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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303809

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303809

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantKHENICHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, M. A C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 avril 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale.

Le requérant soutient qu'il ne souhaite pas retourner en Allemagne mais souhaite rester en France.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit d'observations, mais qui a versé au dossier des pièces qui ont été enregistrées et communiquées, le 22 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°603/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Blanc, vice-président pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 juin 2023 qui s'est tenue en présence de Mme Sambake, greffière :

- le rapport de M. Blanc ;

- les observations de Me Kheniche, commis d'office, représentant M. C, présent, assisté de M. B, interprète en langue patcho, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et soutient en outre que l'arrêté en litige a été pris en méconnaissance de son droit à mener une vie privée et familiale normale ; en effet, il a tout son entourage en France, étant hébergé chez des amis pakistanais en France en séjour irrégulier ; il est arrivé à 32 ans en Allemagne, le 18 mars 2023 ; il n'a pas eu conscience de demander l'asile ; il a par ailleurs quitté le Pakistan en raison de menaces, ayant entraîné le décès de son père et l'emprisonnement de son frère ;

- le préfet de l'Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant pakistanais né le 10 mai 1990, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, auprès des services du préfet de l'Essonne. Une attestation de demandeur d'asile lui a ainsi été remise le 23 mars 2023. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données relevées dans le système Visabio a révélé que l'intéressé était entré sur le territoire français au moyen d'un visa délivré par les autorités allemandes le 27 février 2023. Saisies d'une demande de prise en charge de M. C, les autorités allemandes ont accepté cette requête, le 6 avril 2023, sur le fondement de l'article 12 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. Par un arrêté du 27 avril 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'État, à la détermination de l'État responsable en application du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ".

3. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".

4. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. Si M. C soutient qu'il ne souhaite pas retourner en Allemagne, et qu'il aspire à une vie paisible en France, il n'explique pas en quoi les autorités françaises devraient déroger aux règles de compétence, ainsi que le leur permet l'article 17 du règlement précité, en matière d'asile et examiner sa demande. Dès lors, et alors même qu'il appartenait à M. C, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, le moyen qu'il présente n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut qu'ainsi être écarté.

6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. C fait valoir qu'il a tout son entourage en France et qu'il est hébergé chez des amis pakistanais en France, il n'a produit aucun élément de nature à établir l'existence ou l'intensité des attaches dont il déclare disposer en France. Dès lors, en décidant son transfert vers l'Allemagne, le préfet de l'Essonne n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte qui serait disproportionnée au regard du but en vue duquel cette mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 avril 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande de protection internationale. Par suite, sa requête ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

Ph. Blanc

La greffière,

Signé

A. Sambake

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2303809

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