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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302815

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302815

mercredi 3 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302815
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHARIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2023, M. C A, représentée par Me Harir, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est entrée régulièrement en France le 6 avril 2019, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " salarié détaché ICT ", valable du 2 avril 2019 au 2 avril 2020 ; il a ensuite bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " salarié détaché ICT " et de deux titres de séjour portant la mention " salarié " ; son titre de séjour actuel est valable du 19 mai 2022 au 18 mai 2023 ; il occupe un poste de consultant Réseaux et Télécoms au sein de la société AFD Technologies et exécute un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 4 janvier 2021 ; il a engagé des démarches depuis plusieurs mois auprès de la préfecture de l'Essonne afin de régulariser sa situation sur le territoire et a déposé en ce sens une demande de rendez-vous via la plateforme " démarches simplifiées " le 17 janvier 2023 ; toutefois, ses demandes sont restées sans réponse ; aucun récépissé ne lui a été délivré ; par un courriel du 3 avril 2023, son employeur lui a demandé de lui communiquer son dernier titre de séjour, ou à défaut, un récépissé valide et l'a informé qu'à défaut, sa mission sera suspendue ; plusieurs courriels ont été adressés en ce sens aux services de la préfecture, mais sont restés sans réponse;

- la condition d'urgence est remplie au regard du délai déraisonnable de traitement de sa demande ; il est placé en situation de précarité dès lors qu'il risque de perdre son emploi s'il n'est pas en mesure de justifier de la régularité de son séjour à compter de l'expiration de son titre de séjour ;

- la mesure qu'elle sollicite est utile dans la mesure où elle se trouve dans l'impossibilité de justifier de la régularité de son séjour en France et en ce qu'elle constitue le seul moyen de permettre l'examen de sa demande, du fait des importants dysfonctionnements induits par la dématérialisation de la procédure de demande de titre de séjour par les étrangers à la préfecture ;

- la mesure demandée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. B pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant marocain, né le 22 janvier 1987 à Rabat, déclare être entrée régulièrement en France le 6 avril 2019, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " salarié ", valide du 2 avril 2019 au 2 avril 2020. M. A soutient avoir vainement tenté de solliciter la régularisation de sa situation par l'intermédiaire de la plateforme internet de la préfecture de l'Essonne depuis le 17 janvier 2023. A cette fin, il déclare également avoir relancé, à plusieurs reprises, les services de la préfecture de l'Essonne. Il demande en conséquence au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans les mêmes conditions de délai.

Sur les conclusions à fin d'injonction de fixation d'un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

6. Il résulte de l'instruction qu'eu égard aux difficultés rencontrées par les ressortissants étrangers pour déposer leur demande de titre de séjour en l'absence de plages horaires libres pour la prise de rendez-vous en préfecture, la préfecture de l'Essonne a mis en place une nouvelle procédure à compter du 15 novembre 2021, qui permet aux ressortissants étrangers souhaitant demander le renouvellement de leur titre de séjour de déposer un dossier succinct en créant un compte " démarches simplifiées " sur le site de la préfecture, qui leur propose ensuite un rendez-vous pour déposer l'ensemble de leur dossier, suivant la date de dépôt des demandes.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le 17 janvier 2023, M. A a déposé son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour par l'intermédiaire de la plateforme " démarches simplifiées ". Cette demande est actuellement en cours de traitement. Depuis cette date, en dépit des relances de l'intéressé, le préfet de l'Essonne ne lui a pas délivré de document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que M. A, titulaire d'un visa de long séjour expirant le 18 mai 2023, bénéficie depuis le 4 janvier 2021 d'un contrat à durée indéterminée auprès de la AFD Technologies en qualité de consultant IT Réseaux et Télécoms. Par un courriel du 3 avril 2023, son employeur lui a demandé de lui communiquer un justificatif de prolongation de son titre de séjour et lui a indiqué qu'à défaut, M. A s'exposerait à la suspension de son contrat de travail à durée indéterminée. Dès lors, la demande de l'intéressé présente un caractère d'urgence et d'utilité.

8. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la demande présentée par M. A ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de recevoir l'intéressé dans un délai de huit jours à compter de la présente ordonnance.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour :

10. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle. ". Et aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / () ".

11. Il résulte des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le récépissé autorisant l'étranger à résider sur le territoire français n'est délivré à celui-ci que lorsqu'il a été admis à souscrire une demande de délivrance d'un titre de séjour, sur la base d'un dossier complet.

12. En l'espèce, si M. A établit avoir déposé une demande de rendez-vous auprès des services de la préfecture de l'Essonne le 17 janvier 2023, il n'établit pas la complétude de son dossier. Par suite, les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que réclame M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de recevoir M. A, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, en vue de la régularisation de sa situation.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 3 mai 2023,

Le juge des référés,

signé

P. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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