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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303886

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303886

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303886
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrate Caron
Avocat requérantDEHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2023, M. A B, représenté par Me Dehan, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur lui a retiré des points sur son permis de conduire à la suite d'infractions commises les 4 janvier 2019, 20 février 2020 et 17 octobre 2021, ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points correspondant à ces infractions sur le capital de son permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la réalité des infractions n'est pas établie ;

- il n'a pas reçu l'information prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions de retraits de points consécutives aux infractions constatées les 20 février 2020 et 4 janvier 2019 sont irrecevables pour tardiveté ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a commis les 4 janvier 2019, 20 février 2020 et 17 octobre 2021, différentes infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de l'ensemble des points du capital affecté à son permis de conduire. Par une décision " 48 SI " du 4 juin 2022, le ministre de l'intérieur a récapitulé l'ensemble de ces décisions de retraits de points, a invalidé son permis de conduire, et lui a enjoint de le restituer. M. B demande l'annulation des décisions portant retraits de points de son permis de conduire consécutives aux infractions commises les 4 janvier 2019, 20 février 2020 et 17 octobre 2021, ainsi que de la décision implicite portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions commises :

2. En vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Il résulte de ces mêmes dispositions que l'établissement de la réalité de l'infraction entraîne la réduction de plein droit du nombre de points dont est affecté le permis de conduire de l'intéressé.

3. Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

4. Il ressort du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. B, édité le 22 juin 2023, que l'infraction relevée le 17 octobre 2021 a donné lieu, en l'absence du paiement de l'amende forfaitaire afférente dans le délai de quarante-cinq jours, à l'émission d'un titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée. M. B n'établit pas, ni même n'allègue, avoir présenté une requête en exonération ou formé une réclamation. Dès lors, conformément à ce qui précède, la réalité de l'infraction du 17 octobre 2021 est établie. Il ressort par ailleurs du relevé d'information intégral que M. B a payé les amendes forfaitaires afférentes aux infractions commises les 4 janvier 2019 et 20 février 2020. La réalité de ces infractions est donc également établie.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

5. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III.- Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

6. Il résulte des dispositions précitées du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

S'agissant des infractions commises les 4 janvier 2019 et 20 février 2020 :

7. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction relevée par radar automatique ou relevée au moyen d'un procès-verbal électronique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

8. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B, que les infractions commises les 4 janvier 2019 et 20 février 2020 ont été relevées par procès-verbal électronique, et que l'intéressé s'est acquitté de l'amende forfaitaire correspondant à ces infractions. M. B ne justifie, ni même n'allègue, avoir été destinataire d'avis inexacts ou incomplets. Dès lors, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté pour les infractions litigieuses.

S'agissant de l'infraction commise le 17 octobre 2021 :

9. Il ressort des pièces du dossier que l'infraction du 17 octobre 2021, qui a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, a fait l'objet d'un procès-verbal électronique ne comportant pas les mentions exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ce procès-verbal électronique ne comporte par ailleurs ni la signature de M. B, ni l'indication que celui-ci aurait refusé de le signer, de sorte que rien ne permet d'établir que le requérant a disposé des informations nécessaires préalablement au retrait de points litigieux. Si le ministre fait valoir que M. B a pu bénéficier de ces informations à l'occasion de plusieurs infractions antérieures récentes, le relevé d'information intégral relatif à son permis de conduire ne fait pas état de la commission antérieure d'une infraction identique à celle relevée le 17 octobre 2021, et aucun des éléments produits ne permet d'établir que l'intéressé aurait reçu une information sur la qualification de cette infraction. Dans ces conditions, M. B a été privé d'une garantie, et il est fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de trois points consécutive à cette infraction.

10. Il résulte de tout ce qui procède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 17 octobre 2021(trois points), et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux en tant qu'elle concerne cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement implique seulement que l'administration restitue à M. B les trois points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite de l'infraction constatée le 17 octobre 2021. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à cette restitution dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a procédé au retrait de trois points sur le solde du permis de conduire de M. B à la suite de l'infraction commise le 17 octobre 2021, ainsi que la décision rejetant le recours gracieux de M. B en tant qu'elle concerne cette décision de retrait de points, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à M. B les trois points retirés de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 17 octobre 2021, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La magistrate désignée

signé

V. CLa greffière

signé

N. Mélia

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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