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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302337

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302337

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantALLEG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023, M. E B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de lui désigner un avocat ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités autrichiennes responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre provisoire de séjour sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de ce que le préfet aurait dû faire application de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 eu égard à sa situation personnelle ;

- il méconnaît les 7° et 11° de l'article 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'arrêté ministériel du 18 janvier 2008 ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 précité et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais qui a versé, le 3 avril 2023, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 avril 2023 :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Alleg, avocate désignée d'office représentant M. B, présent, et assisté de M. C, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; il fait valoir, en outre, qu'il n'a pas été pris en charge au titre de l'asile en Autriche, insiste sur le fait qu'il dispose d'attaches familiales en France, où sa tante a obtenu l'asile et où il loue un appartement à une SCI qui appartient à des membres de sa famille, et indique qu'il bénéficie d'une déclaration préalable à l'embauche ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant turc, né le 9 juin 1995 à Elezskirt-Agri, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 12 décembre 2022, auprès des services de la préfecture de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que les empreintes digitales de M. B avaient été relevées le 2 juillet 2022 par les autorités de contrôle compétentes en Autriche à l'occasion de l'enregistrement d'une demande de protection internationale dans ce pays. Saisies le 21 décembre 2022 d'une demande de reprise en charge de M. B les autorités autrichiennes ont implicitement accepté cette requête, le 5 janvier 2023. Par l'arrêté du 10 mars 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités autrichiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, à la détermination de l'État responsable en application du règlement (UE) no 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement. ".

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-025 du 7 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans l'Essonne, M. A F, chef du bureau de l'asile, a reçu délégation du préfet de l'Essonne pour signer les décisions de transfert. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour estimer que l'examen de sa demande de protection internationale relevait de la responsabilité d'un autre Etat. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de cette même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

7. M. B fait valoir qu'il dispose d'attaches personnelles en France où se trouvent ses quatre cousins, ses deux tantes et son oncle, dont il justifie, pour certains, de la nationalité française, et pour les autres, de la régularité du séjour en France. Le requérant, qui indique être pris en charge financièrement par ses proches, produit un bail d'habitation conclu à son nom avec une SCI appartenant à des membres de sa famille. Toutefois, outre le fait que le requérant n'apporte pas la preuve de l'existence du lien de filiation avec les personnes susvisées, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'est présent en France, selon ses déclarations, que depuis le 10 décembre 2022, et il n'est pas établi qu'il se trouve dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où le requérant indique que certains membres de sa famille demeurent. Ainsi, en dépit de la volonté d'intégration du requérant, qui produit à cet égard une déclaration préalable à l'embauche, datée du 29 mars 2023, postérieure à l'arrêté attaqué, les éléments dont il se prévaut ne permettent pas d'établir qu'en décidant de son transfert aux autorités autrichiennes en tant que responsables de sa demande d'asile, le préfet de l'Essonne aurait méconnu son droit à la protection de sa vie privée et familiale. En outre, si M. B fait état de menaces qui pèseraient sur sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, compte tenu de son engagement pour la cause kurde, et se prévaut de ce que sa tante a obtenu l'asile en France, il est constant que la décision de transfert attaquée n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner le requérant vers ce pays mais seulement de prononcer son transfert aux autorités autrichiennes chargées de l'examen de sa demande d'asile. Par ailleurs, le requérant ne produit aucun élément tendant à établir qu'il encourrait des risques pour sa sécurité en Autriche et n'établit, ni même n'allègue, que les autorités autrichiennes ne pourraient lui assurer une protection adéquate. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des faits de l'espèce en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni qu'il aurait méconnu les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en décidant de son transfert aux autorités autrichiennes responsables de sa demande d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui se sont substituées à celles du 7° de l'article L. 313-11 du même code à compter du 1er mai 2021 : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Il résulte de ce qui a été dit point 7 du présent jugement que M. B n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 423-23 lui donneraient droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".

10. En sixième et dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises aujourd'hui à l'article L. 425-9 du même code et de l'arrêté ministériel du 18 janvier 2009 ne sont pas assorties des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ils ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 10 mars 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

J. D Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302337

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