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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302128

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302128

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302128
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBORDESSOULE DE BELLEFEUILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2023, M. A B, représenté par Me Bordessoule de Bellefeuille, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 29 novembre 2021, notifiée postérieurement au 3 décembre 2021 et portant rejet de son recours gracieux, ainsi que de l'ensemble des décisions attaquées, à savoir l'arrêté de prolongation de suspension de fonctions du 13 septembre 2021 notifié le 14, l'arrêté de suspension du 15 avril 2021 et l'arrêté de suspension du 29 juillet 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de l'affecter dans un emploi qui ne requiert pas sa présence dans un établissement pénitentiaire, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à lui payer l'arriéré dû ;

4°) à défaut, d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa situation sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bordessoule de Bellefeuille renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite en ce qu'il a été privé de rémunération sur la période allant de juin 2019 et octobre 2020, tandis que depuis l'arrêté du 13 septembre 2021, sa rémunération a été réduite à 50% de son salaire, ainsi, cette décision lui est gravement préjudiciable ainsi qu'à sa famille ; il rencontre de graves difficultés à payer son loyer et à subvenir aux besoins de sa famille et cette famille risque d'être victime d'une expulsion locative provoquée par cette baisse de rémunération, alors même qu'il n'a pas été jugé ni déclaré coupable, à ce jour, des faits qui lui sont reprochés ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée qui est entachée d'incompétence de son auteur, d'insuffisance de motivation, de méconnaissance du principe de présomption d'innocence prévu à l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 et l'article 9 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, de violation de la loi, tant de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires abrogée par ordonnance du 24 novembre 2021 que des articles L. 531-1 et suivants du code général de la fonction publique, et d'erreur manifeste d'appréciation.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 novembre 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 7 novembre 2022 sous le numéro 2208308 par laquelle M. B demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, surveillant pénitentiaire au sein de la maison d'arrêt de Bois d'Arcy, a fait l'objet d'une procédure judiciaire pour avoir, courant septembre et jusqu'au 3 octobre 2018, transporté, détenu, acquis, offert ou cédé, sans autorisation administrative une substance ou plante classée comme stupéfiant, en l'espèce de la résine de cannabis, et tenté de remettre ou de faire parvenir à un détenu ou de recevoir d'un détenu, et de transmettre des sommes d'argent, correspondances, objet ou substances quelconques avec cette circonstance qu'il était chargé de la surveillance de détenus. Par ordonnance du 26 juin 2019, le tribunal de grande instance de Versailles a ordonné le placement sous contrôle judiciaire de l'intéressé avec interdiction de se livrer à l'exercice de fonctions impliquant sa présence dans un établissement pénitentiaire. Le 29 juillet 2020, M. B a été suspendu de ses fonctions pour une durée de quatre mois, soit jusqu'au 26 décembre 2020 inclus. Par deux arrêtés du 15 avril 2021, il a été autorisé à reprendre ses fonctions à compter du 27 décembre 2020. Une suspension pour manquement à ses obligations professionnelles a été prononcée à compter du 18 mai 2021. Par arrêté du 13 septembre 2021, la direction de l'administration pénitentiaire a décidé de prolonger à compter du 18 septembre 2021, la suspension pour manquement aux obligations professionnelles prononcée à l'encontre de M. B, avec une rémunération diminuée de moitié. Ce dernier a formé le 16 novembre 2021 un recours gracieux contre ces décisions qui a été rejeté par décision en date du 29 novembre 2021 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés la suspension de cette décision ainsi que des arrêtés des 29 juillet 2020, 15 avril 2021 et 13 septembre 2021.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Pour l'application des dispositions citées au point 2, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient ainsi au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Dans ce cadre, l'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier de l'urgence, M. B évoque les conséquences financières des décisions litigieuses, en ce qu'il a été privé de rémunération sur la période allant de juin 2019 et octobre 2020, tandis que depuis l'arrêté du 13 septembre 2021, sa rémunération a été réduite à 50% de son salaire. Toutefois, s'il soutient rencontrer de graves difficultés à payer son loyer et à subvenir aux besoins de sa famille, et évoque un risque d'expulsion locative, il ne justifie aucunement de ces circonstances en se bornant à produire ses bulletins de paie. Il n'apporte en outre aucune précision sur sa situation patrimoniale ou la situation financière de son foyer fiscal. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme étant remplie en l'espèce.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Versailles, le 23 mars 2023.

Le juge des référés,

signé

Ph. Delage

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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