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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302841

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302841

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantNIANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 avril 2023, M. C B, représenté par Me Niang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé au regard de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ; en effet, le préfet a omis de procéder à l'examen de sa situation dès lors qu'il a entamé les démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative le 28 juin 2022 ; au demeurant, il vit avec son fils et l'arrêté n'explique pas en quoi il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il réunit l'ensemble des conditions pour obtenir son admission exceptionnelle au séjour ; le préfet ne s'est pas prononcé sur cet élément ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie d'une activité professionnelle régulière, que ses attaches familiales sont en France et qu'il a accompli les démarches afférentes à la régularisation de sa situation administrative ; par ailleurs, le préfet a estimé qu'il ne justifiait pas d'une communauté de vie avec sa compagne, ni de l'état civil de son enfant, ce qui est erroné ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance de la carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " mentionnée à cet article ;

- l'arrêté porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale, tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; en effet, il réside en France depuis cinq ans, y exerce un emploi et a fondé une famille.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Julien Le Gars, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 mai 2023 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de M. D ;

- M. B n'étant ni présent ni représenté ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant sénégalais né le 13 septembre 1989, est entré régulièrement en France en août 2018 et s'est maintenu sur le territoire au-delà de la durée de validité de son visa et sans être titulaire depuis d'un titre de séjour. Par un arrêté du 28 mars 2023, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet de l'Essonne s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour lui accorder un délai de départ volontaire, et pour fixer le pays de renvoi. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il n'incombait pas au préfet de l'Essonne de motiver de façon exhaustive sa décision, notamment s'agissant de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

4. S'il ressort des pièces du dossier que M. B a demandé le 28 juin 2022 sur le site " démarches simplifiées " propre à la préfecture de l'Essonne un rendez-vous pour déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, il n'est pas allégué que l'intéressé aurait déposé une demande de titre de séjour fondée sur ces dispositions. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne aurait examiné d'office si le requérant pouvait se voir délivrer un titre de séjour sur ces fondements. Au demeurant, M. B ne saurait se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'étant de nationalité sénégalaise, il relève prioritairement du champ d'application de l'accord franco-sénégalais. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est arrivé en France récemment en 2018 de façon régulière, mais en se maintenant au-delà de la durée de validité de son visa, de sorte qu'il était à la date de l'arrêté en litige en situation irrégulière. Il allègue travailler illégalement pour la société " Uber Eats " mais ne produit aucun élément à l'appui de cette allégation. Il produit toutefois une attestation de promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée du 17 avril 2023 pour le compte de la société Harmonie Services, ainsi qu'une demande d'autorisation de travail. Cependant, il ressort des pièces du dossier que le requérant a effectué une demande de rendez-vous en vue de déposer son dossier d'admission exceptionnelle au séjour que le 28 juin 2022, soit quatre ans après son entrée en France. Ainsi, eu égard au caractère récent de ses démarches tendant, d'une part, à la régularisation de sa situation administrative et, d'autre part, à son insertion professionnelle, ces éléments ne sauraient à eux seuls démontrer l'existence de liens suffisamment intenses avec la France qu'ils seraient de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement à l'encontre de l'intéressé. En outre, si le requérant verse au débat contradictoire trois bulletins de salaire pour les mois de mars 2020, et janvier 2021, 2022 et 2023, ces seuls éléments ne sauraient à eux seuls démontrer un quelconque caractère continu de l'activité professionnelle de M. B. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a un fils, dont il a reconnu la paternité auprès des services de l'état civil, il ne démontre nullement contribuer à l'entretien de cet enfant, ni avoir une communauté de vie avec Mme A. Enfin, si le requérant soutient avoir ses attaches familiales en France, il ne met pas à même le tribunal de vérifier cette allégation. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit de M. B de mener une vie privée et familiale normale. Pour les mêmes motifs, il y a également lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

7. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

8. S'il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne a estimé que M. B n'entrait dans aucune des catégories définies aux articles L. 423-14 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et donc qu'il s'est prononcé sur la possibilité de l'intéressé de régulariser sa situation administrative, il résulte de ce qui a été dit au point 6 qu'aucune atteinte disproportionnée n'a été portée au droit de M. B de mener une vie privée et familiale normale. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme pouvant bénéficier du titre de séjour mention " vie privée et familiale " prévu à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé le pays de destination. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulations, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

J. D Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302841

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