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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302835

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302835

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSARHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 20 avril 2023, M. D C, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un récépissé de demande d'asile ainsi qu'un formulaire lui permettant de déposer une demande d'asile, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet des Yvelines n'a pas procédé à l'examen complet de sa situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que, en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 et de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013, il n'est établi ni que l'entretien individuel s'est déroulé en langue soussou, ni qu'il se serait vu remettre dans cette langue le guide du demandeur d'asile ainsi que les brochures d'information dites A et B, ni que ces brochures lui auraient été traduites oralement ; il a été privé d'une garantie ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que, en méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, il n'est pas établi qu'un entretien individuel a eu lieu, en langue soussou, ni qu'il a été mené par un agent qualifié et identifiable, ni que toutes les garanties de confidentialité ont été respectées ; il a été privé d'une garantie ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que, en méconnaissance des articles 15, 18 et 19 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 et de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013, il n'est pas établi que la requête des autorités françaises a été reçue par les autorités italiennes, et que la réponse de celles-ci a été reçue, le tout dans les délais prescrits ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, au regard des dispositions du paragraphe 3 de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 et de l'article L 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi que les principaux éléments de la décision attaquée lui ont été communiqués en langue soussou ; qu'il a été privé d'une garantie ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 53-1 de la constitution, de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et de l'article L. 573-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- l'arrêté attaqué est entaché d'erreurs d'appréciation et de fait au regard des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de la convention de Genève et du règlement (UE) n° 604/2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la constitution du 4 octobre 1958 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoit, magistrate désignée,

- les observations de Me Meité, substituant Me Sarhane, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre, d'une part, qu'il n'est pas établi que M. C comprend la langue française, d'autre part, qu'en méconnaissance des dispositions de l'article 10-2 du règlement (UE) n° 1560/2003, les autorités italiennes n'ont pas été informées de l'existence de leur accord tacite pour la prise en charge du requérant,

- les observations de M. C, assisté de M. A, interprète en langue soussou.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, né le 3 janvier 1996, de nationalité guinéenne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités italiennes pour l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut-être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre M. C à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

4. L'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, et comporte les considérations de fait ou de droit sur lesquels il se fonde. Il expose notamment les conditions d'entrée et de séjour en France de M. C. Il précise qu'une attestation de demande d'asile a été remise à l'intéressé le 16 novembre 2022, qu'en application des dispositions de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 les autorités italiennes doivent être regardées comme étant responsables de l'examen de la demande d'asile du requérant, ce qu'elles ont accepté et ce dont elles ont été informées le 28 février 2023. Il est ajouté que M. C ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale en France stable, et n'établit pas être dans l'impossibilité de retourner en Italie. Dans ces conditions, les moyens tirés d'un défaut d'examen complet de la situation personnelle du requérant et d'un vice de forme, qui manquent en fait, doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent () ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée () ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres (); / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / () ". Aux termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () ". Les agents de préfecture recevant les étrangers au sein du guichet unique des demandeurs d'asile doivent être regardés comme ayant qualité, au sens de ces dispositions, de personne qualifiée en vertu du droit national, sans que la mention de leurs nom et prénom soit nécessaire.

6. D'autre part, aux termes du 3 de l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Une brochure commune, dans laquelle figurent au moins les informations visées au paragraphe 1 du présent article et celles visées à l'article 4, paragraphe 1, du règlement (UE) no 604/2013 est réalisée conformément à la procédure visée à l'article 44, paragraphe 2, dudit règlement. / La brochure est rédigée d'une manière claire et simple, et dans une langue que la personne concernée comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'elle la comprend ".

7. Enfin, aux termes de l'article R. 521-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis au demandeur d'asile un document d'information sur la procédure de demande d'asile, sur ses droits et sur les obligations qu'il doit respecter au cours de la procédure, sur les conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et sur les moyens dont il dispose pour l'aider à introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. / ()". Ces dispositions ne sont pas applicables aux ressortissants étrangers dont l'examen de la demande d'asile ne relève pas de la France.

8. Il ressort des termes de l'attestation datée du 16 novembre 2022, signée par M. C, que celui-ci a certifié sur l'honneur, au terme de son entretien au guichet unique des demandeurs d'asile, avoir reçu avec son accord, en langue française, la brochure d'information " A " relative à la détermination de l'Etat membre responsable de l'examen des demandes de protection internationale, et la brochure d'information " B " relative aux informations concernant la " procédure Dublin " du règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il a également certifié qu'avec son accord, l'entretien s'est déroulé avec un agent qualifié de la préfecture, en langue française qu'il comprend, et que les informations contenues dans les brochures " A " et " B " ont été portées oralement à sa connaissance par un agent qualifié de la préfecture. Figurent en outre au dossier des extraits de la brochure " A " et de la brochure " B " en langue française, datés et signés par le requérant. Par ailleurs, le requérant ne peut utilement soutenir que le résumé de l'entretien individuel auquel il a été procédé le 16 novembre 2022, qui porte le tampon de la préfecture, ne mentionne pas les nom et prénom de l'agent l'ayant mené. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les conditions de déroulement de cet entretien n'auraient pas permis d'en garantir la confidentialité. Enfin, M. C ne peut utilement se prévoir des dispositions précitées de l'article R. 521-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de vices de procédure au regard des dispositions mentionnées aux points 5, 6 et 7 doivent, par suite, être écartés.

