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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303604

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303604

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSAEDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires enregistrés le 27 avril 2023, le 28 septembre 2023, le 20 juillet 2024 et le 22 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Saedi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2023 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son fils né en 2017 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines d'autoriser le regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son fils dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la motivation en droit de l'arrêté contesté est erronée ;

- l'arrêté contesté est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il est exclusivement fondé sur le caractère insuffisant de ses ressources sans prise en compte d'éléments circonstanciés relatifs à sa situation familiale ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juin 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme Lutz a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 11 juin 1984, bénéficiaire de la protection subsidiaire depuis le 15 janvier 2013 et titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 19 novembre 2030, demande l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2023 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de son fils né en 2017.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet des Yvelines s'est fondé pour refuser à M. A l'autorisation de regroupement familial sollicitée. Si cet arrêté cite de manière erronée les anciens articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs au regroupement familial, ses visas comportent la bonne numérotation et le corps de l'arrêté rappelle le contenu des dispositions applicables. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille () ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes () ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande. Dans ce dernier cas, la période de référence de douze mois est celle précédant la date de la décision par laquelle le préfet statue sur la demande de regroupement familial.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport d'enquête sur le logement et les ressources établi par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que la moyenne des ressources de M. A pour la période du 1er juin 2021 au 31 mai 2022 était de 1 101,22 euros net, alors que le montant mensuel net du salaire minimum de croissance était de 1 230, 60 euros au 1er janvier 2021, et de 1 269,02 euros au 1er janvier 2022. Par suite, le préfet des Yvelines était fondé à constater que M. A ne remplissait pas les conditions de ressources à la date de l'arrêté contesté. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté, qui procède également à l'examen de la situation familiale de A, que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée au regard du montant des ressources de l'intéressé. Si M. A fait valoir que sa situation financière a évolué de manière favorable notamment avec la signature d'un contrat de professionnalisation avec la société Stellantis Auto SAS en avril 2024, ces éléments sont postérieurs à l'acte attaqué et restent sans influence sur sa légalité. En tout état de cause, il appartient au requérant, s'il s'y croit fondé, de présenter une nouvelle demande prenant en compte les changements intervenus dans sa situation depuis l'intervention de la décision attaquée du 15 mars 2023. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit par suite être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions requises tenant aux ressources ou au logement, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale. De plus, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. La décision attaquée n'a pas pour effet de porter une atteinte disproportionnée à la situation familiale de M. A, qui a toujours vécu séparé de son épouse et de son fils et qui leur rend visite régulièrement pour de longs séjours, comme en Iran entre décembre 2022 et mars 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

F. Lutz La présidente,

signé

J. Sauvageot

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2303604

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