mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2303268 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Président Gosselin |
| Avocat requérant | SPIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, M. B C, représenté par Me Spira, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 2 novembre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a notifié plusieurs retraits de points sur son permis de conduire, a constaté la nullité de son permis pour solde de points nul et lui a enjoint à restituer son titre de conduite aux services préfectoraux, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur lui a retiré des points de son permis de conduire à la suite d'infractions commises les 22 décembre 2012, 2 décembre 2014, 7 février 2016, 7 novembre 2016, 2 octobre 2016, 1er juin 2017, 7 juin 2018, 29 septembre 2018, 2 mars 2020, 2 novembre 2020, 4 novembre 2021, 3 janvier 2022, 16 février 2022 et 23 février 2022.
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconstituer son capital de points dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la réalité des infractions n'est pas établie dès lors qu'elles ont fait l'objet de contestations ;
- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 28 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de procédure pénale,
- le code de la route,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gosselin en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gosselin a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a commis les 22 décembre 2012, 2 décembre 2014, 7 février 2016, 7 novembre 2016, 2 octobre 2016, 1er juin 2017, 7 juin 2018, 29 septembre 2018, 2 mars 2020, 2 novembre 2020, 4 novembre 2021, 3 janvier 2022, 16 février 2022, et 23 février 2022, diverses infractions au code de la route ayant entraîné des retraits de points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " du 2 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la nullité de son permis pour solde de points nul et lui a enjoint à restituer son titre de conduite aux services préfectoraux. Le 30 décembre 2022, M. C a formé un recours gracieux auprès du bureau national des droits à conduire du ministère de l'intérieur et des outre-mer. Le 2 mars 2023, une décision implicite de rejet de son recours gracieux est née du silence gardé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer. M. C conteste l'ensemble de ces décisions.
Sur l'étendue du litige :
2. En premier lieu, il ressort du relevé intégral d'information relatif au permis de conduire de M. C, édité le 26 décembre 2022 et produit par le requérant, que les points retirés consécutivement aux infractions du 2 octobre 2016, du 1er juin 2017, du 7 juin 2018, du 29 septembre 2018, du 2 mars 2020, du 2 novembre 2020 et du 4 novembre 2021 ont finalement été restitués au requérant. Par suite les conclusions aux fins d'annulation de ces décisions et celles tendant à ce que les points retirés consécutivement à ces infractions soient restitués sont dépourvues d'objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
3. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C, produit en défense et édité le 28 juillet 2023, que le permis de conduire de l'intéressé est valide, le capital de points y figurant étant de 2 points. Il s'ensuit que le ministre de l'intérieur et des outre-mer doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré sa décision " 48 SI " du 2 novembre 2022.
4. En outre, il ressort également de ce relevé que les points retirés à la suite de l'infraction du 22 décembre 2012 ont été restitués au requérant, et qu'aucune mention relative aux infractions du 16 février 2022 et du 23 février 2022 ne figure dans le relevé d'information intégral édité le 28 juillet 2023. Les décisions de retrait de points correspondant à ces infractions doivent également être regardées comme ayant été retirées. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre ces décisions ont perdu leur objet en cours d'instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route :
5. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9./ Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. / Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent alinéa ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 ".
6. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Cette information revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
7. En outre, le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'apporter la preuve, devant le juge du fond, de ce que l'amende a effectivement fait l'objet d'un recouvrement forcé.
S'agissant des infractions du 7 novembre 2016 et 3 janvier 2022 :
8. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaitre sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entrainant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. En outre, la mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.
9. Il résulte de l'instruction que les infractions commises le 7 novembre 2016 et le 3 janvier 2022 ont fait l'objet d'un procès-verbal électronique comportant les mentions exigées par les articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route et que ces derniers sont revêtus de la signature de l'agent verbalisateur et de la signature de M. C en ce qui concerne l'infraction du 3 janvier 2022, ou de la mention " refus de signer " en ce qui concerne l'infraction du 7 novembre 2016. Par conséquent. M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas fait l'objet d'une information préalable suffisante conformément aux article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route concernant ces infractions.
S'agissant des infractions du 2 décembre 2014 et du 7 février 2016 :
10. La seule circonstance que le contrevenant n'a pas reçu les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lors de la constatation d'une infraction n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.
11. D'une part, il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C que l'infraction commise le 2 décembre 2014 a été relevée par procès-verbal électronique, certes signé, mais qui ne comportent pas les informations exigées par la loi. D'autre part il résulte de l'instruction que l'infraction du 7 février 2016 a fait l'objet d'un procès-verbal.
12. Si le ministre produit un échange de courriels avec le contrôleur des finances publiques de la trésorerie de Beauvais, ces éléments ne permettent pas d'établir que les amendes forfaitaires majorées relatives aux infractions du 7 février 2016 et du 2 décembre 2014 ont été recouvrées. Dans ces conditions, M. A ne peut être regardé comme ayant reçu l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement à l'intervention des décisions de retrait de points consécutives à ces infractions. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a bénéficié à l'occasion d'autres infractions et notamment celles commises les 9 août 2012, 6 avril 2012 ou 1er octobre 2009, de l'ensemble des informations légalement exigées, y compris celle relative au traitement automatisé des points. Dès lors l'omission de cette information lors de la constatation des infractions des 2 décembre 2014 et 7 février 2016 n'a pas eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de priver le requérant de la garantie instituée par la loi, en ne lui permettant pas de mesurer les conséquences qu'aurait pour lui la reconnaissance de l'infraction et entraînant retrait de points.
En ce qui concerne la réalité des infractions :
13. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".
14. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route, des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale et de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur des informations prévues par ces articles que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Ainsi, l'émission d'un titre exécutoire établit la réalité d'une infraction, sans que le juge ne doive rechercher si l'intéressé a reçu notification d'un avis d'amende forfaitaire majorée.
15. Il ressort des pièces du dossier et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C, que les infractions relevées les 7 novembre 2016 et 3 janvier 2022 ont donné lieu, en l'absence du paiement des amendes forfaitaires afférentes dans le délai de quarante-cinq jours, à l'émission d'un titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée. En dépit de ce qu'il soutient, M. C n'établit pas avoir présenté une requête en exonération ou formé des réclamations s'agissant de l'infraction du 7 novembre 2016. S'agissant de l'infraction commise le 3 janvier 2022, s'il produit à l'instance une requête en exonération, le requérant n'apporte aucun élément permettant d'établir que le recours introduit a été jugé recevable ou qu'il aurait conduit à annuler la condamnation en cause. Dès lors, conformément à ce qui précède, la réalité des infractions reprochées à l'intéressé est établie.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ces dernières doivent également être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le magistrat désigné,
signé
C. GosselinLa greffière,
signé
S. Burel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026