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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303659

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303659

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat Belot
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2023, M. B A, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 16 mars 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le dernier retrait de points sur son permis de conduire, lui a rappelé les précédentes décisions de retrait de points, a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux dans un délai de dix jours ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de vingt-et-un points de son permis de conduire à la suite des infractions relevées les 19 avril 2015, 14 juillet 2015, 17 juillet 2015, 1er novembre 2016, 26 décembre 2016, 9 juin 2018, 14 juillet 2018, 15 juillet 2018, 6 octobre 2019, 24 novembre 2020, 2 décembre 2020 et 4 mars 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points retirés à la suite de ces infractions et de rétablir le capital de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu l'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des infractions relevées les 19 avril 2015, 14 juillet 2015, 17 juillet 2015, 1er novembre 2016, 26 décembre 2016, 9 juin 2018, 14 juillet 2018, 15 juillet 2018, 6 octobre 2019, 24 novembre 2020 et 2 décembre 2020 ;

- la décision " 48 SI " du 16 mars 2023 est insuffisamment motivée en tant qu'elle concerne l'infraction relevée le 4 mars 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Bélot, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative selon la procédure prévue par cet article.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bélot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a commis les 19 avril 2015, 14 juillet 2015, 17 juillet 2015, 1er novembre 2016, 26 décembre 2016, 9 juin 2018, 14 juillet 2018, 15 juillet 2018, 6 octobre 2019, 24 novembre 2020, 2 décembre 2020 et 4 mars 2021 douze infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de vingt-et-un points sur son permis de conduire. Par une décision " 48 SI " du 16 mars 2023, le ministre de l'intérieur lui a notifié le dernier retrait de points sur son permis de conduire, lui a rappelé les précédentes décisions de retrait de points, a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux dans un délai de dix jours. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions de retrait de points :

2. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

3. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

4. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A que l'intéressé s'est acquitté des amendes forfaitaires correspondant aux infractions commises les 19 avril 2015, 14 juillet 2015, 17 juillet 2015, 1er novembre 2016, 26 décembre 2016, 9 juin 2018, 14 juillet 2018, 15 juillet 2018, 6 octobre 2019, 24 novembre 2020, 2 décembre 2020, constatées au moyen d'un radar automatique. Ainsi, M. A a nécessairement reçu un courrier du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ce paiement. Dès lors, l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation des décisions de retrait de points doivent être rejetées.

En ce qui concerne la légalité de la décision " 48 SI " du 16 mars 2023 :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions que doit être motivée la décision référencée " 48 SI " par laquelle le ministre de l'intérieur constate l'invalidation du permis de conduire de l'intéressé.

7. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée a été établie sur un formulaire type qui vise les articles L. 223-1 et L. 223-3 du code de la route et rappelle la date, l'heure, le lieu de chaque infraction ayant entraîné un retrait de points, ainsi que le nombre de points retirés. Cette décision, qui n'est pas stéréotypée, contient ainsi les éléments de fait et de droit permettant à son destinataire de connaître ses motifs, l'indication de ce que la réalité de l'infraction relevée le 4 mars 2021 était établie par la condamnation devenue définitive prononcée à l'encontre de M. A le 19 juillet 2022 par la cour d'appel de Versailles présentant, notamment, un caractère suffisamment précis. Dans ces conditions, cette décision satisfait à l'obligation de motivation imposée par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision " 48 SI " du 16 mars 2023 doit être écarté.

8. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points successives ayant été rejetées, le solde de points du permis de conduire de M. A reste nul.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du 16 mars 2023 du ministre de l'intérieur doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions de M. A à fin d'injonction doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

S. BélotLa greffière,

signé

G. Le Pré

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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