la présence de Mme C B sur le territoire français était de nature à constituer une menace suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française, il a commis une erreur de droit. Ce moyen doit, par suite, être accueilli.

4. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme C B est fondée à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'arrêté attaqué n'a ni pour objet ni pour effet de confisquer la carte d'identité portugaise de la requérante, ou de statuer sur une demande de titre de séjour. Dès lors, l'annulation de l'arrêté attaqué n'implique pas nécessairement que cette carte d'identité lui soit restituée, ni qu'une carte de résident lui soit délivrée, ni que sa situation soit réexaminée. Les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme C B doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande Mme C B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Essonne du 10 janvier 2023 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Boukheloua, présidente,

Mme Benoit, première conseillère,

M. Maljevic, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

La rapporteure,

signé

C. Benoit

La présidente,

signé

N. Boukheloua

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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