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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2304620

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2304620

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2304620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSOUIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2023, Mme B F E épouse D, représentée par Me Souidi, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer dans un délai de trois jours à compter du prononcé de l'ordonnance à intervenir, un récépissé attestant du dépôt de sa demande de carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, sur le fondement des mêmes dispositions, de se prononcer sur sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors qu'en refusant de lui délivrer un récépissé attestant du dépôt de son dossier de demande de titre de séjour, le préfet de l'Essonne l'oblige à se maintenir en France en situation irrégulière ; elle est privée de la possibilité de recevoir le diplôme d'Etat d'infirmière qu'elle prépare depuis plusieurs mois et d'exercer le métier d'infirmière à l'issue de sa formation, alors que les hôpitaux manquent de personnel infirmier ;

- pour les mêmes raisons, la mesure qu'elle demande est utile ;

- la mesure sollicitée n'est pas de nature à faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, dès lors qu'elle ne fait pas l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et qu'aucune décision n'a été prise par le préfet sur sa demande de titre de séjour ;

- elle remplit les conditions prévues par les articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour être admise au séjour en France en qualité de conjoint d'un ressortissant français ; elle a par ailleurs transmis l'ensemble des pièces requises pour que son dossier de demande de titre de séjour soit complet et puisse être examinée par les services de la préfecture.

Par un mémoire enregistré le 22 juin 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la demande de la requérante est en cours d'instruction et qu'elle ne produit aucun élément concret de nature à établir en quoi la situation actuelle préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Blanc, vice-président, pour statuer en qualité de juge des référés, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 juin 2023 en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience :

- le rapport de M. Blanc ;

- les observations de Mme A C, élève avocat, et de Me Souidi, pour Mme D, qui reprend ses moyens et ses conclusions et demande en outre qu'il soit enjoint à l'autorité administrative de rectifier les mentions erronées de la fiche AGDREF produite par le préfet, en corrigeant l'adresse figurant cette fiche ainsi que les conditions de son entrée sur le territoire français.

Mme D a produit une note en délibérée qui a été enregistrée le 22 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B F E épouse D, ressortissante péruvienne, née en 1993, est entrée en France le 3 octobre 2019. Elle a sollicité au cours du mois de janvier 2023 la délivrance d'un titre de séjour, en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un récépissé de dépôt de demande de titre de séjour ainsi que de rectifier les mentions du fichier AGDREF la concernant.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ".

5. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention d'un récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable, et de lui remettre un récépissé en application des dispositions précitées.

6. Il résulte de l'instruction que Mme D s'est présentée au rendez-vous que lui avait fixé les services de la préfecture le 14 mars 2023 pour déposer son dossier de demande de titre de séjour et qu'elle a, par ailleurs, conformément à la demande qui lui avait été faite, transmis aux services de la préfecture, via la plateforme en ligne, le 25 mars suivant, le billet d'avion par lequel elle était arrivée sur le territoire national. Elle a également répondu aux demandes qui lui ont été adressées pour compléter son dossier en utilisant le site centralisé ANEF. Elle s'est présentée le 6 juin 2023 au guichet afin de répondre à une nouvelle convocation des services de la préfecture pour déposer à nouveau son dossier de demande de titre de séjour, sans pour autant qu'un récépissé lui ait été délivré lors de ce rendez-vous. Si le préfet de l'Essonne fait valoir en défense que la demande de titre de séjour présentée par la requérante est actuellement en cours d'instruction, il n'est toutefois pas contesté que le dossier déposé par celle-ci est désormais complet et qu'elle a besoin de justifier de la régularité de son séjour en France pour obtenir au mois de juillet prochain le diplôme d'infirmière pour lequel elle suit une formation depuis le mois de décembre 2022 auprès du centre de formation et du développement des compétences de l'assistance des hôpitaux publics de Paris. La condition d'urgence doit, en conséquence, être regardée comme satisfaite.

7. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, la demande de titre de séjour de la requérante est toujours en cours d'instruction par les services de la préfecture. Par suite, la demande de Mme D ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Elle présente également un caractère utile, dès lors que l'absence de délivrance d'un récépissé place la requérante dans une situation irrégulière au regard du droit au séjour en France.

8. Dès lors qu'il n'est pas contesté que les extraits du fichier AGDREF correspondant au n° 7803164739 et concernant la requérante comportent des erreurs en ce qui concerne son adresse actuelle ainsi que les conditions de son entrée sur le territoire national en 2019, la demande de Mme D tendant à ce que ces mentions soient rectifiées présente également un caractère urgent et utile, afin d'éviter que l'instruction de sa demande de titre de séjour ne se poursuivent sur le fondement de circonstances qui seraient inexactes.

9. Il résulte de ce qui précède que sous réserve d'un changement de circonstances de droit et de fait, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne de délivrer à Mme D un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il y a également lieu d'enjoindre à l'autorité compétente de rectifier les mentions erronées relatives à l'adresse et aux conditions d'entrée en France de Mme D sur le fichier AGDREF correspondant au n° 7803164739. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir ces injonctions d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : Il est enjoint au préfet de l'Essonne, sous réserve d'un changement de circonstances de droit et de fait, de délivrer à Mme D un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : Il est enjoint à l'autorité compétente de rectifier les mentions erronées relatives à l'adresse et aux conditions d'entrée en France de Mme D sur le fichier AGDREF correspondant au n° 7803164739.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B F E épouse D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 28 juin 2023.

Le juge des référés,

signé

P. Blanc

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304620

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