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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2303903

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2303903

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2303903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOAMAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 mai 2023, le 11 août 2023 et le 22 mars 2024, M. B A, représenté par Me Boamah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et n'a pas été prise au terme d'un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; les faits sont anciens ; il fait preuve de réels efforts d'intégration depuis sa sortie de détention ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du même code compte tenu de la durée de sa présence et de l'intensité de ses attaches sur le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au le préfet de l'Essonne qui n'a pas présenté d'observation en défense.

Par ordonnance du 25 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 8 avril 2024.

Un mémoire présenté pour le préfet de l'Essonne a été enregistré le 31 mai 2024, postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- et les observations de Me Miralles, substituant, Me Boamah.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de République Démocratique du Congo a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 7 mars 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer ce titre.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 435-1, fondement de la demande de titre de séjour présenté par M. A ainsi que l'article L. 432-1 du même code. Après avoir rappelé les signalements et condamnations pénales dont l'intéressé a fait l'objet, la décision indique que le titre sollicité ne peut lui être délivré dès lors qu'il représente une menace pour l'ordre public. L'arrêté attaqué contient ainsi les circonstances de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A avant de prendre la décision en litige.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "

5. Ainsi que l'indique la décision en litige, M. A fait l'objet d'une quarantaine de signalements au traitement des antécédents judiciaires pour des faits commis entre 2009 et 2021, principalement en lien avec les infractions à la législation sur les stupéfiants mais également de nombreux délits routiers, dont des refus d'obtempérer, des faits de violences ou encore des outrages et rébellions. Si un certain nombre de ces signalements, qui ne sont pas sérieusement contestés, ont trait à des faits commis durant la minorité de M. A, une quinzaine de ces signalements datait de moins de quatre ans à la date de la décision attaquée. A cette date, il est constant que le casier judiciaire de M. A comportait la mention de six condamnations dont une condamnation à 4 mois d'emprisonnement le 7 octobre 2019 pour refus d'obtempérer et une condamnation à 10 mois d'emprisonnement le 30 mai 2021, pour acquisition, détention et transport de stupéfiants en récidive. Eu égard au nombre et à la gravité des faits reprochés à M. A et à leur caractère encore récent à la date de la décision attaquée, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Essonne a pu considérer que l'intéressé représentait une menace réelle et actuelle à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

7. Il ressort de pièces du dossier que M. A est arrivé à l'âge de deux ans sur le territoire français, où il a été pris en charge par une tante et scolarisé jusqu'au baccalauréat qu'il a obtenu en 2016. Malgré cette présence ancienne sur le territoire français, M. A ne peut toutefois pas se prévaloir d'une véritable intégration à la date de la décision attaquée, au regard notamment de son comportement troublant de manière récurrente l'ordre public. Il ne produit aucune preuve de suivi de formation ou de tentative d'intégration professionnelle avant sa sortie de détention en mai 2022, date à laquelle il a été embauché comme aide monteur dans une entreprise d'échafaudage. S'il fait également état de sa participation active au sein d'une entreprise de production musicale, ces éléments d'intégration présentaient un caractère très récent à la date de l'arrêté en litige. Au titre de sa vie privée et familiale, l'intéressé ne peut se prévaloir que de la présence en situation régulière de son frère, qui l'accompagne dans ses démarches, d'une tante et de cousins, avec lesquelles il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait des liens particuliers, et d'une personne de nationalité française se présentant comme sa compagne depuis 2013, sans produire toutefois aucun élément relatif à une quelconque vie commune. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Essonne a pu estimer que M. A ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant qu'il se voit délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, malgré la durée de sa présence en France.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés précédemment et alors que l'arrêté en litige se borne à lui refuser un titre de séjour sans assortir cette décision d'une obligation de quitter le territoire français, M. A n'est pas fondé à soutenir que cette décision porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gosselin, président,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Maitre

Le président,

Signé

C. Gosselin

La greffière,

Signé

S. Lamarre

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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