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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302858

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302858

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 avril 2023, M. A C, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 avril 2023 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu oralement ou par écrit garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle se fonde sur le 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, en l'absence de toute condamnation pénale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, représenté par le SELARL Centaure Avocats, qui a produit des observations le 14 avril et le 19 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 avril 2023, qui s'est tenue en présence de Mme Sambake, greffière :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Harmand, avocat commis d'office, pour M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. C ;

- les observations de Me Baller, représentant le préfet des Yvelines, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né le 21 avril 1980 à Tataouine, déclare être entré sur le territoire français en 2005. Il demande l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2023 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. Par ailleurs, par un arrêté du même jour, le préfet des Yvelines a ordonné le placement en centre de rétention administrative de M. C. Ce placement a été maintenu par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Versailles le 13 avril 2023, confirmée par ordonnance du juge des libertés et de la détention de la cour d'appel de Versailles du 14 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

4. Il ressort des nombreuses pièces du dossier, y compris des attestations de proches et des documents relatifs aux tentatives de M. C pour régulariser sa situation, que M. C est présent en France depuis de longues années, au moins depuis 2014. Il a épousé une ressortissante française en 2017. Il est retourné en Tunisie entre 2018 et 2019, afin d'obtenir son visa de long séjour en qualité de " conjoint de français, qu'il a obtenu. S'il a fait l'objet de plusieurs décisions portant obligation de quitter le territoire français, notamment en date des 8 septembre 2020 et 28 janvier 2022, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est inséré professionnellement et socialement, que la vie commune avec son épouse française n'a pas cessé et qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France du requérant, le préfet des Yvelines a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en l'obligeant à quitter le territoire français Par suite, l'arrêté litigieux a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 10 avril 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique d'une part, que le préfet des Yvelines, ou le préfet territorialement compétent, réexamine dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, la situation de M. C et d'autre part, qu'il prenne toutes mesures propres à mettre fin au signalement de l'intéressé dans le système d'information Schengen. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Yvelines du 10 avril 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, ou au préfet territorialement compétent, d'une part, de procéder au réexamen de la situation administrative de M. C, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, et d'autre part, de prendre toutes mesures propres à mettre fin au signalement de M. C dans le système d'information Schengen.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Yvelines.

Lu en audience publique le 20 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. B La greffière,

signé

A. Sambake

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302858

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