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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2304644

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2304644

mercredi 26 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2304644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDIALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juin 2023, M. C A, représenté par Me Diallo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2023 du préfet de l'Essonne, en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Diallo en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ont été prises par une autorité incompétente ; elles méconnaissent sur ce point l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont insuffisamment motivées, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, dès lors qu'il n'a pas été préalablement entendu par le préfet et n'a pas pu présenter ses observations ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles méconnaissent l'article L. 541 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n°2008/115/CE du 17 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Mathé pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Mathé a été entendu au cours de l'audience publique du 17 juillet 2023, qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant mauritanien né le 14 septembre 1989 à Kaedi, a déposé une demande d'asile, le 12 février 2020. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 14 juin 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision du 15 décembre 2021. La demande de réexamen de M. A a été rejetée par l'OFPRA comme irrecevable le 31 octobre 2022. Par un arrêté du 17 mai 2023, le préfet de l'Essonne a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté, en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté n°2023-PREF-DCAPPAT-BCA-084 du 2 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°52 de la préfecture de l'Essonne du 2 mai 2023, le préfet de l'Essonne, département dans lequel réside le requérant, a donné délégation à M. B E, chef de bureau de l'asile, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F D, directeur de l'immigration et de l'intégration. Il n'est pas établi, ni même allégué, que ce dernier n'aurait pas été absent ou empêché. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, qui manque en fait, doit ainsi être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont elle fait application. Elle mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, qui sont suffisamment développées pour mettre utilement M. A en mesure de discuter les motifs de cette décision. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

6. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir directement de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, qui a été transposée par la loi n°2011-672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité. En tout état de cause, le requérant se borne à soutenir que le préfet ne l'a pas mis en mesure de présenter ses observations avant l'édiction de la décision attaquée, sans établir, ni même soutenir, qu'il avait sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il avait des éléments pertinents à porter à la connaissance de l'autorité préfectorale qui auraient pu influer sur le sens de la décision attaquée. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; / () 2° Lorsque le demandeur : / () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ". Aux termes de l'article L. 531-32 de ce même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne ; / 2° Lorsque le demandeur bénéficie du statut de réfugié et d'une protection effective dans un Etat tiers et y est effectivement réadmissible ; / 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ".

8. En l'espèce, la demande d'asile de M. A a été rejetée par une décision de l'OFPRA datée du 14 juin 2021 et notifiée le 29 juin 2021, confirmée par une décision de la CNDA datée du 15 décembre 2021 et notifiée le 21 décembre 2021, et la demande de réexamen présentée par l'intéressé a été rejetée comme irrecevable par une décision de l'OFPRA datée du 31 octobre 2022 et notifiée le 17 novembre 2022. En application des dispositions citées au point précédent, le droit au maintien sur le territoire français de M. A a pris fin avant l'édiction de la décision attaquée du 17 mai 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance de l'article R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne sont pas assortis des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. En sixième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sont inopérants à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a, par elle-même, ni pour objet ni pour effet de renvoyer le requérant, auquel la reconnaissance du statut de réfugié a, au demeurant, été refusée, dans son pays d'origine.

11. En septième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. M. A ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'il résiderait de manière habituelle et continue en France depuis le 7 janvier 2020. En outre, le requérant, qui ne conteste pas être célibataire sans charge de famille, n'établit pas avoir noué des liens amicaux importants sur le territoire français comme il le soutient, et il ne justifie d'aucune insertion particulière sur le territoire français. Par ailleurs, il n'est pas établi, ni même soutenu, qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en obligeant M. A à quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent et, en tout état de cause, dès lors que le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il risquerait d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, par le même arrêté que celui mentionné au point 4, M. E a reçu délégation de signature du préfet de l'Essonne à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cette décision manque ainsi en fait.

15. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qui mentionne que M. A n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.

16. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 et du droit à être entendu doit être écarté.

17. En quatrième lieu, la décision attaquée n'ayant que pour objet et pour effet de fixer le pays à destination duquel M. A est susceptible d'être renvoyé en exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

18. En cinquième lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance de l'article R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne sont pas assortis des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé.

19. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 12 et 13, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée, doivent être écartés.

20. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ".

21. Si le requérant soutient qu'il encourt des risques de persécution en cas de retour en Mauritanie, en raison de son engagement au sein du mouvement Nawtal Ngam Yellitaare, agissant contre la spoliation des terres en Mauritanie, il ne produit toutefois pas le moindre élément au soutien de ses allégations. Au demeurant, ainsi qu'il a été dit notamment au point 1, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA et par la CNDA. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

22. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 mai 2023 du préfet de l'Essonne, en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination de cette mesure d'éloignement. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. Mathé La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2304644

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