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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2305178

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2305178

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2305178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationUrgences
Avocat requérantCANDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 et 29 juin 2023, M. D A et M. B C, représentés par Me Candon, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2023 par lequel le préfet de l'Essonne les a mis en demeure de quitter le terrain agricole situé avenue Pierre-Mendès France à Dourdan dans un délai de vingt-quatre heures à compter de sa notification le 26 juin 2023 à 15h45 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué méconnaît le II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 et le I de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales en l'absence de demande préalable, le dépôt de plainte du propriétaire ne pouvant être regardé comme une telle demande ;

- il est illégal, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de l'arrêté du 15 septembre 2021 du maire de Dourdan, dès lors, premièrement que cet arrêté n'a pas été affiché, ni publié et n'était pas exécutoire ;

- deuxièmement, le maire de Dourdan n'était pas compétent pour édicter cet arrêté, en ce que la décision du 29 décembre 2020 de la communauté de communes du Dourdannais en Hurepoix n'était pas exécutoire, faute d'avoir été publiée ou affichée et transmise au contrôle de légalité et ne répondait pas aux conditions prévues par le I de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales ;

- troisièmement, la commune de Dourdan n'avait pas réalisé toutes les aires d'accueil des gens du voyage à sa charge, l'aire d'accueil sur le territoire de cette commune étant fermée depuis au moins le 30 janvier 2023 ;

- l'arrêté attaqué est illégal en raison de l'absence d'atteinte à la sécurité ou à la tranquillité publiques ou à l'ordre public ;

- enfin, le délai de 24 heures pour quitter les lieux est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Grenier pour statuer sur les requêtes visées à l'article L. 779-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 29 juin 2023, en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Grenier, magistrate désignée ;

- les observations de M. A qui fait valoir qu'il y a plusieurs personnes très malades dans le groupe qui ne peuvent pas circuler. Ils ont eu un rendez-vous avec les services de la mairie de Dourdan. L'aire d'accueil des gens du voyage de Dourdan est fermée. La mairie n'a pas voulu qu'ils occupent le terrain de camping. La mairie a pourtant des terrains qu'elle pourrait mettre à disposition. Le terrain de Brétigny est vide mais n'est pas adapté à la période estivale. Tous les terrains autour de Paris sont pleins. Ils se sont adressés à 25 communes sans succès. Il y a une trentaine de familles qui restent. Ils ont proposé d'indemniser le propriétaire. Il leur faut un mois pour trouver une solution. Les aires de grand passage sont ouvertes à partir de 50 familles seulement.

- les observations de M. C, qui confirme qu'il y a des personnes malades parmi leur groupe. Les branchements d'électricité sont sécurisés.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; / 2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 ; / 3° L'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet ; / 4° L'établissement public de coopération intercommunale est doté d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, sans qu'aucune des communes qui en sont membres soit inscrite au schéma départemental prévu à l'article 1er ; / 5° L'établissement public de coopération intercommunale a décidé, sans y être tenu, de contribuer au financement d'une telle aire ou de tels terrains sur le territoire d'un autre établissement public de coopération intercommunale ; / 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations () / II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain () / Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effets dans le délai fixé et n'a pas fait l'objet d'un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l'évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure () / II bis. Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine. ". Selon le I de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales : " () Par dérogation à l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, les maires des communes membres de celui-ci transfèrent au président de cet établissement leurs attributions dans ce domaine de compétences () ".

2. Aux termes de l'article R. 779-1 du code de justice administrative : " Les requêtes dirigées contre les décisions de mise en demeure de quitter les lieux mentionnés au II bis de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du présent code applicables aux requêtes en annulation, sous réserve des dispositions du présent chapitre. ". Selon l'article R. 779-8 du même code : " Les jugements sont rendus par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cet effet. Sauf mention expresse contraire dans la décision de désignation, les magistrats désignés au titre de l'article R. 222-13 assurent également ces fonctions. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, le 16 juin 2023, un groupe de gens de voyage comprenant 100 véhicules légers et 80 caravanes s'est installé sur des terrains privés situés avenue Pierre Mendès-France à Dourdan. Par un arrêté du 23 juin 2023, notifié le 26 juin suivant, dont MM. A et C demandent l'annulation, le préfet de l'Essonne a mis en demeure les occupants sans droit ni titre de ce terrain de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le propriétaire du terrain a porté plainte, le 16 juin 2023, contre cette occupation illicite du terrain lui appartenant, laquelle a donné lieu à un rapport de constatations de la gendarmerie le même jour. Le maire de Dourdan a également saisi le préfet de l'Essonne, le 16 juin 2023, en vue de mettre un terme à l'occupation illicite du terrain litigieux. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure sont serait entaché l'arrêté attaqué en l'absence de demande du propriétaire du terrain ou du maire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, il résulte des dispositions citées au point 1 que lorsqu'une commune, inscrite au schéma départemental, est dotée d'une aire d'accueil ou est membre d'un groupement de communes qui est compétent pour la mise en œuvre du schéma départemental, le préfet ne peut mettre en œuvre la procédure prévue à l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 que si un arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles a été auparavant pris par le maire. Si les obligations d'une commune en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage ont été transférées à un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, il appartient alors au président de cet établissement public de prendre l'arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles, à moins que le maire de la commune concernée ne se soit opposé au transfert de compétence de ce pouvoir de police spéciale ou que le président de l'établissement public de coopération intercommunale ait refusé ce transfert de compétence.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 18 novembre 2020, publié le même jour et transmis au représentant de l'Etat ainsi qu'il ressort de ses mentions qui font foi jusqu'à preuve du contraire qui n'est pas apportée, le maire de la commune de Dourdan s'est opposé au transfert à la communauté de communes du Dourdannais en Hurepoix des pouvoirs de police spéciale en matière de création, d'entretien et de gestion d'aires des gens du voyage. Cet arrêté était, par suite, exécutoire. Le 29 novembre 2020, le président de la communauté de communes du Dourdannais en Hurepoix a expressément refusé ce transfert de compétences.

