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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302495

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302495

vendredi 28 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantNGO NDJIGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mars 2023 et un mémoire déposé le 21 juin 2023 mais non communiqué, M. B A, représenté par Me Ngo Ndjigui, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du préfet de l'Essonne du 24 août 2022 lui refusant le titre de séjour demandé et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours à destination du pays dont il a la nationalité ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour temporaire assorti d'une astreinte fixée à 200 euros par jour de retard, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : le préfet ne prouve pas que sa décision a été prise conformément à l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ; il ne prouve pas non plus qu'il a vérifié qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ; il ne justifie pas non plus de la compétence des auteurs de l'avis rendu par le collège des médecins ; il ne justifie pas, enfin, de la régularité de la saisine pour avis du collège des médecins ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, les articles L. 313-11 11° et L. 624-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cités dans la décision attaquée, ayant été abrogés et remplacés par les articles L. 425-9 et L. 824-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par ordonnance du 29 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 mai 2023.

Un mémoire présenté par le préfet de l'Essonne a été enregistré le 27 juin 2023, postérieurement à la clôture d'instruction et non communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Vincent, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E A, ressortissant camerounais né le 12 novembre 1974, est entré sur le territoire français en 2002, selon ses déclarations. Le 9 avril 2021, il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour pour raisons médicales. Après avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 17 juin 2021, le préfet a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour et a assorti ce refus d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, par arrêté du 24 août 2022 dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour a été signée par M. D C, sous-préfet de Palaiseau, qui avait reçu délégation du préfet de l'Essonne, à l'effet de signer tous arrêtés notamment la décision attaquée, relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Palaiseau, par un arrêté n°2022-PREF-DCPPAT-BCA-129 du 23 août 2022, régulièrement publié le même jour au recueil spécial n°126 des actes administratifs de cette préfecture. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

4. Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. (). Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : () c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Il résulte de ces dispositions que le collège des médecins de l'OFII ne rend qu'un avis. Dès lors, le requérant ne peut utilement invoquer l'obligation du préfet de s'y conformer, même s'il est loisible à ce dernier de s'en approprier le contenu. De plus, il résulte de ces mêmes dispositions qu'il incombe au seul collège des médecins de l'OFII d'apprécier si le requérant peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Enfin, l'avis émis par le collège de médecins sur l'état de santé du requérant, produit par le préfet, a été signé par trois médecins instructeurs régulièrement désignés par la décision du directeur général de l'OFII du 7 juin 2021 n° INT2119114S. En tout état de cause, le requérant ne peut utilement invoquer l'irrégularité de la saisine du collège des médecins de l'OFII par le préfet alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il l'a saisi de la situation du requérant et que le collège des médecins a rendu son avis sur l'état de santé de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dans toutes ses branches.

6. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en citant dans la décision attaquée l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogé par l'ordonnance n°2020-1733 du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le contenu de cet article a été repris à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entré en vigueur le 1er mai 2021. En tout état de cause, il ne ressort pas de la décision attaquée qu'elle ait visée l'ancien article L. 624-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme le fait valoir également le requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

9. Pour refuser le titre de séjour demandé, le préfet s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 17 juin 2021 qui a estimé que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut néanmoins bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Cameroun eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays.

10. Au cas d'espèce, le requérant précise qu'il a subi un accident vasculaire cérébral le 5 janvier 2020 qui a nécessité une craniectomie le 7 janvier 2020 et provoqué des séquelles hémiplégiques puis une nouvelle hospitalisation du 24 juillet 2020 au 26 août 2020 pour la pose d'une cranioplastie sur mesure. Toutefois, il n'établit pas, par les seules pièces qu'il produit antérieures à la date de l'arrêté attaqué, qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié au Cameroun. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision attaquée doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

13. Il résulte de ce qui précède et en particulier de l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 17 juin 2021 que le requérant peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Au cas d'espèce, le requérant fait valoir sa présence en France depuis 2002, la présence en France de son frère jumeau, de nationalité française et le décès de ses parents au Cameroun. Toutefois, il résulte de ce qui précède qu'il ne justifie par aucune pièce sa présence en France depuis plus de vingt ans. De plus, la circonstance que réside en France son seul frère, qui atteste l'héberger depuis le 20 août 2020, n'est pas suffisante pour établir l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France. Par suite, le préfet n'a pas porté à son droit au respect à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision été prise.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en est de même de ses conclusions à fin d'injonction, de même que de ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E A et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- Mme Vincent, première conseillère,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

L. Vincent

Le président,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Burel

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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