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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303589

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303589

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantCOLLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mai et 4 mai 2023, M. B A, alors détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- toute sa famille se trouve en France ;

- il est en couple et va bientôt être père d'un enfant ;

- il ne connaît personne dans son pays d'origine ;

- il a sollicité un titre de séjour auprès de la préfecture de Seine-et-Marne et a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour ;

- il a été à l'école en France ;

- il ne constitue pas un trouble à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Le Gars pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 mai 2023 :

- le rapport de M. Le Gars ;

- les observations de Me Collet, avocat désigné d'office représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et qui soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entré en France en 2013 et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte-tenu notamment de l'absence de connexion familiale en Côte d'Ivoire ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A ressortissant ivoirien né le 20 avril 2002, est entré sur le territoire français depuis dix ans, selon ses déclarations, sans être en possession des documents et visa exigés à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a été condamné le 15 février 2023 par la cour d'appel de Paris à dix mois d'emprisonnement pour " détention non autorisée de stupéfiants, récidive, refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie et acquisition non autorisée de stupéfiants, récidive ". Par un arrêté du 25 avril 2023, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes des dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2o L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ".

3. Si M. A soutient être entré en France en 2013, à l'âge de onze ans, les pièces qu'il verse au dossier, sont insuffisantes à justifier de cette allégation, étant précisé que le préfet de l'Essonne verse au dossier un extrait du Fichier National des Etrangers (FNE) mentionnant que M. A est entré irrégulièrement en France le 1er janvier 2016, fait non contesté par l'intéressé. Le requérant ne justifie pas davantage par les pièces qu'il produit de sa résidence habituelle sur le territoire français pour la période comprise entre 2015 et 2020, les seuls éléments faisant état d'une présence ponctuelle sur le territoire français au cours de cette période étant les différentes infractions pénales signalées à partir de 2016. Enfin, si M. A se prévaut d'une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Paris du 13 octobre 2021 suspendant une précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, cette ordonnance est dépourvue de l'autorité de chose jugée qui s'attache à un jugement au fond compte-tenu de son caractère provisoire et ne saurait valoir, dans la présente instance, preuve de la résidence habituelle sur le territoire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir, compte tenu des documents qu'il produit, que le préfet de l'Essonne aurait méconnu les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()".

5. M. A se prévaut de la présence de sa famille, et notamment de ses parents, sur le territoire français. Toutefois, l'intéressé ne verse au dossier aucune pièce de nature à établir la réalité et l'intensité de ses liens qu'il entretient avec ces derniers. Si M. A a également indiqué dans son mémoire complémentaire être en couple et que sa compagne serait enceinte, il n'apporte aucun élément au soutien de ces allégations. En outre, s'il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié de plusieurs attestations provisoires de séjour valables du 6 décembre 2021 au 5 mars 2022 puis du 20 juillet 2022 au 19 octobre 2022, l'intéressé ne conteste pas être aujourd'hui en situation irrégulière sur le territoire français. Par ailleurs, si l'intéressé verse au dossier différentes pièces, telles que des justificatifs de scolarité pour les années scolaires 2013/2014 et 2014/2015 ou encore les titres de séjour de ses parents, ces éléments ne suffisent pas à caractériser une insertion significative du requérant dans la société française. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a été condamné le 15 février 2023 par la cour d'appel de Paris à dix mois d'emprisonnement pour " détention non autorisée de stupéfiants, récidive, refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie et acquisition non autorisée de stupéfiants, récidive ". Il a, également, fait l'objet de vingt-six signalements entre 2016 et 2022 et a fait usage de plusieurs alias. Dans ces conditions quand bien même il n'aurait plus de famille dans son pays d'origine ainsi qu'il l'allègue, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait une atteinte excessive au droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 25 avril 2023 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

J. Le Gars La greffière,

Signé

A. Sambake

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2

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