7. D'autre part, il résulte de ce qui est dit au point précédent que le maire de Dourdan était compétent pour réglementer le stationnement des gens du voyage sur le territoire de la commune, ce qu'il a fait par un arrêté du 15 septembre 2021 qui interdit le stationnement des résidences mobiles des gens du voyage sur l'ensemble du territoire de la commune en dehors de l'aire dédiée à l'accueil des gens du voyage située route d'Etampes. Les requérants n'apportent pas le moindre commencement de preuve à l'appui de leurs allégations selon lesquelles l'arrêté du 15 septembre 2021 du maire de la commune de Dourdan n'aurait pas été affiché ou publié en méconnaissance des dispositions de l'article L.2131-1 du code général des collectivités territoriales, alors, en outre, qu'ils n'ignoraient pas que la commune disposait d'une aire d'accueil des gens du voyage.

8. En outre, alors même qu'il ressort des pièces du dossier que l'aire d'accueil des gens du voyage de la commune de Dourdan est fermée temporairement depuis le 31 janvier 2023 en raison d'importants problèmes d'humidité et de ventilation mécanique créant un risque sanitaire, cette circonstance ne permet pas d'établir que la commune de Dourdan ne respecte pas les obligations prévues par la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage.

9. Il résulte de ce qui est dit aux points 5 à 8, que les requérants ne sont pas fondés à soutenir, par voie d'exception, que l'arrêté du 23 juin 2023 du préfet de l'Essonne serait illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté du 15 septembre 2021 du maire de Dourdan.

10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment du constat de gendarmerie du 23 juin 2023, que le terrain occupé est un terrain agricole privé. 73 caravanes étaient stationnées sur ce terrain et environ 90 adultes étaient présents le 23 juin 2023, même si les requérants ont précisé à l'audience du 29 juin 2023, qu'une quinzaine de familles était repartie. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que ce terrain ne dispose pas de sanitaires et de convention pour le ramassage des ordures ménagères. Alors même que les requérants établissent que des bennes à ordure ménagères ont été disposées aux abords du terrain, ils ne contestent pas l'absence de système de ramassage des ordures ménagères. En outre, s'ils font valoir que les caravanes disposent de systèmes sanitaires avec une autonomie d'une semaine environ, ils sont désormais installés sur le terrain depuis le 16 juin 2023. Il n'existe, par ailleurs, aucun système d'évacuation des eaux usées sur le terrain. Il ressort également des pièces du dossier qu'un branchement sauvage a été fait sur un boîtier électrique, alors même qu'il serait, selon le requérants, sécurisé et qu'il existe un risque d'électrocution, dès lors que ce branchement passe sur le sol en traversant une allée piétonne. Un raccordement d'eau à une bouche à incendie a également été effectué, ce qui est de nature à gêner une éventuelle intervention des services de lutte contre l'incendie. Dans ces conditions, l'occupation du terrain agricole de Dourdan est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques.

11. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que plusieurs personnes du groupe qui occupe le terrain ont des problèmes de santé qui nécessitent des soins dans des centres hospitaliers situés à proximité, ce qui rend difficile le départ du groupe. Il ressort toutefois également des pièces du dossier que, le 22 juin 2023, le préfet de l'Essonne a proposé de mettre à leur disposition l'aire de grand passage située sur le territoire de la commune de Brétigny-sur-Orge, dans le même département, ce qui permet à ce groupe de ne pas trop s'éloigner des établissements de soins de leurs proches. Si les requérants font valoir que l'aire de grand passage de Brétigny-sur-Orge, sans végétation et bitumée n'est pas adaptée à l'accueil de familles en été, il ressort cependant des pièces du dossier qu'il s'agit d'un accueil adapté et aménagé, à la différence du terrain actuellement occupé, permettant au groupe d'attendre la fin des soins des personnes actuellement hospitalisées avant de repartir ou de trouver une autre solution d'accueil. Par suite, en accordant au groupe un délai de vingt-quatre heures pour quitter les lieux occupés depuis une dizaine de jour, à la date de la notification de l'arrêté attaqué et alors qu'une solution alternative d'accueil a été proposée, le préfet de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de MM. A et C doit être rejetée, y compris leurs conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D.E.C.I.D.E:

Article 1er : La requête de MM. A et C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A, représentant unique des requérants et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles le 29 juin 2023.

La magistrate désignée, La greffière,

signé signé

C. Grenier S. Paulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N° 2205178

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