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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302816

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302816

mercredi 3 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302816
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHARIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 avril 2023, Mme B A C, représentée par Me Harir, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est entrée régulièrement en France le 10 juin 2022, sous couvert d'un visa de long séjour, valable du 30 mai 2022 au 30 mai 2023 ; elle occupe un poste de cadre au sein de la Société pour l'Informatique Industrielle et exécute un contrat de travail à durée indéterminé depuis le 13 juin 2022 en qualité de chef de projet maîtrise d'ouvrage ; elle a engagé des démarches depuis plusieurs mois auprès de la préfecture de l'Essonne afin de régulariser sa situation sur le territoire et a déposé en ce sens une demande de rendez-vous via la plateforme " démarches simplifiées " le 17 janvier 2023 ; toutefois, elle n'a toujours pas obtenu de rendez-vous ; aucun récépissé ne lui a été délivré ; par un courrier du 4 avril 2023, son employeur lui a demandé de lui communiquer la prolongation de son titre de séjour ; plusieurs courriels en ce sens ont été adressés aux services de la préfecture, mais sont restés sans réponse;

- la condition d'urgence est remplie au regard du délai déraisonnable de traitement de sa demande, de l'impossibilité d'exercer une activité professionnelle et du risque de perdre son emploi et de l'atteinte aux droits des étrangers ; elle est placée en situation de précarité et exposée à une mesure d'éloignement, alors qu'elle remplit les conditions lui permettant de se voir délivrer un titre de séjour ;

- la mesure qu'elle sollicite est utile dans la mesure où elle se trouve dans l'impossibilité de justifier de la régularité de son séjour en France et en ce qu'elle constitue le seul moyen de permettre l'examen de sa demande, du fait des importants dysfonctionnements induits par la dématérialisation de la procédure de demande de titre de séjour par les étrangers à la préfecture ;

- la mesure demandée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire ni de pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. D pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A C, ressortissante marocaine, née le 12 mai 1992 à Yacoub El Mansour, déclare être entrée régulièrement en France le 10 juin 2022, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " salarié ", valable du 30 mai 2022 au 30 mai 2023. Mme A C soutient avoir vainement tenté de solliciter la régularisation de sa situation par l'intermédiaire de la plateforme internet de la préfecture de l'Essonne depuis le 17 janvier 2023. A cette fin, elle déclare également avoir relancé, à plusieurs reprises, les services de la préfecture de l'Essonne. Elle demande en conséquence au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction de fixation d'un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

6. Il résulte de l'instruction qu'eu égard aux difficultés rencontrées par les ressortissants étrangers pour déposer leur demande de titre de séjour en l'absence de plages horaires libres pour la prise de rendez-vous en préfecture, la préfecture de l'Essonne a mis en place une nouvelle procédure à compter du 15 novembre 2021, qui permet aux ressortissants étrangers souhaitant demander le renouvellement de leur titre de séjour de déposer un dossier succinct en créant un compte " démarches simplifiées " sur le site de la préfecture, qui leur propose ensuite un rendez-vous pour déposer l'ensemble de leur dossier, suivant la date de dépôt des demandes.

7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le 17 janvier 2023, Mme A C a pu déposer son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour par l'intermédiaire de la plateforme " démarches simplifiées ". Cette demande est actuellement en cours de traitement. Depuis cette date, en dépit des relances de l'intéressée, le préfet de l'Essonne ne lui a pas délivré de document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que Mme A C, titulaire d'un visa de long séjour expirant le 30 mai 2023, bénéficie depuis le 13 juin 2022 d'un contrat à durée indéterminée auprès de la Société pour l'Informatique Industrielle en qualité de chef de projet maîtrise d'ouvrage. Par un courriel du 4 avril 2023, son employeur lui a demandé de lui communiquer un justificatif de prolongation de son titre de séjour. A défaut, Mme C ne disposerait d'aucun revenu et risquerait d'être licenciée si la situation perdure. Dès lors, la demande de l'intéressée présente un caractère d'urgence et d'utilité.

8. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la demande présentée par Mme C ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de recevoir l'intéressée dans un délai d'un mois à compter de la présente ordonnance.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour :

10. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle. ". Et aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / () ".

11. Il résulte des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le récépissé autorisant l'étranger à résider sur le territoire français n'est délivré à celui-ci que lorsqu'il a été admis à souscrire une demande de délivrance d'un titre de séjour, sur la base d'un dossier complet.

12. En l'espèce, si Mme A C établit avoir déposé une demande de rendez-vous auprès des services de la préfecture de l'Essonne le 17 janvier 2023, elle n'établit pas la complétude de son dossier. Par suite, les conclusions de Mme A C tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que réclame Mme A C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de recevoir Mme C, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en vue de la régularisation de sa situation.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 3 mai 2023,

Le juge des référés,

signé

P. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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