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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2301959

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2301959

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2301959
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantNGAFAOUNAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mars 2023, Mme D A B, représentée par Me Ngafaounain, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour portant la mention " visiteur " présentée le 13 septembre 2022, née du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur cette demande ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne d'examiner sa demande de délivrance de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 800 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 421-1 et L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet l'a invité à s'adresser à l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

La requête de Mme B a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91- du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Féral, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante ivoirienne née le 12 août 1977, est entrée en France le 25 octobre 2014 sous couvert d'un visa portant la mention " étudiant " et a été titulaire d'un titre de séjour portant cette même mention jusqu'au 17 novembre 2020. Il ressort des pièces du dossier que par courrier du 13 septembre 2022 elle a demandé au préfet de l'Essonne la délivrance d'un titre de séjour " visiteur " pour lui permettre d'assurer les fonctions de ministre du culte au sein des Communautés des Assemblées Evangéliques de France. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté cette demande.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

3. Mme B soutient qu'elle a demandé au préfet de l'Essonne la communication des motifs du refus de sa demande de titre de séjour. Toutefois, il ressort des termes mêmes du courrier en date du 31 octobre 2022, reçu par les services préfectoraux le 3 novembre 2022, que la demande de communication des motifs concernait une autre demande de titre de séjour que l'intéressée avait formulée le 18 août 2021 auprès de la préfecture des Yvelines en vue d'obtenir le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Ainsi, la requérante n'établit pas avoir adressé au préfet de l'Essonne une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de délivrance de titre de séjour portant la mention " visiteur ". A supposer même que le courrier en date du 31 octobre 2022 puisse être regardé comme contenant une demande communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour portant la mention " visiteur " présentée le 13 septembre 2022, aucune décision implicite de rejet n'était toutefois encore née à la date de sa demande et celle-ci était donc sans objet. Elle n'a pu, dès lors, faire courir le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et la décision implicite ne se trouve pas, en tout état de cause, entachée d'illégalité du seul fait que ses motifs n'ont pas été communiqués à la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, il ressort des termes mêmes du courrier en date du 21 octobre 2022 que Mme B n'a présenté qu'une demande de titre de séjour portant la mention " visiteur " et n'a pas formulé de demande de titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Essonne n'était dès lors pas tenu d'examiner d'office si elle était susceptible de remplir les conditions en vue de la délivrance d'un titre sur ce fondement. Dans ces conditions, elle ne peut utilement soutenir que la décision implicite de refus de séjour serait entachée d'une erreur de droit au regard de ces dispositions. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. / Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle ".

6. En se bornant à produire une attestation de l'association " L'entente des CAEF " aux termes de laquelle la requérante serait embauchée en qualité d'assistante pastorale au sein de l'Eglise protestante évangélique dans l'Isère, elle ne démontre pas qu'elle peut vivre de ses seules ressources alors qu'en outre, le titre de visiteur n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle. Par suite le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En troisième lieu, Mme B ne saurait utilement soutenir que la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour portant la mention " visiteur " est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet de l'Essonne lui a indiqué à tort qu'elle devait saisir l'administration numérique des étrangers en France (ANEF) dès lors que, d'une part, cette indication lui a été fournie non dans la décision attaquée mais dans courriel des services préfectoraux du 22 juillet 2021 et que, d'autre part, cette indication lui a été fournie dans le cadre de l'instruction de l'autre demande de titre de séjour que l'intéressée avait formulée le 18 août 2021 en vue d'obtenir le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par suite, le moyen d'erreur de fait doit être écarté comme inopérant.

8. En quatrième et dernier lieu, si la requérante fait état des études qu'elle a entreprises et réussies depuis son arrivée en France et produit une attestation de l'association " L'entente des CAEF " aux termes de laquelle elle serait embauchée en qualité d'assistante pastorale au sein de l'Eglise protestante évangélique dans l'Isère, l'intéressée n'établit ni même n'allègue qu'elle disposerait d'attaches familiales en France et ne justifie d'aucune insertion sociale particulière. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour portant la mention " visiteur " présentée le 13 septembre 2022 par la requérante doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Féral, président,

- Mme Bartnicki, première conseillère ;

- Mme Ghiandoni, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le Président-rapporteur,

Signé

R. Féral

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

A. BartnickiLa greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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