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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302199

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302199

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantJESUS FORTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires , enregistrés les 16 mars à 23 heures 59, 23 mars et 15 avril 2023 au tribunal administratif de Versailles, M. G, représenté par Me Jesus Fortes demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui assortit la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence, faute pour son signataire de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, entachée d'un défaut de base légale, d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle dès lors que ses condamnations remontent à plus de cinq années et portent sur des évènements isolés jamais réitérés et qu'il a fait preuve d'une grande maturité dans sa volonté d'insertion en suivant avec succès une formation de jardinier paysagiste donnant toujours satisfaction à ses employeurs, qu'il produit un contrat de travail, différentes fiches de paye et dispose d'une couverture sociale, ne constituant pas ainsi une charge déraisonnable pour l'Etat français ; il ne s'est pas soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire, s'étant présenté à l'aéroport pour se voir refuser l'embarquement faute de passeport conservé par le préfet ; il entretient une relation amoureuse de longue date avec une ressortissante européenne installée en France et sa fratrie est installée en France depuis de longues années.

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'incompétence de son auteur ;

-elle est dépourvue de base légale ;

-il ne présente pas de risque de fuite, dispose d'un passeport en cours de validité dont le préfet est en possession, justifie d'une adresse fixe et certaine.

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

-elle est illégale en raison de l'incompétence de son auteur ;

-elle est dépourvue de base légale ;

- elle l'expose à la perte de son emploi et le prive d'une chance de s'établir durablement dans une logique d'insertion tandis qu'il ne dispose pas d'attaches dans son pays d'origine, mise à part sa mère.

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est prise par une autorité dépourvue de compétence ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'il possède l'essentiel de ses intérêts en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme le Montagner pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 avril 2023 :

- le rapport de Mme le Montagner

- les observations de Me Jesus Fortes représentant M. G qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur les preuves de réinsertion du requérant ;

-le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant portugais né le 26 août 1992 au cap Vert, a été interpellé le 13 mars 2023 par les services de police alors qu'il figurait au fichier des personnes recherchées. Il a fait l'objet le 14 mars 2023 d'une décision du préfet de l'Essonne portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de circulation pour une durée de trois ans, dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions de la requête :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-025 du 7 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 15 du 7 février 2023 de la préfecture de l'Essonne, le préfet de l'Essonne a donné délégation à Mme A F, cheffe de bureau de l'éloignement, pour signer les décisions relevant des attributions du bureau de l'éloignement du territoire, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E B, directeur de l'immigration et de l'intégration. Le requérant n'établit ni même n'allègue que M. B n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. G, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, fixer le pays de destination et lui interdire le retour sur le territoire français, à savoir, notamment, son état de célibataire dépourvu de charges de famille et les condamnations dont il a fait l'objet. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, d''une part, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. G a été condamné le 29 juin 2017 par le tribunal correctionnel de Melun à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion, le 12 septembre 2017 par ce même tribunal à 1 mois d'emprisonnement avec pour recel de bien provenant d'un délit, le 17 octobre 2017 par le tribunal de grande instance de Paris à 300 euros d'amende pour usage illicite de stupéfiants et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, puis le 27 mars 2019 par la cour d'appel de Paris à six ans d'emprisonnement pour vol avec violence par escalade dans un local d'habitation, et recel de bien provenant de vol. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressé justifie d'une formation professionnelle de jardinier urbain suivie du 15 mars au 30 juillet 2021 ainsi que de six fiches de salaire pour l'année 2021, 3 fiches de salaire pour l'année 2022, d'une attestation de travail depuis le 1er janvier 2023 rédigée par la sarl Daily Golf de Buc et d'une attestation de droits à l'assurance maladie, le préfet de l'Essonne a pu sans erreur d'appréciation, et pour ce seul motif, considérer que le comportement de M. G constituait toujours une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société justifiant son éloignement du territoire français. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet a entaché sa décision d'une absence de base légale et d'une erreur d'appréciation au regard des disposions précitées ne peuvent qu'être écartés.

7. En second lieu, si le requérant fait état d'une présence de longue durée en France, d'une relation sérieuse avec une ressortissante européenne établie en France et de la présence de sa fratrie sur ce territoire, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est célibataire, sans charge de famille et non dépourvu de liens au Portugal où vit sa mère, tandis qu'il n'établit ni la réalité ni l'intensité du lien allégué avec ressortissante européenne pas plus que la nécessité de s'établir auprès de sa fratrie. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu de son comportement sur le sol français, la décision du préfet de l'Essonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant désignation du pays de renvoi :

8. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, c'est par une exacte application des dispositions précitées que le préfet de l'Essonne a désigné le Portugal, Etat dont le requérant a la nationalité comme pays de renvoi. Le moyen tiré du défaut de base légale ne peut donc qu'être écarté.

11. En troisième lieu, si M. G invoque une perte de chance de se réinsérer en conservant son emploi, il n'est pas établi qu'il ne pourrait exercer un métier correspondant à sa qualification professionnelle dans le pays dont il a la nationalité. Il n'est ainsi pas fondé à soutenir qu'un retour dans son pays l'exposerait à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. G contre la décision du préfet de l'Essonne désignant le pays de renvoi ne peuvent qu'être écartées.

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

15. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est précédemment soustrait à l'obligation de quitter le territoire qui lui avait été faite le 6 avril 2021 par le préfet de police de Paris. D'autre part, son comportement constitue toujours une menace pour l'ordre public, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement. Il se trouve ainsi dans la situation où le préfet peut, en application des dispositions précitées de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'obliger à quitter le territoire sans délai, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'il dispose d'un passeport et d'une adresse fixe.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-8 de ce code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-9 : " Sauf s'il n'a pas satisfait à une précédente décision portant obligation de quitter le territoire français ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, les articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ne sont pas applicables à l'étranger obligé de quitter le territoire français au motif que le titre de séjour qui lui avait été délivré en application des articles L. 425-1 ou L. 425-3 n'a pas été renouvelé ou a été retiré ou que, titulaire d'un titre de séjour délivré sur le même fondement dans un autre Etat membre de l'Union européenne, il n'a pas rejoint le territoire de cet État à l'expiration de son droit de circulation sur le territoire français dans le délai qui lui a, le cas échéant, été imparti ". Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

17. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

19. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G justifierait de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à l'interdiction de retour prononcée par le préfet de l'Essonne. Eu égard à la gravité des faits pour lesquels il a été pénalement condamné par la Cour d'appel de Paris, à son précédent refus de se conformer à l'obligation de quitter le territoire qui lui a été faite et à sa situation personnelle et familiale, l'interdiction de retourner sur le territoire français d'une durée de trois ans n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation. Pour les motifs exposés aux points 7 et 11 du présent jugement, la décision attaquée ne méconnait pas davantage les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il s'ensuit que les conclusions de M G contre la décision lui interdisant le retour sur le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D G et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. le Montagner La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302199 N°

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