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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301851

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301851

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDILAWAR

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 avril 2023 :

- le rapport de Mme E,en présence de M. B, interprète ;

- les observations de Me Namigohar, représentant M. C qui conclut aux mêmes fins que sa requête A les mêmes moyens, et qui fait valoir en outre qu'il est marié avec une ressortissante française, qu'il travaille, qu'il existe une contradiction entre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et la décision du juge d'application des peines qui l'oblige à demeurer sur le territoire français ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Entré sur le territoire français en 2009, selon ses déclarations, M. D C, ressortissant indien né le 29 décembre 1986 à Haayana (Inde), demande l'annulation de l'arrêté du 24 février 2023 A lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée A la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 729 du code de procédure pénale : " La libération conditionnelle tend à la réinsertion des condamnés et à la prévention de la récidive. Les condamnés ayant à subir une ou plusieurs peines privatives de liberté peuvent bénéficier d'une libération conditionnelle s'ils manifestent des efforts sérieux de réadaptation sociale et lorsqu'ils justifient : / 1° Soit de l'exercice d'une activité professionnelle, d'un stage ou d'un emploi temporaire ou de leur assiduité à un enseignement ou à une formation professionnelle ; / 2° Soit de leur participation essentielle à la vie de leur famille ; / 3° Soit de la nécessité de suivre un traitement médical ; / 4° Soit de leurs efforts en vue d'indemniser leurs victimes ; / 5° Soit de leur implication dans tout autre projet sérieux d'insertion ou de réinsertion. () ". Aux termes de l'article 723-7 du même code : " () Le juge de l'application des peines peut également subordonner la libération conditionnelle du condamné à l'exécution, à titre probatoire, d'une mesure de placement sous surveillance électronique, pour une durée n'excédant pas un an. La mesure de placement sous surveillance électronique peut être exécutée un an avant la fin du temps d'épreuve prévu à l'article 729 ou un an avant la date à laquelle est possible la libération conditionnelle prévue à l'article 729-3. () ". Aux termes de l'article 723-7-1 du même code : " Lorsqu'il a été fait application des dispositions de l'article 132-26-1 du code pénal, le juge de l'application des peines fixe les modalités d'exécution du placement sous surveillance électronique A une ordonnance non susceptible de recours dans un délai maximum de quatre mois à compter de la date à laquelle la condamnation est exécutoire et dans un délai de cinq jours ouvrables lorsque la juridiction de jugement a ordonné le placement ou le maintien en détention du condamné et déclaré sa décision exécutoire A provision. Si les conditions qui ont permis au tribunal de décider que la peine serait subie sous le régime du placement sous surveillance électronique ne sont plus remplies, si le condamné ne satisfait pas aux interdictions ou obligations qui lui sont imposées, s'il fait preuve de mauvaise conduite, s'il refuse une modification nécessaire des conditions d'exécution ou s'il en fait la demande, le bénéfice du placement sous surveillance électronique peut être retiré A le juge de l'application des peines A une décision prise conformément aux dispositions de l'article 712-6. () ".

4. Ainsi que l'a jugé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2019-799/800 QPC du 6 septembre 2019, l'exécution des peines privatives de liberté en matière correctionnelle et criminelle a été conçue, non seulement pour protéger la société et assurer la punition du condamné, mais aussi pour favoriser l'amendement de celui-ci et préparer son éventuelle réinsertion et la décision octroyant à la personne condamnée une libération conditionnelle constitue une mise en œuvre des principes à valeur constitutionnelle de nécessité et de proportionnalité des peines. A ailleurs, ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel, en se référant à la jurisprudence constante de la Cour de cassation, l'exécution de mesures probatoires, dont l'exécution conditionne l'octroi d'une libération conditionnelle, est incompatible avec une décision d'éloignement du territoire. Il s'ensuit que lorsque le juge de l'application des peines a décidé de faire bénéficier un détenu étranger d'une mesure probatoire, notamment d'un placement sous surveillance électronique, l'édiction d'une mesure d'éloignement a pour conséquences de faire obstacle à l'exécution de cette mesure probatoire nécessaire à l'octroi d'une libération conditionnelle. Prise dans ces circonstances, une mesure d'éloignement est dès lors contraire aux principes de valeur constitutionnelle de nécessité et de proportionnalité des peines.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche pénale de l'intéressé, que M. C a été condamné le 10 juin 2022 A le tribunal correctionnel de Bobigny à une peine d'emprisonnement de trente mois dont quinze mois avec sursis. La fin de peine de l'intéressé était prévue au 10 septembre 2023. A ordonnance en date du 13 février 2023, le juge de l'application des peines près le tribunal judiciaire d'Evry-Courcouronnes a prononcé une libération conditionnelle sous contrainte de plein droit sous la forme d'un placement sous bracelet électronique à compter du 14 mars 2023. L'arrêté du préfet de l'Essonne a ainsi pour conséquence de faire obstacle à l'exécution de la mesure décidée A le juge de l'application des peines. Dans ces conditions, et alors que comme il a été dit plus haut, l'octroi d'une mesure de libération conditionnelle constitue une mise en œuvre des principes de nécessité et de proportionnalité des peines, le requérant est fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire sans délai alors qu'il bénéficiait d'une mesure probatoire préalable à une libération conditionnelle, le préfet de l'Essonne a entaché l'arrêté attaqué d'une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les décisions du 24 février 2023, notifiées le 2 mars 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai doivent être annulées, ainsi que, A voie de conséquence les décisions du même jour fixant un pays de destination et interdisant à l'intéressé de retourner sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 513-4, L. 551-1, L. 552-4, L. 561-1 et L. 561-2 et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

8. Eu égard aux motifs qui la fondent, l'exécution de l'annulation prononcée ci-dessus implique seulement que le préfet de l'Essonne procède au réexamen de la situation du requérant dans un délai de deux mois et qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont il fait l'objet. Il y a, dès lors, lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne de prendre toute mesure utile afin qu'il soit procédé à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il y a également lieu, en application de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. C dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat. () ".

10. M. C a été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. A suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761 1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Namigohar, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Namigohar de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C A le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à M. C.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Essonne en date du 24 février 2023, notifié le 2 mars 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la date de la notification du présent jugement, ainsi qu'à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Namigohar renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Namigohar, avocat de M. C, une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Namigohar et au préfet de l'Essonne.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. E Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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