vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2303602 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SELUR PAMLAW - AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 25 avril 2023 et le 15 avril 2024, la société Free mobile, représentée par Me Martin, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 12 décembre 2022 par lequel le maire de Magnanville s'est opposé à la déclaration préalable de travaux qu'elle a déposée le 21 novembre 2022 en vue de l'installation d'un pylône relais de radiotéléphonie mobile sur un terrain sis chemin de Romilly à Magnanville, ensemble la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le maire de Magnanville sur le recours gracieux qu'elle a formé le 30 décembre 2022 contre cet arrêté ;
2°) d'enjoindre au maire de Magnanville de prendre une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Magnanville une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une double erreur de droit au regard des dispositions de l'article 2.1.1 du règlement de la zone AV du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Grand Paris Seine et Oise sur lesquelles il est fondé, dès lors, d'une part, que le pylône relais de radiotéléphonie mobile envisagé n'est pas une " construction " et n'entre donc pas dans le champ d'application de ces dispositions, et, d'autre part, que cet arrêté ne fait pas état des éléments d'appréciation de la qualité du site sur lequel l'installation est projetée ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 2.1.1 du règlement de la zone AV du PLUi de Grand Paris Seine et Oise ;
- la demande de substitution de motifs de la commune de Magnanville ne saurait être accueillie, dès lors qu'elle a pour objet de pallier l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté ;
- les motifs invoqués par la commune en cours d'instance ne peuvent légalement justifier l'arrêté querellé, dès lors que le projet litigieux ne méconnaît pas les dispositions de l'article 4.1.1 de la partie 1 du règlement du PLUi qui seules lui sont applicables.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 février et 2 mai 2024, la commune de Magnanville, représentée par Me Seno, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 12 000 euros soit mise à la charge de la société Free mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés ;
- deux motifs autres que ceux indiqués dans l'arrêté attaqué sont de nature à justifier légalement l'opposition à la déclaration préalable de travaux déposée par la société Free mobile, à savoir la méconnaissance des dispositions de l'avant dernier alinéa de l'article 4.1.1 de la partie 1 du règlement du PLUi et de l'article 3.1.1 du règlement de la zone AV ;
- les conclusions injonctives présentées par la société Free mobile sont devenues sans objet, dès lors que le juge des référés-suspension lui a déjà enjoint, par une ordonnance du 7 novembre 2023, de délivrer à cette société une attestation de décision de non-opposition à déclaration préalable.
Par une ordonnance du 3 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 20 mai 2024.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution des dispositions de l'avant dernier alinéa de l'article 4.1.1 de la partie 1 du règlement du PLUi de Grand Paris Seine et Oise et de l'article 3.1.1 du règlement de la zone AV à celles de l'article 2.1.1 du règlement de la zone AV comme base légale de l'arrêté attaqué.
Vu :
- l'ordonnance n° 2308542 du 7 novembre 2023 du juge des référés du tribunal administratif de Versailles ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Connin, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Benoit, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Lehmann, substituant Me Seno, pour la commune de Magnanville.
Considérant ce qui suit :
1. La société Free mobile a déposé le 21 novembre 2022 une déclaration préalable de travaux en vue de l'installation d'un pylône destiné à accueillir un relais de radiotéléphonie mobile sur une parcelle cadastrée section ZE n° 5 située chemin de Romilly à Magnanville, en zone AV du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Grand Paris Seine et Oise. Par un arrêté du 12 décembre 2022, le maire de Magnanville s'est opposé à cette déclaration préalable. La société Free mobile demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ensemble la décision implicite de rejet née le 2 mars 2023 du silence gardé par le maire de Magnanville sur son recours gracieux formé le 30 décembre 2022 et reçu le 2 janvier 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'avant dernier alinéa de l'article 4.1.1 de la partie 1, relative aux définitions et dispositions communes, du règlement du PLUi de Grand Paris Seine et Oise : " Tout projet relatif à l'implantation d'installations liées à la télécommunication, les antennes et pylônes, sont conçus tant dans leur localisation que leur morphologie pour limiter leur impact visuel dans le paysage et en évitant toute forme de dissimulation mal adaptée (imitation de cheminée aux dimensions excessives, arbre artificiel). " L'article 2.1.1 du règlement de la zone AV du PLUi, relatif à la règle générale d'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques ou privées, prévoit que : " Le choix d'implantation des constructions s'effectue en prenant en compte la topographie du terrain et du paysage environnant, et en poursuivant un objectif de limitation de leur impact visuel sur le paysage. () ". L'article 3.1.1 du règlement de la zone AV, relatif à la règle générale tenant à la qualité paysagère et écologique, dispose que : " Cette zone regroupe les espaces à dominante agricole ou situés dans un environnement naturel. / L'objectif est de préserver la dominante naturelle de ces espaces et les caractéristiques propres à chacun d'eux. / Tous les travaux, ouvrages, installations, constructions ou aménagements de constructions existantes, par leur situation, leurs dimensions, leur conception, leur mode de réalisation, leur aspect extérieur, prennent en compte l'intérêt et la qualité des lieux, des sites, des paysages naturels ainsi que la conservation des perspectives paysagères. "
3. Pour l'application de l'ensemble de ces dispositions, l'autorité administrative doit apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction ou l'installation est projetée, et évaluer, dans un second temps, les conséquences que cette construction ou cette installation, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
4. En premier lieu, il résulte de leurs termes mêmes que les dispositions précitées de l'article 2.1.1 du règlement de la zone AV ne s'appliquent qu'aux constructions, définies par le PLUi comme " [des] ouvrage[s] fixe[s] et pérenne[s], comportant ou non des fondations, et générant un espace utilisable par l'Homme en sous-sol ou en surface. " Or, le pylône relais de radiotéléphonie mobile envisagé, qui ne génère aucun espace utilisable par l'Homme, ne peut être qualifié de construction au sens de ces dispositions. Par suite, l'arrêté attaqué ne pouvait légalement être pris sur le fondement des dispositions précitées de l'article 2.1.1 du règlement de la zone AV du PLUi de Grand Paris Seine et Oise.
5. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
6. En l'espèce, l'arrêté attaqué, motivé par une mauvaise insertion du pylône litigieux dans son environnement, trouve son fondement légal dans les dispositions précitées de l'article 4.1.1 de la partie 1 du règlement du PLUi et de l'article 3.1.1 du règlement de la zone AV. Ces dispositions peuvent être substituées, comme le demande la commune de Magnanville, à celles de l'article 2.1.1 du règlement de la zone AV, dès lors que le projet entre dans le champ d'application tant de l'article 4.1.1 de la partie 1 du règlement du PLUi que de l'article 3.1.1 du règlement de la zone AV, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver la société requérante d'aucune garantie, et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Est sans incidence sur la substitution de base légale ainsi opérée la circonstance que l'arrêté contesté serait insuffisamment motivé, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté n'étant, au demeurant, pas invoqué par la société requérante.
7. Il résulte de ce qui précède que l'erreur de droit relevée au point 4 du présent jugement n'est pas de nature à entacher d'illégalité l'arrêté attaqué.
8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'assiette du projet est située dans un espace naturel et agricole qui ne présente aucune particularité notable. Elle jouxte au Nord-Ouest un terrain où est implanté un centre équestre derrière lequel se trouvent déjà trois pylônes relais de radiotéléphonie mobile. Le pylône envisagé, d'une hauteur de 24 mètres, sera installé devant ce centre équestre, à proximité d'un espace boisé. Ainsi, tant la localisation du projet que le choix d'un pylône de type treillis métallique sont de nature à limiter les incidences visuelles du projet sur les paysages environnants et tiennent compte de la conservation des perspectives paysagères. Dans ces conditions, le maire de Magnanville a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article 4.1.1 de la partie 1 du règlement du PLUi et de l'article 3.1.1 du règlement de la zone AV en prenant l'arrêté attaqué.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Free mobile est fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle attaque. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. D'une part, si, par une ordonnance du 7 novembre 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Versailles a, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, enjoint au maire de Magnanville de délivrer à la société requérante une attestation de décision de non-opposition à la déclaration préalable litigieuse, cette seule circonstance n'a pas pour effet de priver d'objet les conclusions présentées à l'occasion du recours en annulation introduit parallèlement à la demande en référé tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de prendre une décision de non-opposition à déclaration préalable.
11. D'autre part, le présent jugement censure l'ensemble des motifs que le maire de Magnanville a énoncés dans l'arrêté attaqué du 12 décembre 2022. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de cet arrêté interdiraient au maire de prendre une décision de non-opposition pour un motif qu'il n'a pas relevé, ou qu'un changement dans les circonstances de fait y ferait obstacle à la date du présent jugement. Il suit de là que l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le maire de Magnanville prenne une décision de non-opposition à la déclaration préalable de travaux que la société Free mobile a déposée le 21 novembre 2022. Il y a lieu d'enjoindre au maire de prendre cette décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Free mobile, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Magnanville demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Magnanville une somme de 1 800 euros au titre des frais exposés par la société Free mobile et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 12 décembre 2022 du maire de Magnanville et la décision implicite du 2 mars 2023 portant rejet du recours gracieux de la société Free mobile sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Magnanville de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable de travaux déposée le 21 novembre 2022 par la société Free mobile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Magnanville versera à la société Free mobile une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Free mobile et à la commune de Magnanville.
Délibéré après l'audience publique du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- Mme Milon, première conseillère,
- M. Connin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le rapporteur,
Signé
N. Connin
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud
La greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
4
N° 1901371
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026