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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303545

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303545

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303545
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCACAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2023, M. C B, représenté par Me Cacan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet de l'Essonne n'a pas renouvelé son attestation de demandeur d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de cet arrêté ait reçu une délégation régulière et que celle-ci ait été publiée ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- la loi qui restreint la possibilité d'accorder un délai de départ supérieur à un délai de 30 jours est contraire à l'article 7-2 de la directive retour 2008/115/CE ;

- la durée retenue pour quitter le territoire français n'est pas appropriée à la situation du requérant ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. B ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- les droits de la défense ont été violés ;

- la décision portant fixation du pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui a produit un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2023.

Le préfet conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens présentés à l'appui de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, notamment son article 41 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Brumeaux pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 février 2023 :

- le rapport de M. Brumeaux, en présence de Mme D, interprète ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant turc, né le 1er janvier 1995, est entré sur le territoire français le 9 juin 2019 selon ses déclarations. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 16 décembre 2020, décision qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 avril 2021. L'OFPRA a également rejeté la demande de réexamen de M. B par une décision d'irrecevabilité en date du 15 juin 2021, confirmée par la CNDA le 24 octobre 2022. Par un arrêté du 11 avril 2023, le préfet de l'Essonne n'a pas renouvelé son attestation de demandeur d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-025 du 7 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne du même jour, le préfet de l'Essonne a donné délégation à M. A E, chef du bureau de l'asile, pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. En second lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour ne pas renouvelé son attestation de demandeur d'asile, pour l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et pour fixer le pays de destination. Il précise notamment que " M. B ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai supérieur à 30 jours lui soit accordé ". Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit infondé.

4. En troisième lieu, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant se borne à soutenir que son droit d'être entendu aurait été méconnu dans la mesure où l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été pris sans être précédé de son audition. Toutefois M. B ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été ainsi empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée doit être écarté.

5. Enfin le moyen tiré de la violation des droits de la défense doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4.

Sur la légalité interne :

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".

7. La demande de protection internationale présentée par le requérant a été définitivement rejetée, comme il a été dit au point 1. Si par ailleurs M. B fait valoir des relations maritales et l'attente d'un enfant, ses allégations ne sont toutefois corroborées par aucune pièce du dossier. Par suite le préfet de l'Essonne n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision d'éloignement contestée.

Sur la décision fixant la durée du délai de départ volontaire à trente jours :

8. En premier lieu, qu'aux termes de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 susvisée : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. Les États membres peuvent prévoir dans leur législation nationale que ce délai n'est accordé qu'à la suite d'une demande du ressortissant concerné d'un pays tiers. Dans ce cas, les États membres informent les ressortissants concernés de pays tiers de la possibilité de présenter une telle demande. / Le délai prévu au premier alinéa n'exclut pas la possibilité, pour les ressortissants concernés de pays tiers, de partir plus tôt. / 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée de séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux () " et aux termes de de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

9. Contrairement à ce que soutient M. B, les dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permettent au préfet d'accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours et mentionnent expressément comme exception la situation personnelle de l'intéressé, ne sont pas incompatibles pour cette raison avec les dispositions de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008 qui prévoient que les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée de séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux. Dès lors les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont assuré de manière adéquate et complète la transposition de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008. Par suite M. B ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de la directive " retour " au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision contestée.

10. En deuxième lieu, les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'impliquent pas que l'autorité administrative, lorsque - comme c'est le cas en l'espèce - prend une décision de retour prévoyant un délai de départ volontaire de trente jours, démontre l'absence de circonstances particulières qui auraient pu, le cas échéant, justifier une prolongation de ce délai. A cet égard, lorsqu'elle accorde le délai de trente jours, l'autorité administrative n'a pas à motiver spécifiquement cette décision, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation ou justifie avoir informé l'autorité administrative d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle susceptibles de rendre nécessaire, au sens des dispositions précitées, une telle prolongation. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision octroyant à M. B un délai de départ volontaire de trente jours serait insuffisamment motivée doit être écarté.

11. Enfin il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant. S'il fait désormais valoir avoir noué des relations maritales et attendre un enfant, ses allégations ne sont toutefois corroborées par aucune pièce du dossier. Par suite le préfet de l'Essonne n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en fixant la durée du délai de départ volontaire à trente jours.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. M. B produit aucun document nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation déjà portée sur sa situation par l'OFPRA et la CNDA auprès desquels il a déjà pu faire valoir ses arguments. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2023 du préfet de l'Essonne doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

M. Brumeaux Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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