vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2304499 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | GERARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 et 28 juin 2023, et le 24 janvier 2024, M. E A C, représenté dans le dernier état de ses écritures par Me Gérard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2023 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il devait être renvoyé ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son avocate, une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté émane d'une autorité incompétente ;
- il est entaché d'irrégularité en l'absence de justification de l'existence de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il procède d'un examen insuffisant de sa situation, en particulier de son état de santé ;
- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre sur ce fondement et dès lors que le préfet s'est borné à se référer à l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle repose sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle contrevient à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.
L'instruction a été close, en dernier lieu, au 20 février 2024.
M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milon,
- et les observations de M. A C.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A C, ressortissant de la République démocratique du Congo né en 1963, déclare être entré en France le 24 juin 2019, muni d'un visa Schengen. Il a présenté une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un jugement rendu le 27 septembre 2022, le tribunal a annulé, pour insuffisance de motivation, l'arrêté du 16 septembre 2021 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le tribunal a également enjoint au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour. Par un arrêté du 2 mai 2023 pris au terme de ce réexamen, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il devait être renvoyé. M. A C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2023-01-30-00001 du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2023-024 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. B D, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle et familiale de M. A C, faisant, en particulier, mention du sens détaillé de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté procèderait d'un examen incomplet de la situation personnelle de M. A C, en particulier de son état de santé.
Sur les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention ''vie privée et familiale'' d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Et aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".
6. D'une part, le préfet des Yvelines a communiqué, dans la présente instance, l'avis émis le 29 novembre 2022 par le collège des médecins de l'OFII, lequel a considéré, comme mentionné dans l'arrêté attaqué, que l'état de santé de M. A C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et, enfin que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Dès lors, il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'OFII s'est prononcé sur la situation du requérant, contrairement à ce que ce dernier fait valoir.
7. D'autre part, l'arrêté, qui s'approprie les termes de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, comporte des éléments relatifs à la situation médicale de M. A C, et révèle que le préfet a exercé son pouvoir d'appréciation, contrairement à ce qui est soutenu.
8. Il ressort des pièces versées au dossier par le requérant que ce dernier a été victime, en 2019, d'un accident vasculaire cérébral dont il a conservé des séquelles caractérisées par une hémiparésie du côté droit, prise en charge par une rééducation fonctionnelle régulière. Il ressort également des pièces du dossier, notamment d'un certificat établi par son médecin traitant, que l'état de M. A C nécessite en particulier l'administration quotidienne de médicaments hypertenseurs. Si M. A C conteste la disponibilité, dans son pays d'origine, des médicaments qui lui sont prescrits en France, il ne produit aucune pièce de nature à remettre en cause la disponibilité, dans son pays d'origine, des molécules contenues dans ces médicaments, alors que le préfet des Yvelines justifie au contraire, en produisant la liste nationale des médicaments essentiels, que ces molécules y sont disponibles. M. A C ne conteste pas davantage l'accessibilité des molécules nécessaires à sa prise en charge dans son pays d'origine, où, d'après les précisions apportées en défense, non contestées, un régime d'assurance maladie universelle a notamment été mis en place. Si M. A C bénéficie d'une allocation aux adultes handicapés correspondant à un taux d'invalidité compris entre 50% et 80%, il n'établit, ni même n'allègue, que l'aide quotidienne d'une tierce personne lui serait nécessaire. Enfin, si le requérant fait valoir qu'il est atteint d'autres pathologies, les pièces qu'il produit ne justifient ni que l'absence de prise en charge de ces dernières serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'un traitement ne serait pas disponible dans son pays d'origine pour ces mêmes pathologies. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il est constant que M. A C réside en France, de façon continue, depuis le 24 juin 2019. S'il se prévaut de la présence régulière en France de sa fille, née en 1996, et de deux de ses frères, ainsi que d'un neveu, M. A C, qui se déclare célibataire et est hébergé dans une structure sociale, n'établit pas entretenir avec ces prétendus membres de famille des liens étroits alors, d'ailleurs, qu'il a déclaré être dépourvu d'enfant et de frères et sœurs, tant son pays d'origine qu'en France dans le formulaire de demande de titre de séjour. En se bornant à produire des pièces relatives à la formation qu'il a suivie en 2023 dans le cadre d'une réinsertion, M. A C ne justifie pas davantage d'une volonté suffisante d'insertion professionnelle. Enfin, il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale ou amicale dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 53 ans. Dès lors, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant l'arrêté quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que, pour contester la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus opposé à sa demande de titre de séjour.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
13. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, pour les motifs énoncés au point 8 ci-dessus.
14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A C doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d'injonction et d'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A C et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- Mme Mathou, première conseillère,
- Mme Milon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
A. Milon
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud La greffière,
Signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026