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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302808

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302808

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302808
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Maljevic
Avocat requérantGAGNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et quatre mémoires, enregistrés les 7 avril 2023, 24 avril 2023, 31 mai 2023, 7 juillet 2023 et 3 août 2023, M. A B, représenté par Me Gagnet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 19 mai 2022 par laquelle la commission de médiation du département des Yvelines a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement et la décision du 28 juillet 2022 par laquelle son recours gracieux formé contre cette décision a été rejeté ;

2°) d'enjoindre à la commission de médiation du département de Yvelines de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation et n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que sa demande devait être regardée comme prioritaire et urgente ; il réside dans un logement de 20 mètres carrés et est dans l'impossibilité de s'y maintenir avec son épouse et leurs quatre enfants ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête de M. B.

Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été présentée tardivement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Maljevic, conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique.

- le rapport de M. Maljevic, conseiller ;

- et les observations de Me Gagnet, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a, le 23 février 2022, saisi la commission de médiation du département des Yvelines en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, en application des dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 19 mai 2022, la commission de médiation des Yvelines a rejeté cette demande. Par un courrier du 19 juillet 2022, M. B a formé un recours gracieux contre cette décision. Par une décision du 28 juillet 2022, la commission de médiation du département des Yvelines a rejeté ce recours. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; () La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus () ".

3. Si M. B soutient que les décisions attaquées sont insuffisamment motivées, ces dernières visent les textes applicables et énoncent les motifs sur lesquels elles se fondent. Elles comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent leur fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de ces décisions, ni des autres pièces versées au dossier, que la commission de médiation du département des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir () ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement () ". L'article R. 300-2 du même code dispose : " Remplissent les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1 les étrangers autres que ceux visés à l'article R. 300-1 titulaires :/ 1° Soit d'un titre de séjour d'une durée égale ou supérieure à un an, sous réserve que celui-ci ne soit pas périmé ; / 2° Soit d'un titre de séjour d'une durée inférieure à un an autorisant son titulaire à exercer une activité professionnelle ; / 3° Soit d'un visa d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à un titre de séjour. / Un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre en charge du logement fixe la liste des titres de séjour concernés ".

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code: " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social () ".

7. Il résulte des dispositions des articles L. 441-1 et R. 441-1 du code de la construction et de l'habitation que les conditions réglementaires d'accès au logement social sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer pour le logement duquel un logement social est demandé et qu'au nombre de ces conditions figurent notamment celles que ces personnes séjournent régulièrement sur le territoire français et qu'elles y aient leur résidence permanente. Il résulte de la combinaison de l'ensemble des dispositions mentionnées aux points précédents que la commission de médiation refuse ainsi légalement de reconnaître un demandeur comme prioritaire et devant être logé d'urgence au motif que les personnes composant le foyer pour le logement duquel il a présenté sa demande ne séjournent pas toutes régulièrement sur le territoire français ou n'y ont pas leur résidence permanente.

8. Pour rejeter le recours amiable présenté par M. B, la commission lui a opposé la circonstance qu'il n'a produit aucun document d'identité concernant son épouse en dépit de la demande qui lui a été adressée en ce sens le 28 février 2022, de produire le titre de séjour de son épouse. Si M. B a présenté une demande de regroupement familial pour son épouse, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait obtenu l'autorisation sollicitée à la date des décisions attaquées. Par ailleurs, il n'est pas contesté que la commission de médiation ayant été saisie par M. B d'un recours amiable en vue d'une offre de logement pour son épouse, lui-même et leurs enfants, elle pouvait valablement solliciter la production du titre de séjour de son épouse l'autorisant à séjourner sur le territoire. Dans ces conditions, la commission de médiation des Yvelines, qui ne disposait pas de l'ensemble des éléments lui permettant d'apprécier la situation du requérant au regard du droit au logement, a pu, sans commettre d'erreur de droit, rejeter comme irrecevable la demande de M. B pour ce seul motif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, compte tenu de ce qui a été indiqué au point précédent, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant au bien-fondé de la demande et le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

S. Maljevic

La greffière,

signé

B. Bartyzel

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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