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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2302907

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2302907

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2302907
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantDIALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2023, M. B C, représenté par Me Diallo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français sous 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne " de lui délivrer une attestation de maintien " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté est entaché d'incompétence et est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de la directive n°2008/115/CE en tant qu'il n'a pas été entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il risque d'être exposé, en cas de retour à de mauvais traitements ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- l'arrêté est entaché d'incompétence et est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 33 de la convention de Genève ;

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le décret du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Julien Le Gars, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 mai 2023 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de M. F ;

- M. C n'étant ni présent ni représenté ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant mauritanien né le 15 septembre 1985, a sollicité l'asile auprès des autorités françaises. Toutefois, sa demande d'asile a été rejeté le 10 février 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 8 octobre 2021. L'OFPRA a également rejeté sa demande de réexamen le 24 juin 2022, ce que la CNDA a confirmé par un jugement du 21 octobre 2022. Par un arrêté du 29 mars 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français sous 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Dès lors que M. C justifie dans sa requête avoir sollicité l'aide juridictionnelle le 12 avril 2023, soit le même jour que l'enregistrement de sa requête, et que cette demande est toujours en cours d'examen, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-049 du 28 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département de l'Essonne spécial n° 029 du 1er mars 2023, le préfet de l'Essonne a donné délégation à M. H E, en sa qualité de directeur de l'immigration et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier à M. A G, et en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme D I, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, en toutes matières ressortissant à ses attributions, notamment, tous arrêtés, actes et décisions relevant du ministère de l'intérieur, à l'exclusion d'actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions individuelles prises en matière de police administrative des étrangers. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué par M. C que M. E et M. G n'étaient ni absents ni empêchés. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet de l'Essonne s'est fondé pour refuser le renouvellement de son attestation de demande d'asile, l'obliger à quitter le territoire français sous trente jours, et pour fixer le pays de renvoi. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté comme manquant en droit.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la seule décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En troisième lieu, M. C ne peut utilement se prévaloir directement de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 qui a été transposée en droit interne par la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la directive n° 2008/115/CE ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, et applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention

7. Si M. C soutient dans ses écritures qu'il réside en France depuis plusieurs années et a noué des relations sociales importantes qui font obstacle à son éloignement, il ne verse au débat contradictoire aucun document permettant de l'établir. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier, sans que cela soit contesté par le requérant, que M. C est arrivé en France en 2019, a déclaré être célibataire, sans liens familiaux en France et n'a pas justifié être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté comme manquant en droit.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article R. 532-57 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ". Enfin, aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L.542-1 et L.542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

13. Il ressort des mentions non contestées de l'extrait " TelemOfpra " produit par le préfet de l'Essonne, et dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. C a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile le 20 juin 2022 qui a été rejetée par l'OFPRA par une décision du 24 juin 2022 notifiée le 12 juillet 2022. Ce rejet a été confirmé par la CNDA par une décision du 21 octobre 2022 notifiée le 25 novembre 2022. Dès lors, en application des dispositions citées au point précédent, M. C ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Le préfet de l'Essonne était ainsi fondé à prendre à son encontre une décision de refus de renouvellement de sa demande d'asile et l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées doivent donc être écartés comme manquant en droit.

14. En sixième lieu, si M. C soutient que l'arrêté en litige est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il risque d'être exposé, en cas de retour à de mauvais traitements, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il ne peut qu'être écarté comme irrecevable.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la seule décision portant fixation du pays de destination :

15. En septième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. Si M. C fait valoir qu'en Mauritanie, l'homosexualité est punie de la peine de mort par lapidation, et donc qu'il existe un risque réel de persécution dans son pays, il ne démontre nullement la réalité de ce risque par des éléments précis et étayés. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué par l'intéressé que M. C serait homosexuel. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

17. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques (). ".

18. M. C soutient que la décision méconnaît le principe de non-refoulement résultant de ces stipulations. Toutefois, il n'apporte, en tout état de cause, aucun élément de nature à établir sa qualité de réfugié à la date de la décision attaquée, qualité que la Cour nationale du droit d'asile a par ailleurs refusé de lui reconnaître par deux jugements du 8 octobre 2021 et 21 octobre 2022. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté comme manquant en droit.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français sous 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office. Ainsi, les conclusions aux fins d'annulation qu'il présente contre cet arrêté ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

20. Le présent jugement, qui rejette des conclusions aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

21. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

J. F Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302907

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