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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303443

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303443

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303443
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantFAZOLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2023, M. B A, représenté par Me Fazolo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de délivrance de certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente et sans délai une autorisation provisoire de séjour sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun à la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien et à l'obligation de quitter le territoire français :

- les décisions sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien :

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation et a commis une erreur de droit, notamment en ce qu'il s'est cru lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation ;

- cette décision méconnait les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance de certificat de résidence algérien qui la fonde et dont il entend également se prévaloir par la voie de l'exception ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- cette décision méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de délivrance de certificat de résidence algérien et d'éloignement qui la fonde et dont il entend également se prévaloir par la voie de l'exception ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- cette décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens sont infondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gibelin, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 25 mars 1960, entré en France le 25 mars 2017 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 30 septembre 2022, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. L'intéressé demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien et à l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision portant refus de certificat de résidence algérien. En effet, après avoir rappelé les textes dont le préfet a fait application, l'arrêté énonce les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A. Il indique en particulier l'état civil du requérant et sa nationalité, la date alléguée de son arrivée en France et le fondement juridique de sa demande. Il expose par ailleurs les circonstances de fait propres à la situation du requérant ayant justifié le rejet de sa demande de titre de séjour, qui a été examinée au visa du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ainsi que dans le cadre du pouvoir discrétionnaire de régularisation que détient le préfet même sans texte. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir l'intéressé, et alors même que les motifs de l'arrêté attaqué ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, la décision portant refus de titre de séjour répond aux exigences de motivation posées par les dispositions citées au point précédent. Il en va de même de la décision portant obligation de quitter le territoire français, dont la motivation se confond avec celle du refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien :

4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier de la situation de M. A, ni qu'il se serait cru lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII. A ce titre, il ressort des termes même de cet arrêté que le préfet a tenu compte des éléments caractérisant la situation du requérant et a exercé son pouvoir d'appréciation sur celle-ci. Les moyens doivent, dès lors, être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 7° Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

6. Pour rejeter la demande de titre de M. A, le préfet s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 26 juin 2022 selon lequel si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé algérien, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. A l'appui du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées, M. A soutient qu'il souffre d'insuffisance respiratoire chronique et d'une maladie de peau auto-immune. L'intéressé produit, au soutien de ses allégations, des comptes rendus d'hospitalisation et d'examens médicaux, ainsi qu'un certificat médical faisant état d'un emphysème pulmonaire traité par trithérapie inhalée de Trélegy que d'une ordonnance faisant état d'une telle prescription. Ces documents ne font toutefois pas état de l'éventuelle indisponibilité du traitement suivi dans son pays d'origine, et l'ordonnance produite rédigée 19 janvier 2022 prévoit un traitement de six mois. En outre, si M. A produit une attestation peu probante qui aurait été rédigée par un pharmacien indiquant que le Trélegy n'est pas commercialisé en Algérie, il ressort de la liste algérienne des médicaments remboursables par la sécurité sociale de ce pays produite par le requérant qu'y figurent le fluticasone, corticoïde ayant un effet anti-inflammatoire entrant dans la composition du Trélegy, ainsi que de nombreux bronchodilatateurs. Dans ces conditions et alors que la liste produite date du 30 octobre 2006, les éléments produits par le requérant, qui n'établit pas l'indisponibilité de son traitement en Algérie ou son caractère non substituable, ne sauraient suffire à remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII, reprise par le préfet, s'agissant de la disponibilité effective du traitement médical dont il doit bénéficier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Pour les raisons précédemment exposées au point 6 et dès lors qu'il ne justifie d'aucune attache ni d'aucune insertion sociale ou professionnelle en France et, en outre, n'établit pas par les seules pièces produites la durée de résidence alléguée sur le territoire français, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident sa mère et ses cinq enfants et où il a vécu au moins jusqu'à cinquante-sept ans, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle. Les moyens doivent être écartés.

9. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'égard de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien, qui n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel le requérant pourrait être éloigné d'office.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, si le requérant excipe de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'invoque par voie d'exception aucun autre moyen que ceux déjà développés, écartés par voie d'action. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit, dès lors, être écarté.

11. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

12. En troisième lieu, pour les raisons précédemment exposées aux points 6 et 8, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

13. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'égard de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel le requérant pourrait être éloigné d'office. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A n'établit pas qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé et que, partant, il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, si le requérant excipe de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et d'éloignement pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination, il n'invoque par voie d'exception aucun autre moyen que ceux déjà développés, écartés par voie d'action. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et d'éloignement, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit, dès lors, être écarté.

15. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

16. En dernier lieu, pour les raisons précédemment exposées aux points 6 et 13, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnaitrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2022 du préfet de l'Essonne doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et au titre des frais liés à l'instance

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de l'Essonne et à Me Fazolo.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Mégret, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

S. Mégret

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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