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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302162

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302162

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302162
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET LANDAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée le 15 mars 2023, M. C B, représenté A Me D, demande à la juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au département des Yvelines d'assurer sa mise a` l'abri, sans délai, de`s la notification de l'ordonnance a` intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros A jour de retard ;

3°) de condamner le département des Yvelines à verser à Me D la somme de

2 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'urgence est établie puisqu'il est actuellement sans domicile fixe et hébergé temporairement A des associations et n'a un rendez-vous le 26 mars 2023 avec les services de la préfecture que pour une biométrie ;

- aucune mise à l'abri n'a été prise alors qu'il s'est présenté au département des Yvelines et que de ce fait une atteinte à la liberté fondamentale du droit d'hébergement d'urgence d'un mineur ou jeune majeur existe, le tout constituant une violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au conseil départemental des Yvelines qui n'a pas produit d'observations.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mégret, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 20 mars 2023 à

14h00.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Mégret, juge des référés,

- les observations de Me Kamassamy substituant Me D, représentant M. B, présent, qui rappelle la procédure de prise en charge des mineurs isolés A les services de l'aide à sociale à l'enfance et la nécessité d'une décision du juge des enfants et insiste sur le fait que cette procédure n'a pas été respectée à savoir notamment la mise à l'abri, la prise en charge provisoire pendant 5 jours et son évaluation, il ne bénéficie d'aucune protection alors qu'il est arrivé en France début mars 2023, est sans domicile fixe même si une association lui est venue en aide et est un mineur non accompagné ; les services de l'Etat qui sont défaillants portent atteinte à l'intérêt supérieur des enfants, liberté fondamentale.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 14h16.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée A l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

2.

M. C B, ressortissant guinéen, né le 4 janvier 2007, est arrivé seul en France début mars 2023. Le requérant a sollicité le 6 mars 2023 sa mise a` l'abri et son hébergement d'urgence au titre de l'aide sociale à l'enfance auprès du département des Yvelines en qualité de mineur isolé. Ce département lui a alors remis une convocation pour le 26 mars 2023 auprès du service biométrie de la préfecture. M. B demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre sa mise a` l'abri et son hébergement d'urgence au titre de l'aide sociale à l'enfance A le département des Yvelines.

3. D'une part, aux termes de l'article 375 du code civil : " Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées A justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public () ". Aux termes de l'article 375-3 du même code : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : / () 3° A un service départemental de l'aide sociale à l'enfance () ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article 373-5 de ce code : " A titre provisoire mais à charge d'appel, le juge peut, pendant l'instance, soit ordonner la remise provisoire du mineur à un centre d'accueil ou d'observation, soit prendre l'une des mesures prévues aux articles 375-3 et 375-4. / En cas d'urgence, le procureur de la République du lieu où le mineur a été trouvé a le même pouvoir, à charge de saisir dans les huit jours le juge compétent, qui maintiendra, modifiera ou rapportera la mesure. Si la situation de l'enfant le permet, le procureur de la République fixe la nature et la fréquence du droit de correspondance, de visite et d'hébergement des parents, sauf à les réserver si l'intérêt de l'enfant l'exige ".

4. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () / ; 3° Mener en urgence des actions de protection en faveur des mineurs mentionnés au 1° du présent article ; / 4° Pourvoir à l'ensemble des besoins des mineurs confiés au service et veiller à leur orientation () ". L'article L. 222-5 du même code prévoit que : " Sont pris en charge A le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () / 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil () ". L'article L. 223-2 de ce code dispose que : " Sauf si un enfant est confié au service A décision judiciaire ou s'il s'agit de prestations en espèces, aucune décision sur le principe ou les modalités de l'admission dans le service de l'aide sociale à l'enfance ne peut être prise sans l'accord écrit des représentants légaux ou du représentant légal du mineur ou du bénéficiaire lui-même s'il est mineur émancipé. / En cas d'urgence et lorsque le représentant légal du mineur est dans l'impossibilité de donner son accord, l'enfant est recueilli provisoirement A le service qui en avise immédiatement le procureur de la République. / () Si, dans le cas prévu au deuxième alinéa du présent article, l'enfant n'a pas pu être remis à sa famille ou le représentant légal n'a pas pu ou a refusé de donner son accord dans un délai de cinq jours, le service saisit également l'autorité judiciaire en vue de l'application de l'article 375-5 du code civil ". L'article R. 221-11 du même code dispose que : " I. - Le président du conseil départemental du lieu où se trouve une personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille met en place un accueil provisoire d'urgence d'une durée de cinq jours, à compter du premier jour de sa prise en charge, selon les conditions prévues aux deuxième et quatrième alinéas de l'article L. 223-2. / II. - Au cours de la période d'accueil provisoire d'urgence, le président du conseil départemental procède aux investigations nécessaires en vue d'évaluer la situation de cette personne au regard notamment de ses déclarations sur son identité, son âge, sa famille d'origine, sa nationalité et son état d'isolement. () / IV. - Au terme du délai mentionné au I, ou avant l'expiration de ce délai si l'évaluation a été conduite avant son terme, le président du conseil départemental saisit le procureur de la République en vertu du quatrième alinéa de l'article L. 223-2 et du second alinéa de l'article 375-5 du code civil. En ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I se prolonge tant que n'intervient pas une décision de l'autorité judiciaire. / S'il estime que la situation de la personne mentionnée au présent article ne justifie pas la saisine de l'autorité judiciaire, il notifie à cette personne une décision de refus de prise en charge délivrée dans les conditions des articles L. 222-5 et R. 223-2. En ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I prend fin ". En application de l'article R. 221-12 du même code, les dépenses engagées A le département au titre de cette période d'hébergement et d'évaluation de cinq jours sont remboursées de façon forfaitaire A le Fonds national de la protection de l'enfance créé au sein de la Caisse nationale d'allocations familiales.

5. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe aux autorités du département, le cas échéant dans les conditions prévues A la décision du juge des enfants ou A le procureur de la République ayant ordonné en urgence une mesure de placement provisoire, de prendre en charge l'hébergement et de pourvoir aux besoins des mineurs confiés au service de l'aide sociale à l'enfance. A cet égard, une obligation particulière pèse sur ces autorités lorsqu'un mineur privé de la protection de sa famille est sans abri et que sa santé, sa sécurité ou sa moralité est en danger. Lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour le mineur intéressé, une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies A l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée et il peut inviter, le cas échéant, l'autorité de l'Etat à apporter aux services légalement compétents du département un concours dans l'accomplissement de leur mission, dès lors que le département établit formellement que les obligations qui lui sont faites auraient manifestement excédé ses capacités d'action.

6. Hormis le cas où la personne qui se présente ne satisfait manifestement pas à la condition de minorité, un refus d'accès au dispositif d'hébergement et d'évaluation mentionné ci-dessus, opposé A l'autorité départementale à une personne se disant mineur isolé, est ainsi susceptible, en fonction de la situation sanitaire et morale de l'intéressé, d'entraîner des conséquences graves caractérisant une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B, âgé de seize ans selon son extrait de naissance, est depuis son arrivée en Ile de France, livré à lui-même et dépourvu de toute ressource. Il n'est pas contesté, qu'avec l'aide d'une association, il s'est présenté le 6 mars auprès des services du département des Yvelines chargés d'organiser l'accueil d'urgence et l'évaluation des mineurs isolés étrangers conformément aux dispositions de l'article L. 223-2 du code de l'action sociale et des familles. Or, ces services ont seulement remis à l'intéressé une convocation pour le 26 mars 2023 au service de biométrie de la préfecture des Yvelines mais n'ont en revanche pris aucune autre mesure afin qu'il soit procédé à une évaluation de son éligibilité à un placement au service d'aide sociale à l'enfance et qu'il soit mis à l'abri et hébergé. Ainsi, l'accueil provisoire n'est pas effectif. Or, la minorité de M. B qui est établie A un extrait de naissance joint, n'est pas contestée A le département, faute d'avoir présenté des observations dans la présente instance. En outre, il est constant que le requérant est actuellement isolé, sans ressources, livré à lui-même et que son hébergement est aléatoire. Enfin, le département, n'apporte pas d'élément permettant d'établir qu'il est dans l'impossibilité de respecter les obligations qui pèsent sur lui en application des articles L. 223-2 et R. 221-1 du code de l'action sociale et des familles. Ainsi, en ne procédant ni à l'accueil d'urgence ni à l'évaluation de M. B, le département des Yvelines a porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, qu'il y a urgence à faire cesser, eu égard aux conditions actuelles d'existence de ce jeune mineur livré à lui-même.

8. A suite, il y a lieu d'enjoindre au président du conseil départemental des Yvelines d'assurer l'accueil provisoire d'urgence de M. B pour une durée de cinq jours afin de procéder à son évaluation, dans un délai de deux jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit besoin de fixer une astreinte particulière.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Compte tenu de l'urgence, M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. A suite, son avocat pouvant se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me D renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge du département des Yvelines et au bénéfice du conseil de M. B, une somme de 900 euros.

O R D O N N E:

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au département des Yvelines de proposer un accueil provisoire d'urgence d'une durée de cinq jours à M. B, afin de procéder à son évaluation dans un délai de 48 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le département des Yvelines versera à Me D, conseil de M. B, une somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me D s'engage à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au département des Yvelines et à Mme D

Fait à Versailles, le 21 mars 2023

La juge des référés,

signé

Sylvie Mégret

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°230216

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