mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2303086 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | GERARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 avril 2023, M. B A, représenté par
Me Gérard, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 4 avril 2023 par laquelle le chef d'établissement de la maison d'arrêt pour hommes de Fleury-Mérogis a ordonné son placement initial à l'isolement ;
2°) d'enjoindre au directeur de la maison d'arrêt pour hommes de Fleury-Merogis de le replacer en régime de détention ordinaire avec effet immédiat ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il existe une présomption d'urgence attachée à la mesure de placement à l'isolement ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée, premièrement, en l'absence de communication des éléments sur lesquels l'administration s'est fondée pour prendre une telle décision, ce qui est de nature à vicier le caractère contradictoire de la procédure en méconnaissance de l'article R. 57-7-64 du code de procédure pénale et du principe général des droits à la défense ;
- deuxièmement, il n'est pas établi que l'administration pénitentiaire a respecté l'obligation qui lui incombe de faire examiner, par un médecin, chaque personne détenue placée à isolement au moins deux fois par semaine en application de l'article R. 213-19 du code pénitentiaire ;
- troisièmement, la matérialité des faits reprochés à M. A n'est pas établie dès lors que les affirmations de l'administration sont imprécises et inexactes en l'absence des rapports de fouille et de gardes-à-vue qu'elle a refusé de communiquer ;
- quatrièmement, l'administration a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le risque de " réitération d'un trafic de stupéfiant au sein de la détention " allégué par l'administration n'est pas caractérisé et qu'en tout état de cause, l'appréciation portée sur la gravité du risque que pourrait faire naître le comportement de
M. A relevé par les objets retrouvés lors de ses fouilles est entachée d'erreur d'appréciation ;
- enfin, la nécessité de la mesure d'isolement n'est pas établie.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2023, le Garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite, dès lors que la mesure d'isolement a été prise en raison du profil pénal de M. A, de son parcours pénitentiaire, de la nécessité de préserver la sécurité et le bon ordre de l'établissement et de prévenir la commission de nouvelles infractions, alors en outre, qu'il est inscrit depuis le 11 avril 2023 au répertoire des détenus particulièrement signalés ;
- aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
Vu :
- la requête n° 2303085 du 17 avril 2023 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Grenier, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 mai 2023 à 10h15, en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Grenier, juge des référés,
- et les observations de Me Gérard pour M. A, qui rappelle qu'il existe une présomption d'urgence pour les mesures de placement à l'isolement, cette mesure entrainant des contraintes supplémentaires par rapport à la détention en régime ordinaire, telles que l'absence d'activités collectives ou l'absence de promenade à l'extérieur. S'agissant de l'intérêt public à ne pas suspendre la mesure, le ministre se borne à faire état du profil pénal de l'intéressé sans apporter de faits concrets. Au fond, trois faits sont relevés à l'encontre du requérant, sans permettre de les imputer à M. A. Le téléphone portable ne lui appartenait pas. Les faits de 2022 ne sont pas mentionnés dans la décision litigieuse. L'incident du
14 février 2023 est un fait isolé. L'administration n'établit pas que les produits découverts dans la cellule de M. A, le 20 mars 2023, étaient des stupéfiants. S'agissant de l'incident 2 mars 2023, l'enquête pénale a révélé qu'il ne s'agissait pas de produits stupéfiants. S'agissant des cachets découverts le 20 mars 2023, aucun test n'a été effectué permettant d'établir le caractère de produits stupéfiants. La procédure contradictoire a été viciée. En effet, ni M. A, ni son conseil n'ont eu les éléments sur lesquels l'administration s'est fondée pour reprocher à M. A de détenir des produits stupéfiants. Le ministre n'invoque aucun motif relatif au risque pour la sécurité de l'établissement justifiant l'absence de communication de ces éléments. La mesure n'est pas strictement nécessaire pour assurer la sécurité de l'établissement, d'autant que M. A a été transféré d'établissement. Il est irréprochable en détention.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h00.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est détenu au centre pénitentiaire de Meaux Chauconin depuis le
20 janvier 2021. Le 31 mars 2023, M. A a été transféré à la maison d'arrêt pour hommes de Fleury-Merogis à la suite de plusieurs fouilles à l'occasion desquelles il a été retrouvé un téléphone portable et un nombre très important de cachets ainsi que des seringues dans sa cellule. Dès son arrivée à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, M. A a été informé que le chef d'établissement avait décidé de le placer à l'isolement administratif jusqu'au
30 juin 2023 pour éviter tout risque de " réitération d'un trafic de stupéfiant au sein de la détention ". Par la présente requête, M. A demande la suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de l'exécution de la décision du
4 avril 2023 le plaçant à l'isolement jusqu'au 30 juin 2023 et à être replacé en régime de détention ordinaire avec effet immédiat.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire : " Toute personne détenue majeure peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne intéressée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites () / Le placement à l'isolement n'affecte pas l'exercice des droits prévus par les dispositions de l'article L. 6, sous réserve des aménagements qu'impose la sécurité () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Eu égard à son objet et à ses effets sur les conditions de détention, la décision plaçant d'office à l'isolement une personne détenue ainsi que les décisions prolongeant éventuellement un tel placement, prises sur le fondement de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire, portent en principe, sauf à ce que l'administration pénitentiaire fasse valoir des circonstances particulières, une atteinte grave et immédiate à la situation de la personne détenue, de nature à créer une situation d'urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, puisse ordonner la suspension de leur exécution s'il estime remplie l'autre condition posée par cet article.
