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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305101

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305101

mercredi 26 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHERVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Hervet, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, d'une part, de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, d'autre part, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- résidant en France de manière continue depuis 2016, elle a tenté de déposer son dossier de demande d'admission au séjour en qualité de conjointe d'un bénéficiaire d'une protection internationale sur le site internet de l'administration des étrangers en France mais s'est heurtée à des dysfonctionnements de ce site empêchant tout dépôt de sa demande ;

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors que l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable fait obstacle à l'instruction de sa demande, la place dans une situation d'insécurité juridique portant ainsi atteinte à sa liberté d'aller et venir et à son droit au respect de sa vie privée et familiale et l'empêche d'obtenir le récépissé l'autorisant à travailler auquel elle a droit ;

- la mesure est utile, dès lors qu'elle ne dispose d'aucune autre voie de recours ou de procédure alternative et qu'elle permet de pallier les importants dysfonctionnements induits par la dématérialisation de la procédure de prise de rendez-vous en préfecture ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2023, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la situation d'urgence n'est pas caractérisée ;

- la requérante peut se rendre à la préfecture pour se faire aider dans ses démarches, un point d'appui numérique ayant été ouvert en octobre 2021 et un guichet de dépôt étant dédié, sur rendez-vous, aux situations de blocage formellement constatées au point d'appui numérique.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Grenier, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née le 10 janvier 1999, déclare résider en France depuis 2016. Elle expose avoir vainement tenté d'obtenir un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande de titre de séjour en qualité de conjointe d'un bénéficiaire d'une protection internationale par l'intermédiaire de la plateforme de l'administration des étrangers en France (ANEF), mais s'être heurtée à des dysfonctionnements de cette plateforme empêchant tout dépôt de sa demande. Elle demande, en conséquence, au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Essonne, d'une part, de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et d'autre part, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. En l'espèce, si Mme A soutient avoir vainement tenté d'obtenir un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande de titre de séjour en qualité de conjointe d'un bénéficiaire d'une protection internationale par l'intermédiaire de la plateforme de l'administration des étrangers en France (ANEF) mais s'être heurtée à des dysfonctionnements du site empêchant tout dépôt de sa demande, elle ne produit à l'appui de sa requête qu'une seule capture d'écran, au demeurant non datée. Dans ces conditions Mme A n'établit pas qu'elle a été personnellement confrontée, sur une période suffisamment significative, à des difficultés pour prendre un rendez-vous en vue de déposer sa demande de titre de séjour. Ainsi les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure demandée prévues par l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peuvent être regardées comme satisfaites.

6. En outre, il n'appartient pas au juge administratif, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour à un ressortissant étranger, dès lors que cette délivrance est subordonnée au caractère complet du dossier déposé par ce ressortissant. Par suite les conclusions à fin d'injonction tendant à la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour sous astreinte présentées par Mme A doivent être rejetées.

7. Il résulte de qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 26 juillet 2023.

La juge des référés,

Signé

C. Grenier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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