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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302349

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302349

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantPETIT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 mars et 17 avril 2023, Mme C H, représentée par Me Petit, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Petit en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat, ou à défaut d'admission définitive à l'aide juridictionnelle de la requérante, de verser cette somme à Mme H.

Elle soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- le préfet de l'Essonne ne justifie d'avoir procédé à l'information prévue par l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu oralement ou par écrit garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire instituée par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant définitivement sa demande d'asile ne lui a pas été notifiée ; il n'est pas établi que les demandes d'asile de ses enfants, A et E ont été rejetées par cette juridiction, par une décision leur ayant été notifiée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 mars et 17 avril 2023, M. B G, représenté par Me Petit, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans un délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Petit en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat, ou à défaut d'admission définitive à l'aide juridictionnelle du requérant, de verser cette somme à M. G.

Il soulève des moyens identiques à ceux développés par son épouse, Mme H, dans l'instance susvisée n° 2302349, précédemment analysés.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 avril 2023 qui s'est tenue en présence de Mme Sambake, greffière :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Schaeffer, substituant Me Petit, représentant Mme H et M. G, absents, assistée par Mme F, interprète en langue arménienne, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes par les mêmes moyens et précise que les combats ont repris en Arménie en 2022 et que le requérant a dû rester caché durant 13 jours ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes de Mme C H et de M. B G, enregistrées sous les numéros 2302349 et 2302350, présentant à juger les mêmes questions et ayant fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. Mme C H, ressortissante arménienne née le 19 septembre 1997 à Mxchyan, a sollicité, le 25 janvier 2022, son admission au séjour au titre de l'asile, et à titre subsidiaire, sur le fondement des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en procédure accélérée, par décision du 28 avril 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 août 2022. Par un arrêté du 8 mars 2023 le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office. Mme H demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

3. M. B G, ressortissant arménien né le 25 mars 1991 à Dzorgxbyur, a sollicité, le 25 janvier 2022, son admission au séjour au titre de l'asile, et à titre subsidiaire, sur le fondement des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en procédure accélérée, par décision du 28 avril 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 août 2022. Par un arrêté du 8 mars 2023 le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office. M. G demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

4. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

5. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de Mme H et de M. G, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ressort des termes des arrêtés contestés que, pour obliger les requérants à quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que les demandes d'asile des intéressés avaient été définitivement rejetées, par des décisions de la CNDA mentionnées par l'arrêté. Par ailleurs, pour prendre cette décision, le préfet de l'Essonne a retenu que, compte tenu des circonstances propres aux cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale. En outre, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le préfet n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que ces décisions ne méconnaissaient pas les textes qu'il a visés, notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, les arrêtés litigieux mentionnent les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permettent ainsi aux intéressés d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation ne peuvent qu'être écartés.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions des arrêtés, que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle des requérants avant de les obliger à quitter le territoire français. Par suite les moyens tirés du défaut d'un tel examen ne peuvent qu'être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. () ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

9. La circonstance, d'ailleurs non contestée par le préfet de l'Essonne, qu'une telle information n'ait pas été délivrée aux intéressés lors du dépôt de leur demande d'asile n'a pour seule conséquence que de rendre inopposable aux intéressés le délai de quatre-vingt-dix jours mentionné à l'article R. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, elle est sans incidence sur la légalité des obligations de quitter le territoire français prises consécutivement au rejet de la demande d'asile dès lors que les intéressés ne justifient pas avoir sollicité un titre de séjour sur un autre fondement que celui de l'asile ou celui de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, demande qui a été enregistrée. Par suite, les moyens seront écartés.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ".

11. Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

12. Les requérants font valoir qu'ils n'ont pas été auditionnés avant l'intervention des arrêtés attaqués, alors qu'ils n'ont pu s'entretenir avec les services préfectoraux qu'à l'occasion de leur passage au guichet unique des demandeurs d'asile, à savoir plus d'un an avant l'adoption de l'arrêté litigieux, le 25 janvier 2022. Toutefois, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier et n'est pas même soutenu que ces derniers auraient sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'ils auraient été empêchés de présenter leurs observations et de faire état de tous éléments pertinents de nature à influer sur le contenu des décisions avant que celles-ci ne soit prises postérieurement à ce premier entretien, certes ancien. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peuvent qu'être écartés.

13. En cinquième lieu, il ressort de l'ensemble des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment de son article L. 614-1, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir qu'en vertu de ces dispositions, les décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à leur encontre auraient dues être précédées d'une procédure contradictoire.

14. En sixième lieu, aux termes du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 dudit code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 531-24 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () "

15. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra ", versé au dossier par le préfet de l'Essonne et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que les recours formés par les requérants auprès de CNDA ont été rejetés par des ordonnances du 16 août 2022, notifiées le 18 août 2022. Si les requérants font valoir que M. G a également introduit, dans son recours, un recours contre la décision de rejet de la demande d'asile de leurs enfants, il ressort des pièces du dossier que la décision de l'OFPRA rendue sur sa demande d'asile concernait également la demande de ses enfants, au même titre que celle de la CNDA. La seule circonstance que le relevé " TelemOfpra " des enfants, versé en défense, ne comporte pas la mention de leur recours contre la décision de l'OFPRA, ni celle de la date de notification de la décision de la CNDA rendue sur leur demande est sans incidence sur leur droit au maintien sur le territoire français, dès lors qu'il est, d'une part, établi que la décision de l'OFPRA, mettant fin à ce droit au maintien, leur a été régulièrement notifiée le 13 mai 2022 et que, d'autre part, la décision de la CNDA rendue sur la demande de leur père concernait également la demande des enfants et a été régulièrement notifiée. Par suite, le préfet de l'Essonne était en droit de les obliger à quitter le territoire français en application du 4° de l'article L. 611-1 du code précité.

16. En septième lieu, aux termes de stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Et aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. (). ".

17. Si les requérants se prévalent de leur présence en France, ainsi que celle de leurs deux enfants, il ressort des pièces du dossier qu'ils ne sont entrés en France que le 19 janvier 2022. En outre, il ressort de ces mêmes pièces que leurs deux enfants, de nationalité arménienne, qui sont âgés de cinq et quatre ans, ont vu leur demande d'asile rejetée. En outre, la seule circonstance que les enfants des requérants soient scolarisés en France, que M. G justifie d'une promesse d'embauche et que Mme G poursuive une formation professionalisante ne sauraient caractériser une intégration d'une intensité particulière en France, eu égard au caractère récent de la présence des requérants en France. Dès lors, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que ceux tirés de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

19. Les requérants font état de risques qu'ils encourent en cas de retour dans leur pays d'origine, notamment pour M. G, dès lors qu'il a déserté alors qu'il travaillait au sein des services de police, que le conflit avec l'Azerbaïdjan a repris depuis 2022 et que les sanctions pour désertion ont été durcies. Toutefois, ces circonstances ne sont pas, à elles seules, de nature à établir la réalité et la gravité de ces risques, alors que les intéressés n'apportent aucun élément personnalisé relatif à leur craintes en cas de retour en Arménie, hormis la peine d'emprisonnement à laquelle s'expose M. G, à supposer qu'il soit reconnu coupable de désertion, ce qui n'est pas établi. En outre, les demandes d'asile des requérants ont été rejetées par l'OFPRA, décisions confirmées par la CNDA pour absence d'éléments sérieux par des ordonnances du 16 août 2022. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés des 8 mars 2023 de Mme H et de M. G doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles relatives aux frais du litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme H et M. G sont provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les surplus des conclusions des requêtes de Mme H et M. G sont rejetés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C H, à M. B G et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023

La magistrate désignée,

Signé

C. D La greffière,

Signé

A. Sambake

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2302349 - 2302350

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