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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305106

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305106

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305106
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 et 30 juin 2023, M. B F, alors placé au centre de rétention administrative de Palaiseau, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et l'arrêté distinct du même jour par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une autorisation de séjour avec autorisation de séjour, de réexaminer sa situation administrative et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, sur le fondement des dispositions des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées de l'incompétence de leur auteur ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elle sont entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police de Paris, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ni versé de pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 juillet 2023 :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Sauvadet, substituant Me Berdugo, représentant M. F, présent et assisté de Mme A, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le requérant veut régulariser sa situation, qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, que c'est une première mesure d'éloignement et que les décisions de refus de délai de départ et d'interdiction de retour sont disproportionnées ;

- les observations de M. F ;

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F, ressortissant algérien né le 29 décembre 1999, déclare être entré en France en 2020. Par un arrêté du 25 juin 2023 pris sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office. Par un arrêté distinct du même jour, le préfet de police a pris à l'encontre de M. F une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans, en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. F demande l'annulation de ces décisions.

2. Par l'arrêté précité du 25 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français, le préfet de police de Paris a également ordonné le placement en centre de rétention de M. G pour une durée de quarante-huit heures. Cette mesure a été prolongée pour une durée de vingt-huit jours par une ordonnance du 27 juin 2023 du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire d'Evry.

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2023-056 du même jour, le préfet de police a donné à Mme D E, attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature des arrêtés attaqués. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués auraient été signés par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les arrêtés en litige visent les textes dont il est fait application, exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. F ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour lui faire obligation de quitter le territoire français, refuser d'accorder un délai de départ volontaire et fixer le pays de destination, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, ces arrêtés comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permettent ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation, de même que celui tiré du défaut d'examen personnel, doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. F est entré en France de manière irrégulière, en 2020. Il établit, par de nombreuses fiches de paie, son insertion professionnelle, possède son propre logement dont il produit les quittances de loyer, et fait valoir qu'il attendait d'avoir trois années de travail en France pour déposer une demande de titre de séjour. Toutefois, il est célibataire et sans charges de famille en France, et son entrée en France demeure récente. Dans ces conditions, en obligeant M. F à quitter le territoire français, le préfet, qui ne s'est pas fondé sur la menace à l'ordre public représentée par l'intéressé, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté contesté n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

8. En l'espèce, si le préfet a considéré, à tort, que M. F représentait une menace pour l'ordre public, alors qu'il n'a jamais été condamné pour les faits d'outrage aux forces de police qui lui sont reprochés, il s'est également fondé sur le fait que M. F était entré en France de manière irrégulière, qu'il n'avait pas déposé de demande de titre de séjour, et qu'il n'établissait pas détenir des documents d'identité ou de voyage ni présenter ainsi des garanties de représentation suffisantes, faits non contestés. Par suite, l'intéressé présente un risque de soustraction à la mesure d'éloignement au sens et pour l'application des dispositions précitées, et le moyen tiré de leur méconnaissance, de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-8 de ce code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

10. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour.

11. En l'espèce, M. F est entré sur le territoire français en 2020 à l'âge de vingt-et-un ans et s'est maintenu sur le territoire en faisant preuve d'une volonté d'insertion par le travail. Il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement par le passé. Eu égard à ses conditions de séjour en France, et alors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le requérant est fondé à soutenir qu'en fixant à trente-six mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de police de Paris a commis une erreur d'appréciation. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision portant interdiction de retour sur le territoire doit être annulée.

12. Il résulte de ce qui précède que M. F est seulement fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six-mois. Le surplus de ses conclusions à fin d'annulation doit ainsi être rejeté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ".

12. La présente décision implique qu'il soit mis fin au signalement de M. F dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 25 juin 2023, annulée par le présent jugement. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de police de Paris, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de prendre toutes mesures propres à mettre fin à ce signalement.

Sur les frais de l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. F et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police de Paris du 25 juin 2023 est annulé en tant qu'il porte interdiction de quitter le territoire français pendant une durée de trente-six mois.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou au préfet territorialement compétent, de mettre fin au signalement de M. F dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 25 juin 2023, annulée par le présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. F une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet de police de Paris.

Lu en audience publique le 3 juillet 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. C La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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