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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303394

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303394

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantHARROCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 avril et 10 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Harroch, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 mars 2023 par lesquelles le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle ne satisfait pas aux exigences de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet, en tant qu'étrangère malade, d'une convocation par le collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ; or cette convocation constitue une garantie procédurale ;

- elle méconnaît l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui ouvre un droit au séjour aux algériens malades qui suivent un traitement en France et qui ne pourraient bénéficier d'un traitement identique en Algérie ; en l'espèce, le préfet de l'Essonne a méconnu son obligation d'appréciation du système de soins en Algérie ; par ailleurs, deux médicaments qui lui sont prescrits ne sont pas commercialisés en Algérie ; enfin, elle est exposée à un risque de rechute ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, lequel prévoit la délivrance d'un certificat de résidence à l'algérien dont les liens personnels et familiaux sont suffisamment intenses ; or, elle est entrée en France le 12 septembre 2019 au moyen d'un visa de court séjour, et maîtrise la langue française ; elle s'est par ailleurs mariée le 29 avril 2023 avec un ressortissant algérien ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences que cette décision implique sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 13 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 28 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rollet-Perraud a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née en 1984, est entrée en France le 12 septembre 2019, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a présenté le 16 septembre 2022 une demande tendant au renouvellement de son certificat de résidence algérien. Toutefois, après consultation du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), lequel a rendu un avis le 3 février 2023, le préfet de l'Essonne a, par un arrêté du 24 mars 2023, rejeté sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A, faisant, en particulier, mention du sens détaillé de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, ainsi que des éléments ayant trait à la durée de la présence en France et à la vie familiale de l'intéressée. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus de titre de séjour et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code applicable aux ressortissants algériens : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. () "

4. Il résulte de ces dispositions que le médecin rapporteur peut convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le collège des médecins de l'OFII rend un avis au vu de ce rapport. Toutefois, la convocation du demandeur étant une faculté, la requérante ne peut utilement reprocher au collège des médecins de ne pas l'avoir convoquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de convocation devant le collège des médecins de l'OFII ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

5. En troisième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et s'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité ou l'impossibilité pour ce dernier de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Il ressort des pièces du dossier que dans son avis du 3 février 2023, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de Mme A, qui souffre d'un cancer du sein traité par hormonothérapie, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. D'une part l'arrêté attaqué indique en reprenant le sens de l'avis du collège des médecins, que l'intéressée peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Essonne n'aurait pas porté d'appréciation sur le système de soins en Algérie. D'autre part, pour faire valoir qu'elle n'est pas en mesure de bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé, Mme A soutient que les médicaments " Exemestane " et " Decapeptyl ", qui lui sont administrés depuis janvier 2022, ne sont pas commercialisés en Algérie. A l'appui de ses allégations, elle produit un certificat d'un médecin algérien du 12 avril 2023 qui atteste de l'indisponibilité de ces médicaments en pharmacie en Algérie, ainsi qu'une photocopie d'une ordonnance du 23 janvier 2023 lui prescrivant de l'Exemestane et sur laquelle est apposée la mention manuscrite " non commercialisé ". Cependant, à supposer que ces faits soient établis, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que d'autres médicaments visant à traiter la même pathologie ne seraient pas disponibles en Algérie. Par suite, de tels éléments ne sauraient suffire à remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII. Enfin, si la requérante se prévaut des résultats d'analyses médicales qu'elle a réalisées le 6 juin 2023, pour soutenir qu'il existerait pour elle un risque de récidive, aucune pièce du dossier ne permet d'établir qu'une éventuelle prise en charge en cas de récidive serait indisponible dans son pays d'origine. L'ensemble de ces éléments, qui n'établissent ainsi pas suffisamment l'impossibilité pour Mme A de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet de l'Essonne dans son arrêté du 24 mars 2023. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ; ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A réside habituellement en France depuis le 12 septembre 2019, date de son entrée sur le territoire au moyen d'un visa de court séjour. Il ressort également des termes de l'arrêté en litige que la requérante fait état de la présence en France de sa sœur, sans pour autant établir l'existence de liens avec elle. Par ailleurs, il ressort également de l'arrêté attaqué que Mme A, qui ne fait état d'aucune activité professionnelle, n'est arrivée en France qu'à l'âge de 35 ans et que ses parents résident en Algérie. Elle conserve ainsi des attaches familiales dans son pays d'origine. Enfin, si elle fait état de son mariage le 29 avril 2023 avec un ressortissant algérien résidant régulièrement en France, ainsi que de sa volonté d'envisager une grossesse, ces circonstances ne sont pas de nature à établir, compte tenu de leur caractère récent, qu'à la date à laquelle il a pris sa décision, le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit, en tout état de cause, également être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. D'une part, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour, l'exception d'illégalité de cette décision doit être écartée au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. D'autre part, si Mme A soutient que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle implique sur sa situation personnelle, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. A supposer que la requérante ait entendu en soulevant ce moyen, se rapporter aux différents arguments développés au soutien des autres moyens de sa requête, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 9 du présent jugement que les éléments produits, tant en ce qui concerne son état de santé que sa vie privée, ne sont pas de nature à établir l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation. Ainsi, ce dernier moyen doit également être écarté.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 24 mars 2023 par lesquelles le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- M. Deharo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. Rollet-Perraud

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. Milon

La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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