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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301947

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301947

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 24 mars 2023, M. B E, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, représenté par Me Bikindou demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a ordonné son maintien en rétention administrative ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente, dès lors qu'il appartient au préfet de l'Essonne de justifier que l'auteur de cet arrêté était titulaire d'une délégation de signature de sa part, régulièrement publiée ;

- elle est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne tient pas compte ni de ses craintes pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, ni de son entrée récente sur le territoire national ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en le maintenant en rétention, alors qu'il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 3 mars 2023, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 754-3 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa demande de réexamen n'a pas été présentée dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement mais parce qu'il éprouve des craintes personnelles, réelles et actuelles dans son pays d'origine ;

Par un mémoire, enregistré le 23 mars 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens invoqués par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-21 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 mars 2023 :

- le rapport de M. Aanc,

- les observations de Me Bikindo, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en renonçant au moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte ; il excipe en outre de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français assorti d'une interdiction de retour dont M. E a fait l'objet le 2 décembre 2022 et fait valoir que son client n'a pu contester cet arrêté dans le délai de recours contentieux en raison de son hospitalisation et que celui-ci forme en tout état de cause avec la décision prononçant son maintien en rétention les éléments d'une même opération complexe ; il soulève par ailleurs le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ; enfin, il fait valoir que M. E dispose de garanties de représentation.

- les observations de M. E ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant congolais, né le 27 décembre 1985, est entré en France selon ses déclarations au cours de l'année 2017. Par un arrêté du 2 décembre 2022, pour l'exécution duquel il a été placé en rétention administrative, le préfet de l'Essonne a prononcé à l'encontre de M. E une obligation de quitter sans délai le territoire français ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire national pendant une durée de trois ans. Si M. E a présenté une nouvelle demande d'asile devant l'OFPRA, le 8 mars 2023, au cours de sa rétention administrative au centre de Palaiseau, le préfet de l'Essonne a néanmoins décidé son maintien en rétention administrative par un arrêté du même jour, signé en vertu d'une délégation de signature régulière par Mme D, cheffe du bureau de l'éloignement du territoire. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de ce dernier arrêté du 8 mars 2023 le maintenant en rétention administrative.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances tenant à la situation personnelle du requérant, vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application ainsi que mentionne le motif retenu par le préfet de l'Essonne pour décider le maintien en rétention administrative de M. E. Par suite, l'arrêté attaqué, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui le fondent, est suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 2 décembre 2022, par lequel le préfet de l'Essonne a obligé M. E à quitter sans délai le territoire français a été notifié à l'intéressé le même jour à 12 h 25. Il est par ailleurs constant que cette obligation de quitter le territoire français n'a pas été contestée dans le délai de recours contentieux, alors que sa notification comportait bien l'indication des voies et délais de recours. Si le requérant fait valoir qu'en raison de son hospitalisation, il n'aurait pas été en mesure d'exercer de recours contre cette mesure d'éloignement dans le délai de recours contentieux, il ne verse au dossier aucune pièce, ni ne fait état d'aucun élément suffisamment précis de nature à établir la situation de force majeure dont il se prévaut. Dans ces conditions, l'arrêté du 2 décembre 2022, qui a été régulièrement notifié au requérant, est devenu définitif. Contrairement à ce que soutient le conseil du requérant à l'audience, celui-ci ne forme pas avec l'arrêté prononçant son maintien en rétention les éléments d'une même opération complexe. Ainsi, le requérant n'est pas recevable à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre pour demander l'annulation de l'arrêté du 8 mars 2023 décidant de son maintien en rétention administrative

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Aux termes de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. ()".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. E a présenté une première demande d'asile, le 5 janvier 2018, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 23 mars 2018, et que ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 29 novembre 2018. Si le requérant a présenté une nouvelle demande d'asile, le 8 mars 2023, pour obtenir le réexamen de sa situation, cette demande est intervenue postérieurement à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 2 décembre 2022. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne a pu estimer que la demande de réexamen présentée par M. E, laquelle, au demeurant, a été rejetée pour irrecevabilité par une décision de l'OFPRA du 10 mars 2023, n'avait d'autre objet que de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre. L'autorité administrative a pu ainsi décider de maintenir en rétention M. E pendant la durée de l'examen de sa nouvelle demande d'asile, sans commettre d'erreur d'appréciation, ni méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir qu'il présenterait des garanties suffisantes de représentation à l'appui de la contestation de l'arrêté attaqué, qui a décidé son maintien en rétention en application de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, est en tout état de cause sans influence sur la légalité d'une décision de maintien en rétention administrative.

9. En sixième et dernier lieu, la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a prononcé son maintien en rétention administrative, ne porte par elle-même aucune atteinte au droit de M. E à mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par cette décision des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, M. E n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, qui a pour seul objet de le maintenir en rétention administrative serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette mesure sur sa situation personnelle.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la l'arrêté du préfet de l'Essonne du 8 mars 2023 ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

Ph. C La greffière,

Signé

A. Sambake

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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