mardi 21 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2303328 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | MOREAU-DIDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 avril 2023, 26 juin et 12 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Moreau-Didier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a implicitement rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que toutes ses attaches familiales sont sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable pour tardiveté ;
- la requête est sans objet en l'absence de décision faisant grief.
Par une ordonnance du 27 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur ce litige en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caron, première conseillère,
- et les observations de Me Moreau-Didier, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante malgache née en 1958, est entrée en France le 21 février 2020 munie d'un visa de court séjour. Elle a sollicité le 8 juillet 2022 son admission exceptionnelle au séjour. Mme B demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté le 10 janvier 2023.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".
3. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". L'article R. 421-2 de ce code dispose que : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par Mme B a été enregistrée le 8 juillet 2022. Une décision implicite de rejet est donc née le 8 novembre 2022 du silence gardé par le préfet de l'Essonne durant plus de quatre mois après l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Si la préfète de l'Essonne fait valoir que le recours gracieux formé le 10 janvier 2023 par la requérante n'a pas prorogé le délai de recours contentieux contre la décision implicite de rejet, elle n'établit, ni même n'allègue, que la demande de Mme B aurait fait l'objet d'un accusé de réception comportant la mention des voies et délais de recours. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Essonne, tirée de la tardiveté de la requête, doit être écartée.
5. En second lieu, la décision implicite de rejet par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé à Mme B la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale est une décision individuelle défavorable qui fait nécessairement grief à l'intéressée. Cette fin de non-recevoir doit donc également être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France le 21 février 2020, suite au décès brutal de son mari le 28 janvier 2020. Il est constant que ses trois enfants, dont deux filles de nationalité française, ainsi que ses trois petits-enfants, résident en France. Elle est hébergée par l'une de ses filles, et ses trois enfants attestent la prendre en charge financièrement. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait conservé des attaches familiales dans son pays d'origine, son époux ainsi que ses parents étant décédés. Elle justifie en outre de ce que deux de ses sœurs, de nationalité française, résident en France, et établit les liens étroits qu'elle entretient sur le territoire français avec les membres de sa famille. Par suite, et dans les circonstances très particulières de l'espèce, la requérante, qui justifie disposer du centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de l'Essonne a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts envers lesquels cette décision a été prise, et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation la décision attaquée implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, la délivrance à Mme B d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressée, de délivrer ce titre de séjour à Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur les dépens :
11. Le présent litige n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de l'Essonne sur la demande de titre de séjour de Mme B, enregistrée le 8 juillet 2022, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressée, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Boukheloua, présidente,
Mme Caron, première conseillère,
M. Maljevic, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2025.
La rapporteure,
signé
V. CaronLa présidente,
signé
N. Boukheloua
La greffière,
signé
B. Bartyzel
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026