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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303870

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303870

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303870
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMEGHERBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mai 2023 à 17 heures 25 au tribunal administratif de Versailles, M. C, représenté par Me Megherbi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-il est entré en France le 24 décembre 2014 sous couvert d'un visa C et sa vie privée et familiale est depuis lors exclusivement établie sur le territoire ; malgré ses relances, le préfet des Yvelines n'a jamais accédé à ses demandes répétées de rendez-vous en vue de régulariser sa situation en qualité de salarié ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée et n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation administrative avant de l'obliger à quitter le territoire ;

-son comportement ne caractérise pas une menace pour l'ordre public, il n'a jamais été condamné et les faits qui lui sont reprochés ne sont pas avérés ;

-la décision portant interdiction de séjour et signalement aux fins de non admission porte une atteinte grave au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'elle a pour effet de le priver de son activité professionnelle et qu'il a toujours observé un comportement irréprochable sans troubler l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 juin 2023 :

- le rapport de Mme B

- les observations de Me Megherbi représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur l'impossibilité devant laquelle il a été placé de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour ;

- le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. C, ressortissant algérien né le 13 janvier 1979, s'est vu refuser la délivrance d'un premier titre de séjour par une décision du 7 octobre 2016 du préfet de l'Eure. Il s'est ensuite maintenu sur le sol français jusqu'à son interpellation le 11 mai 2023 et a été placé en garde à vue le même jour alors qu'il était en possession de faux documents administratifs. Par une décision du 11 mai 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

2. La décision attaquée du préfet de l'Essonne énonce qu'aucun élément corroborant les dires de M. C relatifs aux démarches effectuées en vue de la régularisation de sa situation ne ressort au Fichier National des Etrangers. Le requérant verse toutefois au dossier les correspondances adressées à trois reprises par son avocat au service des étrangers de la préfecture de l'Essonne et notamment le questionnaire complété renvoyé le 19 octobre 2022 auquel aucune suite n'a été donnée. Par suite, dans les circonstances de l'espèce et alors que le requérant a entendu présenter tous les éléments en sa possession justifiant d'une activité exercée au moins depuis le 9 mai 2018 sur le territoire en qualité de plombier, le préfet ne peut être regardé comme ayant procédé à un examen particulier de sa situation.

3. Par suite, faute pour le préfet d'avoir satisfait à cette exigence, la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière et M. C est fondé à en demander l'annulation.

4. Le présent jugement implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet de l'Essonne ou le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. C et lui délivre une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros qui sera versée à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a fait obligation à M. C de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. B La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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