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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303185

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303185

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantKORAITEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 avril 2023 et le 22 mai 2023, M. A B, représenté par Me Trojman, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de la circulaire Valls du

28 novembre 2012 ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'usant pas de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet de l'Essonne a produit un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme le Montagner, rapporteure,

- les observations de Me Trojman, représentant M. B

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 23 juin 1990, est entré en France en septembre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 30 mars 2021 il a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté en date du 1er février 2023, dont il demande l'annulation par la présente requête, le préfet de l'Essonne a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduite d'office.

Sur les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-132 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 126 du même jour de la préfecture de l'Essonne, M. D C, directeur de l'immigration et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () " Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

4. D'une part, la décision portant refus de titre de séjour vise notamment l'article 3 de l'accord franco-tunisien visé ci-dessus ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne que l'intéressé ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour prévues par les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien et que ne pouvant se prévaloir des dispositions des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa demande doit être examinée dans le cadre du pouvoir de régularisation dont dispose le préfet même sans texte. A cet égard, cette décision énonce que si l'intéressé justifie d'une expérience professionnelle en tant que chauffeur, il ne dispose pas d'un permis de conduire français. Elle relève également que le requérant est marié avec une compatriote qui séjourne irrégulièrement sur le territoire français, qu'il est père d'un enfant mineurs né en France. Elle énonce qu'au vu de l'ensemble de ces éléments, l'intéressé ne justifie d'aucune considération humanitaire, ni d'aucun motif exceptionnel de nature à permettre la régularisation. Enfin, la décision attaquée mentionne que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et qu'eu égard à l'ensemble de sa situation privée et familiale, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie familiale normale. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments propres à la situation de l'intéressé, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. D'autre part, l'arrêté attaqué vise également l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet d'assortir un refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire français. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire français contestée, qui, en vertu des termes mêmes de l'article L. 613-1 du même code, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est elle-même suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a obligé l'intéressé à quitter le territoire français doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes mêmes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. La seule circonstance que le préfet ait indiqué, de manière erronée, que l'activité professionnelle de chauffeur de l'intéressé aurait pris fin en septembre 2021, ne saurait suffire à établir une absence d'examen sérieux et complet de sa situation personnelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si le requérant soutient que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur de fait, il ne précise pas de quelle erreur il s'agit. Dès lors, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il doit être écarté.

Sur les moyens propres à la décision de refus de séjour :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

9. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en septembre 2018 et qu'il justifie d'une activité professionnelle en produisant des fiches de paie établies par la société " Trans-Faire " pour un emploi de chauffeur depuis le mois de mars 2019. S'il produit également une demande d'autorisation de travail établie par cette société à son profit, cette demande a toutefois été présentée postérieurement à la date de l'arrêté attaquée. En outre, si l'intéressé se prévaut de la présence en France de son épouse, une compatriote, et de leur enfant né en 2020, il ne conteste toutefois pas que cette dernière ne dispose d'aucun titre de séjour et il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer ailleurs qu'en France et, notamment, en Tunisie où l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales et où il a toujours vécu avant son arrivée en France à l'âge de vingt-huit ans. Ainsi, même si le requérant démontre une volonté sérieuse d'intégration professionnelle, la circonstance qu'il justifie d'un emploi depuis mars 2019 ne saurait, à elle seule, établir que le préfet de l'Essonne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En second lieu, le requérant ne saurait utilement invoquer les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constituent uniquement des orientations générales adressées par le ministre de l'intérieur aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cette circulaire ne peut qu'être écarté comme inopérant.

Sur le moyen propre à l'obligation de quitter le territoire français :

12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10, le préfet de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision obligeant le requérant à quitter le territoire français sur la situation personnelle de celui-ci. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l'Essonne, que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 1er février 2023 du préfet de l'Essonne doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rodolphe Féral, président, Mme Michèle le Montagner, présidente honoraire et Mme Anne Bartnicki, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le Président-rapporteur,

Signé

R. Féral

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

M. le MontagnerLa greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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