jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2302627 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11 |
| Avocat requérant | ASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er avril 2023, M. B G alias M. A F, alors retenu au centre de rétention administrative de Plaisir, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en ce qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement elle-même irrégulière ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en ce qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement elle-même irrégulière ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en ce qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement elle-même irrégulière ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023 le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 avril 2023 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Barkat, avocat désigné d'office représentant M. G, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que l'obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les observations de M. G ;
- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B G alias A F, ressortissant algérien, est entré en France en 2017, selon ses déclarations. Par un arrêté du 29 mars 2023, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. G demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. Par un arrêté du 1er avril 2023, le préfet de l'Essonne a également ordonné le placement en centre de rétention de M. G. Ce placement en rétention a été prolongé pour une durée de vingt-huit jours à compter du 3 avril 2023 par une ordonnance du même jour du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Versailles.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
3.Par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-025 du 7 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 15 du 7 février 2023 de la préfecture de l'Essonne, le préfet de l'Essonne a donné délégation à Mme D I, cheffe de bureau de l'éloignement, pour signer les décisions relevant des attributions du bureau de l'éloignement du territoire, en cas d'absence ou d'empêchement de M. H E, directeur de l'immigration et de l'intégration. Le requérant n'établit ni même n'allègue que M. E n'aurait pas été absent ou empêché. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4.Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5.Il ressort des pièces du dossier que M. G, entré en France il y a six ans selon ses déclarations, est hébergé chez son frère, titulaire d'un certificat de résidence algérien de dix ans, et qu'il a une partie de sa famille, notamment sa fratrie, en France, en situation régulière. Toutefois, il est célibataire et sans charge de famille, et ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations relatives à l'ancienneté et à la continuité de son séjour en France. M. G ne justifie par ailleurs d'aucune activité professionnelle ni d'aucune ressource propre depuis son entrée sur le territoire français, et ne fait preuve d'aucune insertion particulière dans la société française. En outre, M. G a été condamné le 12 janvier 2023 par le tribunal correctionnel de Paris à cinq mois d'emprisonnement pour vol commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs. Enfin, M. G n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. S'il soutient que son père est décédé et que sa mère, gravement malade, a obtenu un visa et a vocation à s'établir durablement sur le territoire français, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
6.En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement doit être écarté.
7.En deuxième lieu, l'arrêté litigieux, qui vise les dispositions de l'article L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
8.En troisième lieu, si M. G soutient qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, il est constant qu'il a été condamné le 12 janvier 2023 par le tribunal correctionnel de Paris à cinq mois d'emprisonnement pour vol commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs, en récidive. En tout état de cause, le préfet de l'Essonne s'est également fondé sur l'absence de garanties de représentation suffisantes, l'intéressé, qui se maintient en situation irrégulière, ayant dissimulé des éléments de son identité et n'ayant pas présenté de passeport valide. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9.En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement doit être écarté.
10.En second lieu, la décision fixant le pays de retour qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que M. G n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine est suffisamment motivée sa décision.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
11.En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement doit être écarté.
12.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
13. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
14. En troisième lieu, les motifs de l'arrêté attaqué, qui vise en particulier les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, attestent de la prise en compte, par le préfet de l'Essonne, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en ressort que, pour édicter une interdiction de retour d'une durée de trois ans à l'encontre de M. G, le préfet s'est fondé sur la durée du séjour en France du requérant, dont il a relevé qu'il avait déclaré " être en France depuis cinq ans ", la circonstance que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille en France alors qu'il n'est pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, et l'appréciation étayée selon laquelle le comportement de M. G constitue un trouble à l'ordre public. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision manque en fait et ne peut qu'être écarté.
15. En quatrième lieu, M. G, célibataire et sans charge de famille, ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations relatives à l'ancienneté et à la continuité de son séjour en France. En outre, le comportement de M. G qui a été condamné le 12 janvier 2023 par le tribunal correctionnel de Paris à cinq mois d'emprisonnement pour vol commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs, en récidive, constitue un trouble à l'ordre public. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait noué en France des liens personnels ni qu'il ferait preuve d'une insertion particulière. Dans ces conditions, en dépit des liens familiaux de l'intéressé, M. G, qui ne peut se prévaloir de circonstances humanitaires, n'y justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur d'appréciation en prenant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
16.Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
17.Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. G, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. G alias M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B G alias A F et au préfet de l'Essonne.
lu en audience publique le 6 avril 2023.
La magistrate désignée,
signé
C. C Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026