jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2305102 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | LUCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 juin, 14 septembre et 6 octobre 2023, Mme C D, représentée par Me Luce, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, elle pourrait être reconduite d'office à la frontière à destination du pays dont elle a la nationalité, ou de tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne ou à tout préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement sous astreinte de 10 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil, Me Luce, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat, ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, qui lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme D soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;
- la procédure est irrégulière dès lors que l'avis du collège des médecins de l'OFII n'a pas été produit dans son entier ;
- il n'est pas établi que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins rendant l'avis médical ;
- il n'est pas établi que le docteur B pouvait signer en lieu et place du docteur E ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle méconnait les dispositions du 9°de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre.
La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit des pièces le 5 octobre 2023.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Rivet.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, ressortissante ivoirienne née le 28 janvier 1982, déclare être entrée en France en mai 2021. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de l'admettre au séjour en qualité d'étranger malade et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination de son retour.
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
4. En l'espèce, le préfet de l'Essonne, pour rejeter la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade de Mme D, s'est fondé sur l'avis du 5 décembre 2022 du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui indique que si l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire.
5. Or, il ressort des pièces du dossier et notamment du certificat médical du 23 août 2023 du docteur A, praticien hospitaliser au sein du service maladie infectieuse de l'hôpital sud francilien que l'infection par le VIH dont souffre Mme D a été dépistée en Espagne, et confirmée en France en mai 2021, qu'elle est traitée depuis le 27 mai 2021 par Dovato un médicament composé d'une association fixe de deux antirétroviraux actifs sur les virus de l'immunodéficience humaine (VIH), à savoir le Lamivudine et le Dolutégravir. Or, le Dovato n'est pas disponible en Côte d'Ivoire où il existe de graves problèmes de disponibilités de médicaments dans ce pays. Il ressort également des pièces produites que le Dolutégravir n'est disponible en Côte d'Ivoire qu'en combinaison avec deux autres antirétroviraux qui ne sont pas prescrits à la requérante et que le Dolutégravir présent dans le Dovato est du Dolutégravir sodique mais ceux commercialisés en Côte d'Ivoire par les laboratoires Aurobindo Pharma et Hetero Labs, comprennent une combinaison de trois antirétroviraux à savoir le Dolutégravir 50mg, le Lamiduvine 300 mg et du Ténofovir 300mg. Il ressort également du certificat établi par le docteur A que Mme D doit faire un bilan spécialisé avec une charge et CD4 deux fois par an, et que ce bilan n'est pas disponible en Côte d'Ivoire. Le préfet, qui a transmis l'avis du collège des médecins de l'OFII mais qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'apporte aucun élément de nature à établir que le traitement nécessaire à Mme D serait effectivement disponible en Côte d'Ivoire. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile et à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 9 décembre 2022 par laquelle le préfet de l'Essonne a refusé d'admettre Mme D au séjour en qualité d'étranger malade doit être annulé. Par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour, il y a lieu d'annuler également la décision datée du même jour portant obligation de quitter le territoire et celle fixant le pays de destination.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'administration de délivrer à Mme D un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Luce, avocate de Mme D renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Luce de la somme de 1000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 9 décembre 2022 du préfet de l'Essonne est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Essonne ou, à défaut au préfet territorialement compétent de délivrer à Mme D un titre de séjour portant la mention " étranger malade " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Sous réserve que Me Luce renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Luce, avocate du requérant, la somme de 1000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au préfet de l'Essonne et à Me Luce.
Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Mégret, présidente,
Mme Rivet, première conseillère,
M. Gibelin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
S. Rivet
La présidente,
signé
S. Mégret
La greffière,
signé
A. Gateau
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026