9. En troisième lieu, aux termes du 1 de l'article 21 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre Etat membre est responsable de l'examen de cette demande peut () requérir cet autre Etat membre aux fins de prise en charge du demandeur (). ". Aux termes du 7 de l'article 22 du même règlement : " L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 () équivaut à l'acceptation de la requête et entraîne l'obligation de prendre en charge la personne concernée () ". Aux termes du 2 de l'article 10 du règlement (CE) n°1560/2003 du 2 septembre 2003: " Lorsqu'il en est prié par l'État membre requérant, l'État membre responsable est tenu de confirmer, sans tarder et par écrit, qu'il reconnaît sa responsabilité résultant du dépassement du délai de réponse. () ". Aux termes de l'article 15 du même règlement : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre Etats membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement. / () / 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national visé à l'article 19 est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse ". Aux termes de l'article 19 de ce règlement : " 1. Chaque Etat membre dispose d'un point unique d'accès national identifié. () ".

10. Il résulte des dispositions précitées que le silence de l'Etat requis suite à une demande de prise en charge vaut, à l'expiration d'un délai de deux mois, acceptation implicite de ladite demande, et entraîne l'obligation de prendre en charge la personne concernée. Si l'Etat membre requérant peut en demander confirmation expresse auprès de l'Etat membre requis, une telle démarche est relative à l'exécution de la mesure par laquelle l'autorité préfectorale a décidé le transfert vers un autre Etat membre d'un demandeur d'asile. L'éventuelle absence de demande de confirmation est, par suite, sans incidence sur la légalité de cette décision.

11. Il ressort des pièces du dossier que les autorités françaises ont saisi les autorités italiennes, le 24 novembre 2022, d'une demande de prise en charge de M. C. Un accord implicite s'est trouvé acquis le 24 janvier 2023. En outre, et en tout état de cause, les autorités françaises ont demandé aux autorités italiennes de leur confirmer la responsabilité de leur Etat. Les moyens tirés de vices de procédure au regard des dispositions mentionnées au point 9 doivent, par suite, être écartées.

12. En quatrième lieu, aux termes du 3 de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " Lorsque la personne concernée n'est pas assistée ou représentée par un conseil juridique (), les Etats membres l'informent des principaux éléments de la décision, ce qui comprend toujours des informations sur les voies de recours disponibles et sur les délais applicables à l'exercice de ces voies de recours, dans une langue que la personne concernée comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'elle la comprend ".

13. Les mentions relatives à la notification de l'arrêté attaqué, qui précise que l'intéressé peut présenter des observations, avertir un conseil ou une personne de son choix, et mentionne les voies et délais de recours, indiquent que celui-ci lui a été notifié en français, que M. C comprend. Le moyen tiré d'un vice de procédure au regard, tant des dispositions citées au point 12 que de celles citées au point 3 de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

14. En cinquième lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) du Parlement européen et du Conseil n°604/2013 du 26 juin 2013 : " (). / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ".

15. M. C se borne à critiquer de manière générale les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Italie, et n'apporte aucun élément circonstancié propre à sa situation particulière. Dans ces conditions, il ne démontre pas qu'il existerait une défaillance systémique en Italie et que son transfert vers ce pays l'exposerait à des traitements inhumains ou dégradants. Le moyen tiré d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions mentionnées au point 14 doit, par suite, être écarté.

16. En sixième lieu, aux termes de l'article 53-1 de la constitution du 4 octobre 1958 : " (). Toutefois même si la demande n'entre pas dans leur compétence en vertu de ces accords, les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté pour son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) du Parlement européen et du Conseil n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, de ces dernières dispositions doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions précitées de l'article 53-1 de la Constitution, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " (). / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ".

17. Lors de l'entretien individuel visé au point 8, M. C a déclaré être célibataire, et ne pas avoir d'enfant mineur ni d'attaches familiales en France. L'arrêté attaqué n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner à destination de son pays d'origine. Pour ces motifs, et ceux exposés au point 15, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions mentionnées au point 16. Ce moyen doit être écarté.

18. En septième lieu, les moyens tirés d'erreurs d'appréciation et de fait au regard des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de la convention de Genève et du règlement (UE) n° 604/2013, sont dépourvus des précisions nécessaires pour en apprécier le bien-fondé. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. B

La greffière,

signé

E. AmegeeLa République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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