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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303341

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303341

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303341
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPrésident Gosselin
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2023, M. B A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 11 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a notifié plusieurs retraits de points antérieurs sur son permis de conduire, a constaté la nullité de son permis pour solde de points nul et lui a enjoint de restituer son titre de conduite aux services préfectoraux ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a retiré des points de son permis de conduire à la suite d'infractions commises les 23 avril 2018, 20 mai 2018, 17 mars 2020, 7 avril 2020, 22 janvier 2021, 5 décembre 2020 et 14 janvier 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconstituer son capital de points dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse méconnait les dispositions de l'article R. 223-6 du code de la route dès lors qu'il n'a pas bénéficié de la restitution de 4 points du fait de son stage de sensibilisation ;

- la réalité des infractions n'est pas établie dès lors qu'elles ont fait l'objet de contestations ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 8 septembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale,

- le code de la route,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gosselin, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gosselin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a commis les 23 avril 2018, 20 mai 2018, 17 mars 2020, 7 avril 2020, 22 janvier 2021, 5 décembre 2020 et 14 janvier 2021, diverses infractions au code de la route ayant entraîné des retraits de points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI " du 11 décembre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la nullité de son permis pour solde de points nul et l'a enjoint à restituer son titre de conduite aux services préfectoraux. Le 6 février 2023, M. A a formé un recours gracieux auprès du bureau national des droits à conduire du ministère de l'intérieur et des outre-mer. Le 6 avril 2023, une décision implicite de rejet de son recours gracieux est née du silence gardé par le ministre de l'Intérieur et des outre-mer. M. A conteste l'ensemble de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A, produit en défense et édité le 8 septembre 2023, que le permis de conduire de l'intéressé est valide, le capital de points y figurant étant de 7 points. Il s'ensuit que le ministre de l'intérieur et des outre-mer doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré sa décision " 48 SI " du 11 décembre 2021.

3. En outre, aucune mention relative aux infractions du 22 janvier 2021, 5 décembre 2020 et 14 janvier 2021 ne figurent dans ce relevé. Les décisions de retrait de points correspondant à ces infractions doivent également être regardées comme ayant été retirées. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre ces décisions ont perdu leur objet en cours d'instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions successives de retrait de points :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

4. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

5. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route, des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale et de l'arrêté du 29 juin 1992 fixant les supports techniques de la communication par le ministère public au ministère de l'intérieur et des outre-mer des informations prévues par ces articles que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Ainsi, l'émission d'un titre exécutoire établit la réalité d'une infraction, sans que le juge ne doive rechercher si l'intéressé a reçu notification d'un avis d'amende forfaitaire majorée.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A, que les infractions relevées les 23 avril 2018, 20 mai 2018, 17 mars 2020 et 7 avril 2020 ont donné lieu, au paiement de l'amende forfaitaire majorée pour les deux premières et pour les secondes, en l'absence du paiement des amendes forfaitaires afférentes dans le délai de quarante-cinq jours, à l'émission d'un titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée. En dépit de ce qu'il soutient, M. A n'établit pas avoir présenté une requête en exonération ou formé des réclamations. Dès lors, conformément à ce qui précède, la réalité des infractions reprochées à l'intéressé est établie.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route :

7. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9./ Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. / Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique. Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent alinéa ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9 ".

8. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Cette information revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

9. En outre, le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'apporter la preuve, devant le juge du fond, de ce que l'amende a effectivement fait l'objet d'un recouvrement forcé.

S'agissant des infractions du 23 avril 2018 et du 20 mai 2018 :

10. Il résulte des pièces du dossier, et notamment de l'attestation de paiement établie le 22 juin 2023 par le trésorier du contrôle automatisé que l'intéressé s'est acquitté le 29 octobre 2018 des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions du 23 avril 2018 et du 20 mai 2018. Par suite, en l'absence de production par le requérant de l'avis au vu duquel il a acquitté cette amende et qui démontrerait son caractère inexact ou incomplet, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas reçu les informations prévues par les dispositions précitées du code de la route s'agissant de cette infraction doit être écarté.

S'agissant des infractions du 17 mars 2020 et du 7 avril 2020 :

11. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A que, s'agissant des infractions commises les 17 mars 2020 et 7 avril 2020, relevées par radar automatique, un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée a été émis. Si le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'établit pas que M. A aurait procédé au paiement volontaire de l'amende correspondant à cette infraction et n'établit pas davantage que l'intéressé aurait reçu, à l'occasion de cette infraction, l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, il ressort en revanche des pièces du dossier que M. A a bénéficié à l'occasion de l'infraction du 20 mai 2018 qui concerne une infraction relative à un excès de vitesse inférieur à 20km/h, infraction similaire aux infractions précités, des informations légales prescrites. Dans ces conditions, l'omission éventuelle de l'information pour les infractions suivantes n'a pas eu pour effet de priver le requérant de la garantie instituée par la loi pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'information préalable s'agissant des infractions du 17 mars 2020 et du 7 avril 2020 doit être écarté.

12. Il résulte de qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions en annulation de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Il résulte de ce qui précède que ces conclusions doivent également être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à la décision " 48SI " du 11 décembre 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

C. GosselinLa greffière,

signé

S. Burel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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