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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302751

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302751

mercredi 12 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302751
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 avril 2023 et le 8 avril 2023, M. D A C, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application de l'article L 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté est incompétent ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait ;

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

- la décision fixant le pays de destination est illégalité en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 avril 2023 :

* le rapport de M. E ;

* les observations de Me Touré, avocat désigné d'office, représentant M. A C ; il conclut aux mêmes fins et fait valoir que M. A C est entré en France à l'âge de 14 ans et qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) ; la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est en droit de bénéficier d'un titre de séjour de plein droit, à l'âge de 18 ans, en sa qualité d'ancien mineur pris en charge par les services de l'ASE ; la durée de trois ans retenue en matière d'interdiction de séjour est excessive ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A C, ressortissant égyptien, né le 2 janvier 2005, est entré sur le territoire français le 28 décembre 2019 selon ses déclarations. Par un arrêté du 3 avril 2023, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen. Par un arrêté du même jour, il a été placé en rétention administrative pour une durée de 48 heures au centre de rétention de Palaiseau. Par une ordonnance du 5 avril 2023 le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire d'Evry-Courcouronnes a prolongé le maintien de M. A C en rétention administrative jusqu'au 3 mai 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées:

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023 PREF DCPPAT BCA 025 du 7 février 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme B F, chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A C sur lesquelles le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'arrêté du 3 avril 2023, que le préfet de l'Essonne a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A C avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger M. A C à quitter le territoire français, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Si M. A C a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, il n'a pas régularisé sa situation à l'âge de 18 ans.

6. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

7. Comme il a été dit au point 5, M. A C n'a pas sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées depuis sa majorité. Ainsi le préfet, qui n'avait pas à se saisir d'office de l'éventualité de la régularisation de l'intéressé à ce titre, et qui au surplus n'avait pas été informé par celui-ci d'avoir été confié au service de l'aide sociale à l'enfance durant sa minorité, n'a pas commis d'erreur ou de fait pour ce motif.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il résulte des pièces du dossier que M. A C a résidé moins de 4 ans en France, qu'il est célibataire, sans charge de famille et sans profession, et que ses attaches familiales se trouvent toutes dans son pays d'origine. Par suite la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, et n'a pas, par voie de conséquence, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

En ce qui concerne la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

10. M. A C n'a pas établi l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui le concerne. Par suite l'exception d'illégalité dirigée contre la décision lui refusant un délai de départ volontaire doit être écartée.

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;

(.) 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (..) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (..) qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (.) ".

12. M. A C ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français le 28 décembre 2019. S'il a été pris en charge par l'Aide sociale à l'enfance durant sa minorité, il n'a cependant pas entrepris une démarche afin de régulariser sa situation à compter du 2 janvier 2023. Par ailleurs il a été interpellé le 3 avril 2023 pour détention de stupéfiants et il a fait l'objet de signalements le 31 août 2021 pour usage illicite de stupéfiants et le 14 juillet 2021 pour agression sexuelle et violence sur mineur de 15 ans. En outre, il a explicitement déclaré, ainsi qu'il ressort du procès-verbal d'audition du 3 avril 2023, son refus de quitter le territoire français. Enfin il a usé de plusieurs alias et il n'a pas justifié lors de son interpellation ni de documents d'identité et de voyage en cours de validité, ni de ressources suffisantes ni d'un lieu de résidence personnel et stable. Dès lors, en l'absence de circonstances particulières de nature à y faire obstacle, il y a lieu de d'estimer que le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public et de regarder comme établi le risque que M. A C se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne pouvait, pour ces motifs, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-2 et du 1°, 4°, 5° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de fait ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

13. M. A C n'a pas établi l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui le concerne. Par suite l'exception d'illégalité dirigée contre la décision d'interdiction sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écartée.

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ()". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

15. Eu égard aux circonstances indiquées au point 12, M. A C ne peut se prévaloir ni de l'existence de circonstances humanitaires alors qu'il constitue un trouble à l'ordre public et qu'il ne dispose pas d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire national. Par suite, le préfet de l'Essonne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. M. A C n'a pas établi l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui le concerne. Par suite l'exception d'illégalité dirigée contre la décision fixant le pays de destination doit être écartée.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 3 avril 2023 présentées par M. A C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : la requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A C et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique le 12 avril 2023.

Le magistrat désigné,

signé

M. E La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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