6. Pour établir l'existence de conditions particulières justifiant le placement à l'isolement de M. A dès son transfert à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, le Garde des sceaux, ministre de la justice fait valoir que cette décision est justifiée au regard du profil pénal et du comportement en détention de M. A. D'une part, il rappelle qu'entre le
29 janvier 2021 et le 22 mars 2023, M. A a fait l'objet de quatre mandats de dépôt pour des infractions liées à l'importation non autorisée de stupéfiants commise en bande organisée, au trafic, transport, détention, offre ou cession, acquisition non autorisée de stupéfiants, importation et détention en contrebande de stupéfiants et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement ainsi que d'une condamnation, le 9 juillet 2020, par le tribunal judiciaire de Paris à une peine d'un an d'emprisonnement pour " conduite d'un véhicule à moteur malgré injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points, récidive et blanchiment : concours à une opération de classement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit de trafic de stupéfiants. ". D'autre part, il fait valoir que les incidents intervenus en détention démontrent que M. A entend communiquer avec l'extérieur sans contrôle de l'administration pénitentiaire afin d'alimenter un trafic de produits stupéfiants en détention et qu'il convient de le placer à l'isolement afin d'éviter la réitération d'un tel trafic au sein de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis. Enfin, il relève que la surveillance particulière que nécessite M. A ne peut être réalisée que dans le cadre de son placement à l'isolement.
7. Il résulte de l'instruction, d'une part, que M. A soutient que l'Iphone avec une carte SIM découvert dans sa cellule, le 14 février 2023, appartenait à son codétenu, ce que ce dernier aurait immédiatement admis. Les pièces produites en défense, en l'absence de production du compte-rendu d'incident du 14 février 2023, ne permettent pas d'infirmer les allégations de M. A. D'autre part, si l'administration fait valoir que les cachets retrouvés dans la cellule de M. A, les 2 et 20 mars 2023 sont des produits stupéfiants, il ressort des pièces du dossier que le compte rendu d'incident du 2 mars 2023 faisant état de cachets ayant réagi positivement à la cocaïne et au crack est infirmé par le test en laboratoire effectué à la demande de l'officier de police judiciaire, selon lequel ces cachets " se révèlent négatifs dans la détection de principe actif et il n'a pas été mis en évidence de produits stupéfiants dans les comprimés et la seringue usagée ", la procédure ayant été classée sans suite. S'agissant des
93 cachets blancs avec dessin d'un triangle, 15 cachets de Tramadol, 43 cachets de Cetirizine et 4 seringues dont une usagée retrouvés dans la cellule de M. A le 20 mars 2023,
M. A fait valoir, sans que cela ne soit contesté en défense, qu'il dispose d'une ordonnance médicale pour la Cetirizine et le Tramadol. Aucun test relatif aux 93 cachets blancs n'est, par ailleurs, produit permettant d'établir leur caractère de stupéfiants.
8. Cependant, au vu des faits qui ont conduit à la détention de M. A dont la réalité n'est pas sérieusement contestée, des incidents répétés l'impliquant en détention et de la découverte, qu'il ne conteste pas, de quatre seringues dont une usagée dans sa cellule ainsi que de 93 cachets blancs dont il n'est pas contesté, qu'alors même qu'aucun test quant à leur principe actif n'est produit en défense, ils ne sont pas des médicaments, la dangerosité de
M. A est suffisamment établie. Il ressort, en outre, des pièces du dossier qu'il a été inscrit, par une décision du 11 avril 2023, au répertoire des détenus particulièrement signalés en raison de son rôle au sein d'une organisation criminelle impliquée dans le trafic international de stupéfiants et de sa capacité à mobiliser, à l'extérieur ou en détention des soutiens humains, logistiques ou financiers importants de nature à organiser son évasion. Cette décision, si elle est postérieure à la décision litigieuse, peut être prise en compte pour apprécier l'urgence, laquelle s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
9. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction et alors que cette mesure n'implique pas un isolement total, mais permet notamment le maintien des liens familiaux et des visites, ainsi que l'historique des parloirs de M. A l'établit d'ailleurs, le droit à l'information du détenu, une promenade d'une heure par jour, même si elle s'effectue dans un espace réduit avec une ouverture grillagée, la possibilité de faire du sport et de participer à quelques activités par petits groupes au sein du quartier d'isolement, l'administration doit être regardée comme établissant que des circonstances particulières rendent nécessaire le placement à l'isolement de M. A afin de préserver l'ordre au sein de l'établissement pénitentiaire. Par suite, en l'état de l'instruction, la condition d'urgence n'est pas satisfaite.
10. L'une des deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas satisfaite, la requête présentée par M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au Garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Versailles, le 9 mai 2023.
La juge des référés, La greffière,
Signé signé
C. Grenier N. Gilbert
La République mande et ordonne au Garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026