mardi 25 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2303127 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SAS ITRA CONSULTING |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 18 avril 2023, le 9 mai 2023 et le 31 mai 2023, M. A E, représenté par Me Traore, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 du préfet du Cher en tant qu'il a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé de le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de renouveler son titre de séjour ;
3°) à défaut d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa demande ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est le père d'un enfant français à l'entretien et à l'éducation duquel il contribue ;
La décision portant refus de séjour :
- n'est pas motivée ; les infractions pénales mentionnées par le préfet ont un caractère ancien et ne sauraient suffire à motiver une telle décision dès lors qu'elle est fondée sur l'existence d'une menace à l'ordre public ;
-méconnaît les dispositions des articles L. 432-1 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation : son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
-méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La décision portant interdiction de retour pour une durée de trois ans :
-méconnaît les dispositions du premier alinéa de l'article L. 612-6 et celles de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : les critères prévus par le législateur pour prendre et fixer la durée d'une mesure d'interdiction ne sont pas pris en compte par le préfet ; en outre, eu égard à sa situation familiale, il justifie de considérations humanitaires pouvant faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2023, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 30 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 13 juin 2023 à 10h00.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, conclue à Rome le 4 novembre 1950 ;
- la convention sur les droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant congolais né le 22 mai 1993, est entré en France en 1999 où il a résidé sous couvert de plusieurs titres de séjour renouvelés entre le 22 juillet 2013 et le 27 janvier 2022. Il a sollicité le 25 janvier 2022 le renouvellement de titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 23 mars 2023, le préfet du Cher a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné en cas d'exécution d'office. M. E demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur la décision portant refus de séjour
2. En premier lieu, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement, et met le demandeur à même d'en contester utilement les motifs. En particulier, le préfet a exposé précisément les motifs l'ayant conduit à considérer que la présence de M. E constituait une menace pour l'ordre public, justifiant que le renouvellement de son titre de séjour lui soit refusé sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en rappelant les antécédents judiciaires du demandeur et en indiquant que ce-dernier a fait l'objet de quatre condamnations pénales dont la dernière en date du 6 mars 2017 à deux ans d'emprisonnement pour des faits d'agression sexuelle commise en réunion, condamnation qui présente, contrairement à ce qui est soutenu et eu égard à la gravité des faits, un caractère relativement récent à la date de la décision litigieuse. Dans ces circonstances, le moyen tiré du défaut de motivation n'est pas fondé et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. E est, selon les termes non contestés de l'arrêté du 23 mars 2023, " connu du fichier du traitement des antécédents judiciaires " pour au moins vingt infractions commises entre le 21 juin 2010 et le 1er avril 2020, en particulier pour des faits de violence, de violence volontaire sur personne dépositaire de l'autorité publique, vol, recel de vol, détention, acquisition, offre, transport et importation de produits stupéfiants, conduite sans permis, et viol commis sur la personne d'un mineur de quinze ans, et qu'il a été condamné le 6 mars 2017, ainsi qu'il a été rappelé au point 2 ci-dessus, à deux années d'emprisonnement pour agression sexuelle commise en réunion. Dans de telles circonstances, le préfet a pu à bon droit et sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser de renouveler le titre de séjour de M. E.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 alinéa 1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. M. E se prévaut de l'ancienneté de son établissement sur le territoire français, où il réside depuis 1999, et de la présence en France de ses deux enfants de nationalité française nés en 2016 et 2018 et de plusieurs membres de sa famille résidant en situation régulière.
7. Toutefois, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que. M. E résiderait habituellement avec ses enfants ni avec leur mère ; à cet égard, il ne démontre pas que sa présence en France revêtirait pour eux un caractère indispensable ou que son éloignement serait contraire à leur intérêt supérieur en se bornant à produire des captures d'écran faisant état de sept virements au profit de leur mère, réalisés entre les mois de juin et décembre 2022, deux photographies non datées le montrant en présence d'enfants et une attestation de M. B par laquelle ce dernier se borne à indiquer que le requérant " contribue financièrement à l'éducation de ses enfants ", attestation au demeurant non précisément datée puisqu'elle mentionne seulement la date du " 17 avril ". Il ne démontre pas davantage que sa présence en France revêtirait un caractère indispensable pour Mme G ni pour Mme D, dont les il produit la copie des titres de séjour sans préciser la nature des liens qu'il entretient avec elles, ni encore que sa présence en France revêtirait un tel caractère pour son frère cadet de nationalité française M. F né en 1999 à Bourges.
8. D'autre part, s'il établit résider en France depuis l'âge de 6 ans, il n'établit ni même n'allègue qu'il serait pour autant dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine.
9. Enfin, si M. E se prévaut également de son insertion professionnelle, en produisant notamment des bulletins de paie, un contrat individuel de formation conclu avec l'association nationale pour la formation professionnelle des adultes en 2013 et d'un contrat de travail à durée indéterminée et à temps partiel conclu avec la SARL Clama en 2015 et 2022, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'il démontrerait, au regard de la répétition et la gravité des infractions qui lui ont été reprochées, une volonté réelle d'insertion en France sur le plan professionnel. En outre, il est constant que M. E a fait l'objet en 2017 d'une condamnation à une peine de deux ans d'emprisonnement pour des faits de violence sexuelle commise en réunion, et qu'il ne démontre pas une volonté particulière de se réinsérer à l'issue de cette condamnation dès lors qu'il ne conteste pas avoir été poursuivi postérieurement à sa libération conditionnelle pour des faits de violence le 1er juin 2019 et pour non-justification de son adresse par une personne enregistrée dans le fichier des délinquants sexuels le 1er avril 2020.
10. Par suite, la décision du préfet du Cher lui refusant un titre de séjour, qui constitue en tout état de cause une ingérence justifiée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E eu égard à l'impérieux motif d'ordre public de prévention des infractions pénales, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale ; et, eu égard à l'absence de preuve d'une participation effective de M. E à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, cette décision n'a pas non plus méconnu l'intérêt supérieurs de ces derniers tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 3-1 précité de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire
11. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; ". Selon l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur ".
12. En l'espèce, les éléments produits par M. E et rappelés au point 7 ci-dessus ne permettent pas de démontrer qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants de nationalité française dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis leur naissance de ou depuis au moins deux ans, conformément aux dispositions de l'article L. 611-3 précité. Par suite, le moyen tiré, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, de la méconnaissance de ces dispositions, n'est pas fondé et doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour pour une durée de trois ans
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
14. En l'espèce, eu égard aux à la menace pour l'ordre public que représente la présence de M. E sur le territoire, compte tenu de l'absence de justification de sa participation à l'entretien et à l'éducation des enfants et de l'absence de preuve de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec les membres de sa famille présents sur le territoire, le préfet a pu à bon droit, conformément aux dispositions précitées, édicter à son encontre une mesure d'interdiction de retour pour une durée de trois années.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E aux fins d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du préfet du Cher du 23 mars 2023 ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et ses conclusions relatives aux frais d'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet du Cher.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Delage, président,
Mme Winkopp-Toch, première conseillère,
M. Grégoire Thivolle, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
G. C
Le président,
Signé
Ph. DelageLe greffier,
Signé
C. Gueldry
La République mande et ordonne au préfet de Cher, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies d'exécution contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026