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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302644

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302644

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une cette requête, enregistrée le 2 avril 2023, M. C B, représenté par Me Galé, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, sur le fondement de l'article 911-1 du code de justice administrative de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois, à compter de la notification du présent jugement, et dans l'attente de lui délivrer sans délai un récépissé assorti d'une autorisation de travail ;

3°) à défaut d'enjoindre, sur le fondement de l'article 911-1 du code de justice administrative, le réexamen de sa situation dans un délai d'un mois, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de réexaminer sa demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, à compter de la notification du présent jugement, et dans l'attente de lui délivrer sans délai un récépissé assorti d'une autorisation de travail.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation à quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle n'a pas été précédée d'une analyse sérieuse de son dossier, qui établit l'ancienneté de son activité professionnelle.

Le préfet de l'Essonne a produit un mémoire en défense le 4 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Brumeaux pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 mai 2023 :

* le rapport de M. Brumeaux ;

* Monsieur B, seul présent à l'audience sans Me Galé, son avocat, assisté de Mme A D, interprète en langue arabe.

* le préfet de l'Essonne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 2 juin 2002, est entré sur le territoire français le 16 août 2018 et a fait l'objet d'un refus de titre de séjour le 16 décembre 2021. L'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Cette décision vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B sur lesquelles le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent son fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 31 mars 2023, que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (..) 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour (.. .) ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ;

5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ().

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu refusé la délivrance d'un titre de séjour le 16 décembre 2021 et qu'il s'est maintenu sur le territoire français. Il a été interpellé le 30 mars 2023 pour refus d'obtempérer et conduite sans permis. Dans ces circonstances, la durée de son séjour en France de cinq ans et l'exercice d'une activité professionnelle depuis juillet 2022 ne suffisent à établir que le préfet de l'Essonne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressé.

6. Le préfet de l'Essonne n'a pas commis une inexactitude matérielle au sujet du passeport du requérant, dans la mesure où l'arrêté précise que M. B n'a pas présenté de passeport valide. Il ressort en effet des pièces du dossier que la validité de celui-ci a expiré le 8 octobre 2022.

Sur la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ()". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

8. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, compte tenu des quatre critères mentionnés au point 7. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 31 mars 2023, que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de l'interdire de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

10. M. B ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire précise et ne soutient pas disposer d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire national. En particulier son séjour en France est de quatre ans et huit mois et il ne justifie pas d'une activité professionnelle effective. Par suite, le préfet de l'Essonne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 31 mars 2023 présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.

Le magistrat désigné,

signé

M. Brumeaux La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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