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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2304922

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2304922

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2304922
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMENGELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juin 2023, Mme B A C, représentée par Me Mengelle, demande à la juge des référés :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui fixer un rendez-vous pour le dépôt de sa demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle était titulaire d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français pour le renouvellement duquel elle avait sollicité un rendez-vous en préfecture dans les délais ; elle se trouve désormais en situation irrégulière ; en conséquence elle ne peut former de demande de logement social et risque de perdre son emploi de préparatrice de commandes ;

- la mesure demandée présente une utilité puisque le refus du préfet de l'Essonne de lui octroyer un rendez-vous pour le renouvellement de son titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte atteinte à sa liberté d'aller et venir ainsi qu'à son droit au respect de sa vie privée et familiale et l'expose à un éloignement du territoire national alors que sa fille est de nationalité française ; ainsi le refus du préfet méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- sa demande ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Le préfet de l'Essonne n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissant ivoirienne, née le 30 novembre 1991, était titulaire d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français valable jusqu'au 13 juin 2023. Le 21 mars 2023, elle a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour auprès de la préfecture de l'Essonne via la plateforme " démarchez-simplifiés.fr ". Après plusieurs semaines d'attente, sa demande a été classée sans suite au motif qu'elle devait être déposée via la plateforme du ministère de l'intérieur " administration-etrangers-en-France.interieur.gouv.fr " (ANEF). En dépit de nombreuses démarches et tentatives, Mme A C n'a pas été en mesure d'obtenir un rendez-vous pour le renouvellement de son titre de séjour via cette plateforme. Elle a, dès lors, saisi le juge des référés du tribunal afin qu'il enjoigne au préfet de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous pour le dépôt de sa demande.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour.

5. En l'espèce, la demande de rendez-vous sollicitée par Mme A C à compter du 21 mars 2023 tendait au renouvellement de son titre de séjour alors en cours de validité. La requérante établit, en outre, par les pièces qu'elle produit, qu'elle a tenté à plusieurs reprises de se connecter sur la plateforme ANEF dédiée vers laquelle elle avait été renvoyée après le classement sans suite de sa demande formée auprès de la préfecture de l'Essonne et que les dysfonctionnements du site ne lui ont pas permis d'obtenir un rendez-vous pour le dépôt de sa demande tandis que son titre de séjour est parvenu à expiration le 13 juin 2023. Dans ces conditions, Mme A C justifie de circonstances particulières impliquant qu'il soit fait droit prioritairement à sa demande de rendez-vous en préfecture. En outre, les conditions d'urgence et d'utilité prévues par les dispositions précitées sont satisfaites et la mesure d'injonction demandée ne fait obstacle à aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

6. Il résulte de ce qui précède, et eu égard à l'obligation qui pèse sur l'administration d'enregistrer les demandes de titre de séjour dans un délai raisonnable, qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Essonne de convoquer Mme A C afin de lui permettre de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros au titre des frais exposés par Mme A C et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de l'Essonne de convoquer Mme A C afin de lui permettre de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance en vue de la régularisation de sa situation.

Article 2 : L'Etat versera la somme de 500 euros à Mme A C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 11 juillet 2023.

La juge des référés,

Signé

S. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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