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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303480

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303480

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Belot
Avocat requérantALAGAPIN-GRAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023, M. A C, représenté par Me Alagapin-Graillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois ;

2°) d'assortir l'injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard dans l'exécution du jugement à intervenir à compter de sa notification ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est intervenu au vu d'un avis de rétention du permis de conduire entaché d'incompétence ;

- il n'a pas été précédé d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'erreur de droit et de fait ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Bélot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bélot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 février 2023 à 16h45, M. A C a été intercepté par les services de gendarmerie sur le territoire de la commune de Lissy dans le département de Seine-et-Marne. L'intéressé a déclaré, lors de son audition, être un consommateur régulier de substances ou plantes classées comme stupéfiants et un prélèvement sanguin a été réalisé à 17h40. Le permis de conduire de M. C a fait l'objet d'une mesure immédiate de rétention. Au vu des résultats du rapport d'analyse toxicologique du laboratoire Toxlab, expert près la cour d'appel de Paris, établissant un résultat positif au cannabis, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé, par un arrêté du 24 février 2023, la suspension de la validité du permis de conduire de M. C pour une durée de six mois. M. C demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 224-1 du code de la route : " I.-Les officiers et agents de police judiciaire retiennent à titre conservatoire le permis de conduire du conducteur : / () 4° S'il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner que le conducteur a fait usage de stupéfiants ou lorsqu'il refuse de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 () ". Aux termes de l'article 20 du code de procédure pénale : " () sont agents de police judiciaire : / 1° Les militaires de la gendarmerie nationale autres que les volontaires, n'ayant pas la qualité d'officier de police judiciaire ".

3. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions non contestées de l'avis de rétention du permis de conduire de M. C, que cet avis a été signé par M. B D, élève-gendarme, qui, en application des dispositions, citées au point 2, de l'article 20 du code de procédure pénale, avait la qualité d'agent de police judiciaire et, par conséquent, qualité, en application des dispositions de l'article L. 224-1 du code de la route, pour retenir le permis de conduire de M. C. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction, notamment des termes de l'arrêté en litige, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. C préalablement à l'intervention de cet arrêté.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " I.-Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : / () 2° Il est fait application des dispositions de l'article L. 235-2 si les analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques établissent que le conducteur conduisait après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves de vérification prévues au même article L. 235-2 () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ". Les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L. 211-2 sont définies à l'article L. 122-1 du même code.

6. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend la validité d'un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les cent vingt heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur ayant fait usage de stupéfiants retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du même code.

7. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 1, M. C a été contrôlé alors qu'il roulait sous l'emprise du cannabis, ainsi que cela ressort des résultats du rapport d'analyse toxicologique, et a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire. Pour faire usage de la possibilité qu'il tenait de l'article L. 224-2 du code de la route de suspendre son permis de conduire pour une durée de six mois, le préfet de Seine-et-Marne, compte tenu du délai de cent vingt heures dans lequel s'exerçait son action, n'était pas tenu de suivre la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, la circonstance que les résultats d'analyse toxicologique n'ont pas été notifiés à M. C préalablement à l'intervention de l'arrêté en litige n'est pas de nature à caractériser une méconnaissance du principe du contradictoire, ni une erreur de droit ou de fait.

8. Enfin, compte tenu de ce qui a été dit précédemment et du danger grave et immédiat que représentait pour la sécurité publique le comportement de l'intéressé, interpelé alors qu'il conduisait sous l'emprise de stupéfiants, et en l'absence d'éléments précis et circonstanciés relatifs aux conséquences de la mesure en litige sur sa situation familiale et financière, le préfet de Seine-et-Marne, en suspendant la validité du permis de conduire de M. C pendant six mois, n'a pas pris une mesure disproportionnée, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 24 février 2023 du préfet de Seine-et-Marne doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions accessoires à fin d'astreinte et tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

S. BélotLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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